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À MON AVIS

Que signifie la nouvelle politique tripartite de libre accès pour les chercheurs?

Au cœur de la nouvelle politique : plus d’options pour les auteurs de publications savantes

par MICHAEL DONALDSON, JENNY RYAN AND TANYA SAMMAN | 28 AVRIL 15

Les trois organismes subventionnaires de recherche fédéraux s’apprêtent à adopter une politique de libre accès harmonisée et obligatoire exigeant que tous les articles de revues au contenu révisé par les pairs issus de travaux financés par le gouvernement fédéral soient librement accessibles dans les 12 mois suivant leur publication. Les travaux de recherche financés par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) sont visés par cette politique qui entrera en vigueur le 1er mai.

Les chercheurs financés par le gouvernement fédéral peuvent s’y conformer de trois façons :

1. Publier l’article dans la revue de leur choix et l’ajouter gratuitement à un dépôt en libre accès (option « verte »).

Cette option permet de se conformer gratuitement à la politique de libre accès. Les bénéficiaires d’une subvention peuvent archiver la version intégrale de leur article révisé par les pairs dans un dépôt en ligne où il doit être librement accessible dans les 12 mois suivant sa publication (p. ex., dépôt d’un établissement ou d’une discipline). Le bénéficiaire est responsable de déterminer quels éditeurs lui permettent de conserver des droits d’auteur ou d’archiver des publications conformément aux politiques des organismes subventionnaires.

2. Publier l’article dans la revue conventionnelle de leur choix et payer pour le faire paraître en libre accès (revue hybride et option « or »).

Moyennant généralement des frais payés par l’auteur, l’article accepté peut être publié dans une revue hybride offrant à la fois un accès par abonnement conventionnel et des options de libre accès défrayées par l’auteur. L’article pourra être lu et réutilisé gratuitement dès qu’il sera offert en libre accès.

3. Publier l’article dans une revue en libre accès intégral (option « or »).

Moyennant généralement des frais de traitement payés par l’auteur, l’article, une fois accepté, pourra être lu et réutilisé gratuitement dès sa publication, tout comme les autres articles de la revue en libre accès.

Ces trois options ne sont pas incompatibles et les chercheurs peuvent soumettre leur article final révisé par des pairs dans un dépôt en ligne accessible dès sa publication, même s’il est librement accessible sur le site Web de la revue.

Les nouvelles politiques de libre accès garantissent que les travaux de recherche bénéficiant d’un financement public sont accessibles à tous, y compris à la population, aux gestionnaires de ressources et aux décideurs. Toutefois, malgré des avantages indéniables, ces changements de politiques modifient la façon dont les frais sont couverts.

Les revues accessibles par abonnement jouent un rôle pivot pour les éditeurs de publications savantes. Le mouvement du libre accès a entraîné un changement dans la façon de diffuser le savoir scientifique. Même si de nombreux articles sont publiés dans des revues accessibles par abonnement, les revues offertes en libre accès gagnent en popularité. Cette tendance s’accentuera vraisemblablement, car le Canada et les autres nations favorisent le libre accès aux travaux de recherche financés par les fonds publics.

Différentes possibilités s’offrent toutefois aux auteurs, qui peuvent opter pour le modèle « vert » et publier leurs travaux dans la revue de leur choix, tout en respectant la politique de libre accès en soumettant leur article à un dépôt en libre accès (consultez la liste des dépôts de l’Association des bibliothèques de recherche du Canada). Les auteurs peuvent choisir de payer pour rendre leurs articles librement accessibles dans une revue conventionnelle par abonnement, sans avoir à les ajouter à un dépôt. Les revues qui offrent cette option sont qualifiées « d’hybrides ». En ce sens, les revues accessibles par abonnement demeureront probablement pertinentes. Cependant, compte tenu du nombre toujours croissant de revues entièrement libre d’accès proposant l’option « or », les choix qui s’offrent aux auteurs sont plus nombreux que jamais.

Les bibliothèques universitaires et les établissements de recherche, qui achètent des abonnements pour que les chercheurs et les étudiants aient accès aux revues, pourront maintenant proposer encore plus de travaux de recherche publiés. Pour les établissements de petite taille privés ou du secteur de l’enseignement, cela signifie que les individus auront accès à des publications qu’ils n’auraient pas pu consulter avant la mise en place de la politique de libre accès. Là où des abonnements étaient auparavant requis, la politique de libre accès devrait rendre les travaux publiés plus facilement accessibles pour les chercheurs et les étudiants.

La population, qui participe au financement des trois organismes par ses impôts, aura un accès sans précédent aux publications savantes, ce qui demandera aux chercheurs de s’adresser à des auditoires hors du milieu universitaire. Ce pouvoir accru s’accompagne de responsabilités, et, dont celle, pour les chercheurs de certaines disciplines, de rédiger dans un langage accessible à un plus vaste public. À titre d’exemple, dans le domaine de la biologie de conservation, la tendance de la science citoyenne est en plein essor et tout un chacun participe à des projets scientifiques, en plus d’utiliser la documentation sur le sujet et d’y contribuer. Grâce au mouvement du libre accès, les citoyens scientifiques peuvent explorer plus facilement le domaine de la biologie de conservation et ainsi améliorer leurs activités de recherche.

La nouvelle politique de libre accès révolutionne le secteur des publications savantes et ouvre de nouvelles voies aux auteurs, aux universités, aux instituts de recherche et aux intervenants, qu’il s’agisse de membres de la population ou de décideurs. D’abord et avant tout, elle offre aux auteurs plus de possibilités que jamais auparavant.

Michael Donaldson est gestionnaire de l’élaboration du contenu pour les Éditions Sciences Canada, un éditeur indépendant et à but non lucratif qui publie les revues de NRC Research Press. Jenny Ryan est membre fondatrice et secrétaire de Science Borealis, un regroupement canadien agrégateur de contenu de blogues scientifiques. Tanya Samman est coordonnatrice de revues en libre accès aux Éditions Sciences Canada, où elle est responsable du lancement d’une nouvelle revue multidisciplinaire en libre accès.

 

COMMENTAIRES
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  1. Cynthia Lisée / 7 May 2015 at 2:43 pm

    Il y a aussi la possibilité d’utiliser l’ “Addenda de l’auteur canadien SPARC” (http://www.carl-abrc.ca/fr/communication-savante/ressources-pour-les-chercheurs.html#addendum ) si la revue dans laquelle le-a chercheur-e souhaite publier n’offre pas de solution compatible avec le libre accès. L’éditeur peut bien sûr refuser de modifier l’entente concernant les droits d’auteur, mais cela la vaut la peine d’essayer.

  2. Marnie Mariscalchi / 14 May 2015 at 3:31 pm

    Il faut préciser que nombre de revues savantes diffusées sur Érudit réduiront leur barrière mobile à 12 mois à partir de l’été 2016 afin de se rendre conforme à cette politique. Elles resteront des revues hybrides, mais SANS charger de frais de publication aux auteurs.

    Ainsi, tout auteur/e publiant dans ces revues respectera d’emblée la nouvelle politique du gouvernement canadien et n’aura aucune démarche supplémentaire à faire pour s’y conformer (il/elle n’aura pas à déposer son article dans un dépôt institutionnel ou une structure équivalente).

    Ce modèle sera possible grâce au soutien reçu dans le cadre d’un partenariat entre Érudit et le Réseau canadien des bibliothèques de recherche.

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