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Retour sur le rôle qu’ont joué les concepteurs pédagogiques dans le grand virage numérique

Pendant la crise sanitaire, ces membres méconnus du personnel universitaire ont fait une grande partie du travail pour transformer les cours offerts en personne.

par SHARON ASCHAIEK | 15 OCT 21

Plus de 18 mois après le début de la pandémie, les efforts colossaux déployés par les administrateurs, les professeurs et les étudiants pour s’adapter à des circonstances profondément différentes dans les universités sont mieux compris, mais qu’en est-il de la contribution des concepteurs pédagogiques?

Les professionnels qui appuient la conception, l’élaboration et la prestation des cours étaient absents du discours public sur l’urgence de la transition vers l’enseignement à distance. Leur expertise a pourtant été essentielle pour permettre aux établissements de maintenir leurs services aux étudiants.

Lorsqu’il est question de mettre sur pied une nouvelle expérience d’apprentissage, les concepteurs pédagogiques participent généralement à l’évaluation des besoins, à la définition des objectifs d’apprentissage, à l’élaboration du contenu pertinent, à la sélection et à la mise en œuvre du système de gestion de l’apprentissage, à la conception du matériel pédagogique, à la coordination avec l’équipe technique, à la formation du personnel enseignant et à la conception d’outils d’évaluation de l’apprentissage. Au début de la pandémie, ils ont fait la majeure partie du travail pour transformer les cours traditionnellement offerts en personne, instaurer de nouvelles méthodes d’évaluation et guider les professeurs, notamment ceux qui n’avaient jamais enseigné en ligne.

« Tout le monde a mis la main à la pâte », se rappelle Sophia Palahicky, qui a dirigé une équipe de plus de 30 concepteurs pédagogiques et de conseillers technopédagogiques à l’Université Royal Roads. « Les membres de mon équipe étaient prêts à travailler sans relâche, car ils ont à cœur leur travail, leurs collègues, les personnes qu’ils aident et les étudiants… C’est ainsi que nous nous en sommes sortis. »

L’équipe de Mme Palahicky assiste près de 800 membres du corps professoral par le biais du Centre des technologies de l’enseignement et de l’apprentissage de l’établissement. Bien que l’Université offrait déjà 90 % de ses programmes en ligne, l’équipe a été soumise à une pression immense pour convertir rapidement en mode virtuel les programmes existants et les résidences de courte durée sur le campus que font certains étudiants suivant un programme à distance, et pour réviser ou optimiser les cours en ligne existants.

Pour répondre à l’augmentation soudaine de la demande de services adressée au Centre des technologies de l’enseignement et de l’apprentissage, Mme Palahicky a dû entreprendre des changements importants. Les sept écoles et le collège qui composent l’Université se voyaient normalement attribuer un concepteur pédagogique et un conseiller technopédagogique, mais pouvaient aussi demander de l’aide directement au Centre. Afin de simplifier le processus de demandes de soutien, Mme Palahicky a désigné les professionnels attitrés comme seuls points de contact et a communiqué ce changement à tout l’établissement. Trois nouveaux concepteurs pédagogiques ont été embauchés pour répondre à l’augmentation de la charge de travail et Mme Palahicky a participé activement au travail de conception pédagogique. Les réunions de l’équipe, qui avaient autrefois lieu toutes les deux semaines, ont été remplacées par des réunions virtuelles quotidiennes pour aborder et résoudre les problèmes urgents. Ensemble, ils ont triplé le nombre d’ateliers consacrés à l’apprentissage en ligne destinés aux professeurs.

Reconnaître le rôle vital que jouent des gens comme Mme Palahicky dans les universités canadiennes, surtout durant la pandémie, est une priorité pour Carolle Roy. Elle est présidente de l’Association canadienne des concepteurs et des conceptrices pédagogiques (ACCP), qui représente les intérêts des concepteurs pédagogiques de tous les milieux, qu’ils travaillent dans la fonction publique, le secteur de l’éducation, le secteur privé ou à titre de travailleur autonome, et qui veille à faire progresser la profession en offrant des formations, des occasions de réseautage et des pistes pour décrocher un emploi. L’an dernier, l’Association a proposé une série d’ateliers intitulée « Transition vers le numérique en situation d’urgence : quelles leçons en tirer? » dans le but d’aider les gens sur le terrain à traverser cette période exigeante.

Une demande croissante pour une qualification reconnue

Par le passé, de nombreuses personnes n’ayant pas de compétences officielles ont librement utilisé le titre de concepteur pédagogique, selon Mme Roy, et il n’est pas rare que les écoles embauchent des candidats qui n’ont pas de formation pertinente. Dans la foulée de la pandémie, l’ACCP a été submergée de demandes de renseignements de la part d’établissements d’enseignement qui cherchaient des conseils pour embaucher des concepteurs pédagogiques possédant les compétences appropriées. Le panorama des formations est vaste : il englobe des programmes et des cours généralement intitulés « Conception pédagogique », « Conception de matériel pédagogique », « Conception d’apprentissage » ou « Technologie éducative ». Comme les programmes sont rares, l’ACCP publie sur ses sites Web les compétences de base de la profession, reconnues par le Conseil international des normes de formation, des performances et de l’instruction, qui peuvent aider les employeurs à sélectionner leurs candidats.

« Les universités ont dû embaucher plusieurs concepteurs pédagogiques qui devaient être prêts à entrer en fonction immédiatement. Le temps manquait pour les former », remarque Mme Roy, conceptrice pédagogique à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, qui compte près de 25 ans d’expérience dans le domaine. « Il devenait apparent que les concepteurs pédagogiques sans expérience ou connaissances préalables n’allaient pas pouvoir assumer toutes les fonctions requises dès leur embauche. »

Selon Mme Roy, il est apparu évident au début de la pandémie que de nombreuses personnes du milieu postsecondaire comprenaient mal la valeur des concepteurs pédagogiques. On associait leur travail à la résolution de problèmes technologiques plutôt qu’à la facilitation des objectifs d’enseignement et d’apprentissage. « Nous étions un peu trop associés à la technologie par rapport aux aspects pédagogiques du métier », note-t-elle. Mais, comme leur travail est devenu visible en raison de la collaboration plus étroite avec les professeurs, la perception a changé. C’était notamment le cas des professeurs qui, auparavant, étaient réticents à l’idée d’enseigner en ligne et résistaient à toute interférence dans leurs méthodes. Confrontés à la nouvelle réalité, ils étaient « heureux de pouvoir compter sur des gens compétents pour les aider », rapporte Mme Roy.

C’est d’ailleurs le cas pour John Harper, qui a demandé de l’aide au Centre d’enseignement et d’apprentissage de l’Université du Manitoba pour adapter son cours de conception environnementale. M. Harper offre ce cours de première année depuis 2016, mais toujours en personne, ce qu’il préfère. Quand la COVID-19 a tout fait basculer, il a opté rapidement pour Cisco Webex et utilisé la plateforme de manière sommaire pour donner des cours synchrones, présenter des diapositives PowerPoint et tenir des examens à livre ouvert.

À l’été 2021, il s’est demandé si ce format était réellement stimulant pour ses étudiants. Il souhaitait y intégrer des méthodes d’apprentissage interactives et créatives. Durant près de six semaines, la conceptrice pédagogique Sasha White du Centre d’enseignement et d’apprentissage a collaboré avec le professeur pour réorganiser le contenu de son cours dans un cadre qui représente mieux les objectifs d’apprentissage. Mme White a également créé un forum de discussion permettant aux étudiants de discuter du contenu du cours.

« C’était comme une dissection, c’était très complexe, nous devions tout examiner », raconte M. Harper.

Il a commencé à offrir le cours révisé en septembre et a déclaré s’être senti plus à l’aise et en confiance par rapport à l’enseignement en ligne. Il est également satisfait de voir les étudiants mettre en pratique leurs compétences rédactionnelles de façon dynamique dans le forum de discussion.

« Je n’aurais pas pu apporter ce changement sans l’apport, les ressources et le soutien de la conceptrice pédagogique du Centre d’enseignement et d’apprentissage, confie M. Harper. Je ne pense pas que les gens réalisent tout ce qui se fait en coulisses. »

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