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Mystère ancestral : une chercheuse répertorie les symboles les plus anciens de l’humanité

La doctorante Genevieve von Petzinger a analysé des œuvres d’art rupestre pour créer la plus vaste base de données au monde sur les premiers symboles abstraits. Mais quelle est leur signification?

par KERRY BANKS | 15 AVRIL 20

La passion pour les sciences de Genevieve von Petzinger l’a maintes fois entraînée dans des endroits sombres à l’atmosphère oppressante. Les travaux de cette étudiante aux cycles supérieurs à l’Université de Victoria se penchent sur la plus ancienne forme d’art de l’humanité : l’art rupestre, que les humains pratiquaient il y a de 10 000 à 40 000 ans. Contrairement aux autres chercheurs dans son domaine, Mme von Petzinger n’étudie pas les dessins de mammouths, de cerfs ou de bisons datant de la période glaciaire, mais plutôt les symboles abstraits – cercles, triangles et croix – peints ou gravés sur les parois des cavernes.

« Les symboles ont piqué ma curiosité pendant mes études de premier cycle, explique-t-elle. Je les trouve tellement intrigants. Il y a des millénaires, quelqu’un s’est donné la peine de les graver sur la paroi d’une caverne. Pourquoi? Quelle est leur importance? »

Jusqu’à ce que Mme von Petzinger s’y intéresse, personne n’avait réellement étudié ces symboles mystérieux, qui sont d’ailleurs plus nombreux que les dessins animaliers. Elle a répertorié systématiquement les symboles qu’on retrouve dans 52 sites européens d’art rupestre, puis a combiné ses données avec celles de rapports, d’articles et d’ouvrages archéologiques passés et contemporains, créant ainsi la plus vaste base de données au monde sur les symboles géométriques.

Une fois son travail sur le terrain terminé, Mme von Petzinger a commencé ses analyses. Les résultats étaient stupéfiants : d’un bout à l’autre d’un continent et sur une période de 30 000 ans, 32 symboles seulement ont été utilisés. « Ce petit nombre signifie que les symboles devaient avoir une signification, car on les reproduisait continuellement. »

Mme von Petzinger ne croit pas qu’il s’agisse d’un langage écrit, mais pense néanmoins que les symboles représentent un jalon important de l’évolution humaine. « Pour la première fois, nos ancêtres ont pu stocker de l’information hors du corps humain, encoder quelque chose que d’autres, plus tard, pourraient comprendre. Il s’agit d’un gigantesque bond cognitif en avant. »

Malheureusement, la signification exacte des symboles s’est perdue au fil des siècles. Certains signes peuvent être des représentations stylisées d’objets tels que des plantes ou des outils, d’autres peuvent être des symboles de clans. Selon Mme von Petzinger, certains signes pourraient avoir servi à compter, à calculer ou même à représenter des lieux géographiques, un peu comme une carte.

Ce dont elle est certaine toutefois, c’est que les symboles sont plus anciens qu’on le croyait. Les paléoanthropologues ont longtemps affirmé que l’art rupestre résultait d’une explosion créatrice qui se serait produite il y a 40 000 ans, lorsque les premiers Homo sapiens sont arrivés en Europe. Selon Mme von Petzinger toutefois, les deux tiers des symboles étaient déjà utilisés à l’arrivée des humains en Europe, ce qui suggère que les signes faisaient déjà partie d’une tradition. Elle croit que les symboles pourraient appartenir à un système plus vaste que les premiers humains d’Afrique auraient importé en Europe.

Par ses travaux, Mme von Petzinger a suscité l’intérêt du monde entier. Une conférence TED qu’elle a donnée en 2015 a récolté plus de deux millions de vues. En 2016, elle a été nommée exploratrice émergente (Emerging Explorer) par la société National Geographic, un titre décerné aux personnes non conformistes dont les innovations contribuent à créer un monde meilleur.

En 2016, elle a publié le livre The First Signs: Unlocking the Mysteries of the World’s Oldest Symbols, à propos duquel Wade Davis, anthropologue et auteur de renommée mondiale, a déclaré : « Il pourrait s’agir de l’un des points de vue scientifiques les plus remarquables de notre ère. » À la fois journal de voyage, récit personnel et ouvrage de vulgarisation scientifique, le livre est un voyage dans le temps qui ouvre une fenêtre sur la psyché des peuples anciens et examine les débuts de l’intelligence et de la créativité humaines.

Aujourd’hui sur le point d’obtenir son doctorat, Mme von Petzinger s’apprête à publier plusieurs nouvelles découvertes. Elle participe également à un projet sur l’art rupestre de Néandertal et songe à écrire un livre jeunesse sur la vie des enfants pendant la période glaciaire.

De plus, elle continue d’enrichir sa base de données en y intégrant des sites rupestres des Balkans et du Caucase et, si elle obtient les fonds nécessaires, prévoit explorer les cavernes sous-marines situées au large de l’Espagne à l’aide d’un robot sous-marin. Elle croit que, grâce aux nouvelles technologies de datation et aux méthodes de recherche avancées, les chercheurs dans son domaine – qui explorent des endroits de plus en plus inusités – sont sur le point de faire d’importantes percées. « Restez à l’affût, car certaines révélations pourraient vous renverser. »

Rédigé par
Kerry Banks
Kerry Banks est un rédacteur et photographe basé à Vancouver.
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