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La coopérative de presse étudiante

par ABIGAIL BIMMAN ET LÉO CHARBONNEAU | 12 MAR 07

Une pièce avec deux tables, des montagnes de journaux, une carte murale du Canada, un vélo dans un coin. Malgré les apparences, cette modeste installation du centre-ville de Toronto est le quartier général d’une organisation qui a marqué l’histoire du pays et servi à former plusieurs générations de journalistes canadiens.

Il s’agit de la Canadian University Press (CUP), une coopérative de presse étudiante fondée en 1938 à Winnipeg; la plus importante coopérative du genre au monde et la seule en Amérique du Nord.

Les journaux étudiants des universités et des collèges canadiens peuvent adhérer à la CUP, moyennant certains frais, ce qui leur donne accès aux articles des autres membres ainsi qu’à des services et à du soutien. La coopérative compte 75 membres parmi les quelque 120 journaux étudiants des universités et des collèges au pays.

Trois journaux publiés en français en sont membres : La Rotonde de l’Université d’Ottawa, Le Délit de l’Université McGill et L’organe de l’Université Concordia.

« La principale force de la CUP est qu’elle nous aide à effectuer un meilleur travail grâce à la confiance que procure la collaboration », affirme Erin Millar, présidente de la CUP et ex-rédactrice en chef du Capilano Courier du Collège Capilano de North Vancouver.

Mme Millar et Bryna Hallam, chef du bureau national de la CUP, sont les seules employées à plein temps de la coopérative. Cette dernière peut également compter sur six chefs de bureaux régionaux et quelques chefs de bureau couvrant des secteurs particuliers (arts, éditoriaux, sports, etc.), qui travaillent pour des journaux membres.

Le principal service qu’offre la CUP est son fil de presse. Transmis électroniquement cinq jours par semaine, pendant l’année universitaire, à ses membres et à quelques douzaines d’abonnés, le fil de presse contient habituellement une douzaine d’articles sur un vaste éventail de sujets.

Don Iveson, directeur de l’intervention à l’association étudiante de l’Université de l’Alberta et ex-président de la CUP, n’a que des louanges pour le fil de presse et précise qu’il permet d’offrir une couverture au-delà du vase clos de son propre campus et de se rendre compte des enjeux communs à tous les campus.

Carson Jerema, rédacteur en chef du Manitoban de l’Université du Manitoba, en convient. Le Manitoban retient au moins deux articles du fil de presse pour chacun de ses numéros. Selon M. Jerema, les nouvelles ont ainsi une perspective plus large et le journal peut s’offrir une couverture qui, autrement, serait hors de ses moyens, comme couvrir le Parlement. Et quel soulagement de voir les articles arriver juste pour l’heure de tombée.

La CUP offre des conseils sur divers sujets comme la diffamation, les questions d’autonomie et les ressources humaines. Mme Millar rappelle l’incident survenu l’an dernier lorsque le journal The Cadre de l’Université de l’île-du-Prince-édouard a publié les caricatures controversées de Mahomet. Le conseiller juridique de la CUP a rapidement rassemblé de l’information pour tous les membres sur les enjeux juridiques de cette affaire.

La CUP offre en outre des listes de diffusion et des forums en ligne, et elle organise des conférences régionales ainsi qu’une conférence nationale annuelle. La dernière s’est tenue à Vancouver en janvier; 350 journalistes étudiants ont assisté à des ateliers et à des séminaires avec des écrivains, des éditeurs et des concepteurs professionnels.

La CUP possède également Campus Plus, une agence qui sert de relais pour les annonceurs nationaux qui veulent acheter de l’espace publicitaire dans les journaux étudiants. Individuellement, ces journaux sont trop petits pour attirer de gros annonceurs, explique Mme Millar, mais ensemble « leur tirage est suffisamment important pour être remarqué à l’échelle nationale ». Campus Plus facture les clients puis remet l’argent (près de 1,5 million de dollars l’an dernier) aux journaux ayant publié les annonces.

Les frais d’adhésion à la CUP s’élèvent à deux pour cent du budget de fonctionnement d’un journal, jusqu’à concurrence de 5 000 $. C’est en partie en raison de ces frais élevés que le journal de l’Université de Toronto, Varsity, a quitté la CUP à la fin de la dernière année universitaire. Pour la rédactrice en chef Sarah Barmak, les gros journaux comme Varsity n’ont pas besoin des services de la CUP autant que les petits journaux; ils finissent par « les soutenir financièrement ». Elle affirme que Varsity n’a utilisé que trois articles tirés du fil de presse l’an dernier : « ça ne vaut pas le coup pour nous ».

« La CUP, c’est en définitive ce que vous en faites et ce que vous y mettez », soutient Matt Frehner, rédacteur en chef du Gateway de l’Université de l’Alberta. « Il est vrai que ses services ne sont pas nécessairement conçus pour les journaux plus importants, mais ceux-ci sont là pour aider les plus petits à apprendre. L’aide que nous pouvons leur apporter et la perspective différente qu’ils nous offrent, c’est cela la CUP pour moi. »

Mme Millar admet qu’il y aura toujours des opinions divergentes à propos du rôle de la CUP, mais elle défend fermement la coopérative, avec laquelle elle travaille depuis quatre ans. « Je crois sincèrement qu’il faut former des réseaux. Cela nous rend plus forts, les médias comme le journalisme étudiant. »

Rédigé par
Abigail Bimman et Léo Charbonneau
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