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ARTICLES DE FOND

Au-delà du « sexuel »

Angus McLaren a consacré sa carrière à étudier comment les questions 
portant sur le sexe ont été envisagées à travers les époques

par ANNE MULLENS | 09 FEV 09

Éminent expert mondial de l’histoire de la sexualité, Angus McLaren sait très bien que son domaine d’études peut sembler un peu salace ou émoustillant, mais 
il avoue avoir, à certains égards, une notion plutôt prude de la sexualité. 
« Je crois que la plupart des gens s’imaginent des histoires de passion 
et de désir lorsqu’ils pensent au sexe 
et à la sexualité. Pour ma part, je m’intéresse plutôt à la manière dont 
les petits détails de nos vies quoti-diennes empiètent sur ces désirs. »

À 65 ans et à la retraite depuis peu, M. McLaren a été professeur d’histoire 
à l’Université de Victoria et, dans la dizaine d’ouvrages à succès qu’il a publiés, il a entre autres abordé l’eugénisme au Canada, la contraception à travers les siècles, l’histoire du chantage sexuel au XIXe et au début du XXe siècle; il a même dressé le portrait d’un tueur en série de l’époque victorienne. Son tout dernier ouvrage porte sur l’histoire culturelle de l’impotence.

« Je suis toujours fasciné par le pourquoi des choses. À quoi servait telle coutume ou telle forme de magie sympa-thique dans la société? » Souvent, il est impossible de comprendre sans connaître le contexte dans lequel évoluaient les relations sociétales et les structures du pouvoir de l’époque.

Le printemps dernier, M. McLaren a reçu un des deux Prix Molson du Conseil des Arts du Canada, d’une valeur de 50 000 $, pour sa contribution à la vie culturelle et intellectuelle au Canada. Il est le premier historien de l’Ouest du Canada à recevoir une telle reconnaissance.

Pas mal pour quelqu’un qui, il y a plus de 40 ans, a choisi l’histoire simplement parce que c’était sa matière la plus forte. Ayant grandi dans un milieu ouvrier de Vancouver, M. McLaren est le premier, des deux côtés de sa famille, à fréquenter l’université. Après avoir obtenu un baccalauréat à l’Université de la Colombie-Britannique en 1961, il laisse toute la famille perplexe lorsqu’il décide de poursuivre ses études et obtient une bourse pour aller faire une maîtrise et un doctorat à Harvard.

Il étudie la presse politique fran-çaise des années 1830 dans le cadre de son doctorat, simplement parce que c’est « faisable ». Au cours de sa dernière année, il travaille avec Theodore Zeldin, un professeur invité qui donne des conférences sur l’ambition, la cupidité, l’amour et la famille au XIXe siècle en France. C’est alors que les choses prennent une nouvelle tournure : il découvre que c’est aussi ça, l’histoire, 
et sait dès lors que ce sont ces sujets-
là qu’il veut étudier.

Embauché en 1975 par l’Université de Victoria comme spécialiste de l’his-toire sociale de la France, ce sera son intérêt pour l’histoire sociale de la médecine qui le mènera plus tard à l’histoire de la sexualité.

Presque toutes les idées de ses livres sont des ramifications intéressantes inspirées par des sujets sur lesquels il faisait des recherches avant de les mettre de côté pour un temps. Ainsi, l’étude de la contraception a mené à l’étude des rituels liés à la procréation, qui a mené à l’étude de l’eugénisme, qui, à son tour, a mené à l’étude de l’avortement, puis aux avorteurs du XIXe siècle et, de là, au tueur en série Neill Cream, médecin avorteur et maître-chanteur qui tuait 
des prostituées.

Dans son ouvrage Sexual Blackmail: A Modern History, publié en 2002, 
M. McLaren a utilisé des transcriptions de tribunaux et des articles de journaux de l’époque victorienne pour raconter l’histoire de criminels qui tentaient de soutirer de l’argent à des homosexuels ou à des femmes adultères. Il soutient que les criminels sont des personnages intéressants parce qu’ils « sont en quel-que sorte des innovateurs et des entre-preneurs; ils observent et voient un moyen de profiter de la situation économique, culturelle ou sociale du moment ». On peut dire que, à ce titre, ils sont des baromètres des mœurs sexuelles et sociales d’une époque donnée.

Au fil des ans, il tombait toujours sur des données faisant allusion à l’impotence. C’est ce qui lui a inspiré son dernier ouvrage, une vaste enquête qui couvre 25 siècles de croyances et de pratiques relatives à cette véritable crise de la virilité. On a associé les causes les plus farfelues à l’impotence, écrit M. McLaren : un sort jeté par une sorcière, une partenaire sexuelle trop passionnée, une masturbation excessive et même un complexe d’Œdipe.

Ses recherches portent actuellement sur la manière dont les auteurs de science-fiction des années 1920 et 1930 imaginaient la sexualité de l’avenir. Un d’entre eux, Olaff Stapleton, décrit une scène où des bébés sont jetés hors d’un avion et s’agrippent à des parachutes, dans une sorte de test eugénique de survie qui mesure la force de poigne du nouveau-né, raconte M. McLaren qui conclut en disant que « les auteurs de science-fiction nous révèlent davantage les angoisses de leur époque que leurs visions de l’avenir ».

Il sait que ce genre de sujet va le mener, encore une fois, bien au-delà de l’exploration strictement sexuelle.

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