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L’UQAC se dote d’une structure sur-mesure pour former des chercheurs autochtones

Une première entente tripartite de 1,5 M$ permet de jeter les bases de l’autochtonisation de l’enseignement supérieur.

par MAUD CUCCHI | 02 DÉC 21

Intégrer des perspectives autochtones au sein de la recherche, c’est bien, mais former les professeurs autochtones de demain qui les transmettront eux-mêmes, c’est encore mieux. L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) lance une toute nouvelle structure portant sur l’autochtonisation de l’enseignement supérieur. Ce projet n’en est qu’à ses débuts mais ses débouchés sont déjà forts prometteurs.

L’UQAC veut ainsi favoriser l’émergence de sujets d’études à partir des attentes des communautés autochtones, mais aussi encourager les étudiants issus des Premières Nations, Inuits ou Métis à poursuivre leurs études universitaires en cycles supérieurs. En raison d’inégalités liées à leurs conditions socio-économiques, les étudiants autochtones décrochent souvent avant l’obtention d’un diplôme. Enfin, l’initiative serait pleinement concluante si elle débouchait sur l’embauche d’enseignants-chercheurs autochtones, reconnaît Réal Daigneault, vice-recteur aux partenariats, aux affaires internationales et autochtones de l’UQAC.

Cette nouvelle structure a vu le jour grâce à une entente tripartite entre l’Université, la Fondation de l’UQAC (FUQAC) et Rio Tinto, qui contribuera financièrement à la hauteur de 1,5 million de dollars répartis sur cinq ans. Le géant de l’aluminium finance l’UQAC depuis plus de 20 ans, notamment en matière de technologies de traitement de la bauxite, des résidus de procédé et de la fabrication d’alumine. Pour cette initiative d’autochtonisation, Rio Tinto n’interférera pas dans les futurs projets de recherche, assure le vice-recteur.

La conception du projet symbolise en elle-même tout un changement de paradigme : « il ne s’agit pas d’une chaire traditionnelle », précise d’emblée M. Daigneault. Pour cette structure naissante encore à l’étape de l’élaboration, il évoque plutôt un « esprit de coconstruction » avec les Premières Nations concernées afin de s’assurer que leurs besoins soient pris en considération. D’ailleurs, la première année du projet repose en grande partie sur des consultations avec les communautés partenaires d’Uashat mak Mani-utenam et de Mashteuiatsh pour cerner leurs besoins spécifiques.

« À Chicoutimi, nous sommes en territoire innu, juste à côté de la communauté de Mashteuiatsh », rappelle Francis Verreault-Paul, qui en est lui-même originaire et travaille présentement comme chef des relations avec les Premières Nations de l’UQAC. « Plusieurs de nos étudiants proviennent des nations atikamekw et innue, donc pour nous c’était incontournable d’avoir la participation de ces communautés », explique-t-il.

Rétention et embauche

M. Daigneault évalue qu’entre 300 et 400 étudiants inscrits à l’UQAC sont autochtones. Or actuellement, l’Université n’a pas de professeurs s’identifiant comme tel dans son offre de cours. Cette nouvelle structure se propose d’y remédier notamment par le biais d’un vaste programme de bourses afin d’encourager les étudiants issus des Premières Nations, Inuits et Métis à gravir les échelons des études universitaires. « Nous espérons ainsi que les Autochtones deviennent des parties prenantes de l’enseignement supérieur, poursuit le vice-recteur. L’autochtonisation, c’est le reflet de leur population, leur vision et leurs valeurs à l’université. »

Cette nouvelle structure annoncée en septembre vient consolider un partenariat de longue date entre l’Université et les Autochtones, se réjouit Mohamed Bouazara, vice-recteur à la recherche, à la création et à l’innovation de l’établissement. Il cite notamment l’existence de la Chaire UNESCO en transmission culturelle chez les Premiers peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment, ou encore l’existence du Centre des Premières Nations Nikanite qui célèbre ses 30 ans en 2021 et offre des services spécifiques aux étudiants autochtones, autant au campus de Saguenay qu’à celui de Sept-Îles, pour favoriser leur diplomation.

« À l’UQAC, nous défendons une logique d’enseignement pour les Autochtones depuis longtemps, il manquait juste l’élément recherche si nous voulions intégrer des chercheurs autochtones au sein de l’Université », résume M. Daigneault.

Et pour poursuivre sa stratégie d’attractivité auprès des étudiants autochtones, l’Université se questionne également sur leur bien-être sur le campus. L’UQAC pourrait proposer des milieux de vie adaptés aux réalités de ces étudiants, à l’instar de l’Université Laval qui investit dans des logements adaptés avec des maternelles et des appartements assez spacieux pour héberger toute une famille. Des discussions sont en cours avec les centres d’amitié autochtone, confirme M. Daigneault. Ce nouveau modèle valorisant pour les Premières Nations pourrait bien inciter d’autres communautés à collaborer avec l’UQAC.

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