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L’avènement des carriéristes

Un cabinet spécialisé en études des marchés révèle ce que les étudiants attendent d’une formation universitaire.

par VIRGINIA GALT | 12 OCT 10

Ken Steele passe trois semaines sur quatre sur la route pour transmettre aux professeurs et aux administrateurs universitaires un message qu’ils ne veulent pas toujours entendre : les attentes des étudiants ont changé, l’activité savante cédant la place aux aspirations professionnelles. « Ce diplôme me permettra-t-il de trouver un emploi? » C’est la question que se posent désormais les étudiants, selon M. Steele, plutôt que : « Ce diplôme fera-t-il bonne impression sur mon mur? »

Même s’il n’est pas question que les universités cèdent à tous les caprices du marché du travail, M. Steele et son associé, Rod Skinkle, estiment que le statu quo n’est plus une option. Les structures et les traditions qui ont si bien servi les universités jusqu’à maintenant subissent des pressions politiques, économiques, sociales et technologiques « sans précédent », affirme M. Steele.

MM. Steele et Skinkle sont les cofondateurs d’Academica Group, un cabinet spécialisé en études des marchés établi à London, en Ontario, qui sonde les attentes des candidats universitaires au moyen de son enquête annuelle auprès des futurs étudiants universitaires et collégiaux au Canada et aux États-Unis. Il s’agit de la plus importante et probablement de la plus ancienne enquête du genre en Amérique du Nord. Academica offre également des services de recherche spécialisée aux établissements postsecondaires et leur fournit des conseils stratégiques en matière de marketing, de recrutement et d’effectifs. (L’entreprise a travaillé auprès de quelques collèges de langue française, mais auprès d’aucune université de langue française.)

Afin de se préparer pour l’avenir, les universités devraient à tout le moins être au fait des changements qui se profilent, estime M. Skinkle. Les établissements d’enseignement ne peuvent ignorer le pragmatisme croissant des candidats et de leurs parents (qui participent activement au choix de l’établissement) en cette période d’incertitude économique, les enjeux liés au vieillissement de la population, les ambitieuses aspirations des nouveaux Canadiens en matière d’études supérieures et la concurrence émergente du secteur privé.

Dans sa plus récente enquête menée plus tôt cette année, Academica a demandé à plus de 200 000 candidats ce qu’ils attendaient de leur université. Selon M. Steele, ces futurs étudiants sont en mesure de prendre des décisions éclairées et stratégiques concernant leur formation post-secondaire. Invités à se prononcer sur leurs motivations, « 99 pour cent ont cité la préparation à une carrière ou l’avancement professionnel, tandis que l’acquisition de nouvelles connaissances figurait parmi 75 pour cent des réponses des candidats. Les demandes d’admission montrent que les futurs étudiants se tournent rapidement vers les programmes qui pré-sentent, selon eux, des possibilités d’emploi ».

Malheureusement, cette tendance n’aide pas la cause des sciences humaines, ajoute M. Steele. « Ni les universités ni les employeurs n’expriment clairement la valeur d’un diplôme en sciences humaines. »

Encore aujourd’hui, le candidat moyen au premier cycle au Canada est d’abord et avant tout influencé par la réputation des universités. Les données montrent toutefois que les candidats prennent très au sérieux l’enseignement, mais ne s’attardent pas à la recherche effectuée au sein d’un établissement. « Cette tendance s’inscrit dans le mouvement général vers l’augmentation des taux de participation et la multiplication des programmes professionnels dans les universités », constate M. Steele.

L’hétérogénéité des candidats est sans doute le principal changement survenu au cours des 20 dernières années, souligne M. Skinkle. Les candidats au profil non traditionnel ou originaires de différents pays sont de plus en plus nombreux. « Les universités ne sont malheureusement pas en mesure de s’adapter rapidement. »

Ces étudiants non traditionnels veulent de la souplesse, ce dont témoigne l’explosion du marché des universités à but lucratif aux États-Unis. « Les universités ont marginalisé les solutions souples en matière d’éducation, les confinant aux programmes d’éducation permanente et d’enseignement à distance », ce qui pourrait poser problème dans l’avenir.

Se tournant vers l’avenir, MM. Steele et Skinkle font remarquer que certaines régions du pays verront leur jeune population décliner au cours des 20 prochaines années. « Leurs universités devront encaisser une baisse des effectifs et des ressources, ou trouver un élément qui les distingue et qui permettra d’attirer des étudiants provenant de l’étranger ou d’autres régions du pays », explique M. Steele.

À moins que les employeurs sensibilisent la population à l’importance des diplômés en sciences humaines pour occuper les postes de direction, les étudiants au premier cycle continueront de délaisser les programmes d’études traditionnels dans ce domaine, conclut-il.

Rédigé par
Virginia Galt
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