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Les universités cherchent le juste milieu pour faire face aux infractions aux règles sanitaires anti-COVID

Les administrateurs mettent en garde contre les sanctions sévères prévues pour quiconque enfreindrait les règles, tout en privilégiant une forme de persuasion plus douce.
par MATTHEW HALLIDAY
11 NOV 20

Les universités cherchent le juste milieu pour faire face aux infractions aux règles sanitaires anti-COVID

Les administrateurs mettent en garde contre les sanctions sévères prévues pour quiconque enfreindrait les règles, tout en privilégiant une forme de persuasion plus douce.

par MATTHEW HALLIDAY | 11 NOV 20

Depuis des années, le rituel des Fake Homecoming Parties, ces fêtes annuelles pour célébrer la rentrée à l’Université Western, exaspère policiers, administrateurs du campus et voisins. Tous les ans, en septembre, des milliers d’étudiants envahissent les rues, les porches, les pelouses et les toitures des maisons dans le quartier Old North de London. Ces réjouissances ne s’inscrivent pas dans le cadre du week-end d’accueil officiel, qui avait été lui repoussé fin octobre voilà plusieurs années.

Avec la détection d’au moins 70 cas de COVID-19 parmi les étudiants de l’Université Western à la mi-septembre – dont plusieurs liés à des rassemblements ou des fêtes -, la tenue de cet événement le 26 du mois a cristallisé les tensions. L’Université s’apprêtait à faire allègrement usage de son code de conduite, renforcé après des fêtes débridées en 2019, avec des sanctions allant jusqu’à l’expulsion.

Au grand soulagement de tous – à l’exception peut-être de quelques inconditionnels fêtards –, le millésime 2020 a été un relatif fiasco. Il y avait certes encore de nombreuses célébrations, mais l’événement avait plus des allures de petite soirée tranquille à la maison que de mégafête de quartier. Finalement, deux étudiants ont reçu une contravention de la police du campus et une centaine d’autres sanctionnés, conformément au code de conduite en vigueur, pour des fêtes dépassant le nombre limite de participants autorisés en Ontario. Selon les autorités de santé publique, aucun nouveau cas de COVID-19 n’est imputable à ces rassemblements.

Jennifer Massey, vice-rectrice adjointe à l’Université Western et responsable de la vie étudiante, considère que cette réaction illustre la démarche adoptée avec succès par l’établissement pour « réduire les risques » et gérer la socialisation des étudiants en période de COVID-19. Il s’agit d’être prêt à infliger des conséquences graves, en privilégiant la persuasion, l’éducation et la sensibilisation. « Je pense que cette démarche est essentielle en ce moment, explique-t-elle. Plutôt que de dresser uniquement une liste exhaustive d’interdictions, nous disons aussi aux étudiants ce qu’ils peuvent faire et comment appliquer les directives de santé publique afin de maintenir leurs liens sociaux tout en minimisant les risques. »

Pour le semestre d’automne 2020, les universités ont rendu obligatoires les mesures d’éloignement et de restriction du nombre d’occupants au sein des résidences d’étudiants. Elles ont également instauré d’autres mesures visant à favoriser l’éloignement physique. Mais dans la gestion des éclosions, une grande partie de leur succès ou de leur échec est conditionnée par le comportement des étudiants dans la sphère privée. C’est pourquoi les services de l’administration ont récemment révisé les codes de conduite et mis en place de nouvelles sanctions pour contrôler les rassemblements à risque. Une analyse à l’échelle nationale révèle néanmoins que la plupart des établissements tentent de trouver le juste équilibre entre des sanctions sévères et une démarche douce.

« Nous nous sommes réellement attachés à changer les comportements et à instaurer des mesures correctives. »

« Je pense que “juste équilibre” est vraiment l’expression qui convient, souligne Nona Robinson, vice-rectrice adjointe aux affaires étudiantes à l’Université Trent. Nous nous sommes réellement attachés à changer les comportements et à instaurer des mesures correctives. Plutôt que de réécrire notre code de conduite ou de mettre en place une batterie de nouvelles règles, nous avons travaillé de concert avec les chefs de file étudiants pour accentuer les efforts de sensibilisation. Nous avons aussi élaboré des modules pédagogiques en ligne et axé notre accueil autour des mesures de lutte contre la COVID-19. Cette démarche a pour l’instant été suffisante. »

Les experts n’ont pas encore déterminé si cette approche continuera d’être suffisante alors que la pandémie traverse l’année universitaire 2020-2021 et qu’elle se poursuivra peut-être au-delà de celle-ci. En septembre, Tony Volk, professeur et chercheur à la Faculté des sciences sociales à l’Université Brock, a été l’auteur principal d’une étude portant sur 516 jeunes adultes au Canada et aux États-Unis dont l’objectif était d’examiner leurs réactions par rapport aux restrictions liées à la COVID-19. « [Nos conclusions] suggèrent […] que pour accroître l’adhésion des jeunes adultes, les conséquences doivent être plus immédiates et plus personnelles, indique-t-il. Afin de compléter l’arsenal dissuasif, on peut par exemple augmenter les amendes, pratiquer des expulsions ou insister sur la dangerosité de la COVID-19 même chez les jeunes. »

À ce jour, c’est l’Université Sainte-Anne, située au sein de la petite collectivité de Pointe-de-l’Église en Nouvelle-Écosse, qui a eu, au pays, le recours le plus visible à ce type de sanctions. En effet, les nouveaux étudiants ont dû signer un code de conduite spécial COVID-19, attester de leur absence de symptômes, accepter de ne pas assister à des réunions sociales sur le campus et promettre de respecter les directives de santé publique – y compris l’auto-isolement obligatoire de 14 jours pour les voyageurs arrivant de l’extérieur des quatre provinces de l’Atlantique. En septembre, il s’est avéré qu’un étudiant qui prétendait s’être isolé avant sa rentrée avait menti. L’imposteur a rapidement été expulsé.

« À ce moment-là, je crois que l’angoisse était à son comble, se souvient Sébastien Dol, directeur de l’internationalisation et des services aux étudiants au sein de l’établissement. En l’absence de cas de COVID-19 dans notre petit village, l’afflux d’étudiants avait été perçu comme une menace et provoqué une profonde anxiété. Je le comprends, mais je pense que cette menace s’est aujourd’hui nettement estompée et, avec elle, la peur qui l’accompagnait. »

Ce type d’anxiété collective, tant dans les quartiers urbains jouxtant les campus que dans les petites villes dont la population explose pendant l’année universitaire, hante les conversations au sein des établissements.

Située à Sherbrooke, dans les Cantons de l’Est au Québec, l’Université Bishop’s a promu l’idée d’une « bulle » pour protéger le campus et la collectivité locale. Elle s’est également appuyée sur les chefs de file étudiants pour planifier et organiser une socialisation sûre, en maintenant par exemple l’accueil en personne des nouveaux arrivants, mais dans le respect des règles d’éloignement physique.

« Il est impossible de contrôler 2 000 étudiants en permanence, et nous ne le souhaitons pas, renchérit-elle. Ils sont adultes et leur adhésion est essentielle. »

Stine Linden-Andersen, doyenne des affaires étudiantes de l’établissement, explique que les images de rassemblements massifs sur les campus américains et dans les bars environnants (qui ne sont sans doute pas étrangers aux plus de 180 000 infections recensées parmi les étudiants à la mi-octobre) « ont été pour [elle et ses collègues] extrêmement anxiogènes. Il est impossible de contrôler 2 000 étudiants en permanence, et nous ne le souhaitons pas, renchérit-elle. Ils sont adultes et leur adhésion est essentielle. »

L’Université Bishop’s a ajouté un addendum à son code de conduite, prévoyant entre autres de nouvelles sanctions, mais n’a pas encore eu à en faire usage. Selon Mme Linden-Andersen, ce succès est largement dû aux étudiants eux-mêmes, prompts à dénoncer les comportements dangereux de leurs pairs. Au moment où nous écrivons ces lignes, le campus n’a eu à déplorer aucun cas de contamination.

À l’Université Trent, Mme Robinson explique qu’elle a pu elle aussi constater des réactions comparables au début de septembre après quelques rassemblements dans le mépris des règles. « L’accueil réservé sur les médias sociaux par les autres étudiants a été pour le moins… hostile, résume-t-elle. Les membres de la communauté estudiantine se mettent collectivement beaucoup de pression en appelant à des comportements responsables. Ces messages ont probablement une portée bien plus large que nos réprimandes. » En août dernier, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, avait exhorté les étudiants à « y aller mollo sur les fêtes », une invitation qui n’aura vraisemblablement trouvé qu’un faible écho auprès des jeunes.

Mais là encore, il existe selon certains un danger à couvrir d’opprobre et de honte les auteurs de modestes transgressions – ou de présumées incartades. « Nous constatons qu’avec la COVID-19 il y a beaucoup de rumeurs, émanant aussi bien d’étudiants que d’autres membres de la communauté, lance Kate McCrae Bristol, doyenne des étudiants de l’Université Wilfrid Laurier, dont le campus avait vu, en date du 19 octobre, 20 cas de contamination au sein de résidences ou de cercles d’études. Nous ne pouvons pas incriminer les étudiants sans informations détaillées et précises. »

L’Université Wilfrid Laurier n’a à ce jour pas élaboré de règles précisément pour lutter contre la COVID-19, préférant s’appuyer sur le code de conduite extrascolaire en vigueur pour encadrer les transgressions. Elle a également choisi de faire appel autant que possible aux partenaires communautaires, entre autres aux agents de la force publique et à la police, pour sanctionner les comportements répréhensibles. Mme McCrae Bristol affirme que l’Université peut ainsi se consacrer à ce qu’elle « fait le mieux ».

« Le passage à l’université est un moment clé de l’existence, estime-t-elle. Chacun dispose d’une marge considérable pour apprendre – et faire des erreurs. Nous travaillons avec les autorités compétentes afin d’appliquer ces mesures punitives, mais notre devoir est avant tout d’aider les étudiants à traverser cette période. Notre mission première, c’est d’éduquer. »

Rédigé par
Matthew Halliday
Matthew Halliday est un journaliste, rédacteur en chef et rédacteur dont le travail est apparu dans plusieurs magazines et journaux à travers le pays.
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