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Projet pilote d’Élections Canada pour stimuler le vote étudiant

Une initiative « avisée », selon un universitaire qui s’est penché sur le faible taux de participation chez les jeunes.

par ROSANNA TAMBURRI | 23 SEP 15

Cherchant à hausser le taux de participation des jeunes aux élections, Élections Canada a lancé un projet pilote qui rend le processus de vote plus accessible pour les étudiants. Ceux-ci pourront choisir le lieu et le moment de voter, et pourront plus facilement le faire dans leur circonscription.

L’organisme fédéral prévoit ouvrir 40 bureaux avant le 19 octobre, jour du scrutin, dans des universités et des collèges du Canada. Certains grands campus accueilleront plus d’un bureau, et plusieurs seront ouverts dans des centres d’amitié autochtones et dans des centres communautaires.

Les électeurs admissibles pourront se rendre à ces bureaux pour s’inscrire sur la liste électorale, obtenir de l’information et voter. Ils devront utiliser un bulletin de vote spécial sur lequel ils devront inscrire le nom du candidat de leur choix, plutôt que de faire un X à côté d’un nom, comme c’est le cas le jour du scrutin. Cette façon de faire permettra aux étudiants de voter dans leur circonscription d’origine sans se déplacer ni utiliser de bulletin de vote postal. Ils auront aussi le choix de voter dans leur circonscription d’origine ou dans celle où ils habitent pendant leurs études. Ceux qui prévoient voter dans la circonscription de leur université pourront le faire le jour du scrutin ou dans un des bureaux de vote par anticipation, qui sont parfois situés sur un campus ou à proximité.

En vue des élections du 19 octobre, les bureaux d’Élections Canada seront ouverts du 5 au 8 octobre, et les bureaux de vote par anticipation, du 9 au 12 octobre.

Le projet pilote vise à réduire les obstacles et à faciliter le processus pour les jeunes, explique David Rutherford, porte-parole d’Élections Canada. « Les jeunes électeurs votent moins fréquemment que les plus âgés » pour diverses raisons qui relèvent de la logistique et de la motivation. S’il est jugé efficace, le programme pourrait être élargi lors des prochaines campagnes électorales, ajoute M. Rutherford.

Aux élections fédérales de mai 2011, 39 pour cent des 18 à 24 ans ont exercé leur droit de vote, contre 61 pour cent de la population en général. Selon une étude commandée par Élections Canada en janvier 2015 et réalisée par Antoine Bilodeau, professeur agrégé de science politique à l’Université Concordia, et par Luc Turgeon, professeur agrégé de science politique à l’Université d’Ottawa, certains jeunes « s’abstiennent systématiquement de voter à toutes les élections », tant au niveau provincial que fédéral.

Les jeunes sont moins nombreux à considérer le vote comme un devoir civique, explique M. Bilodeau. Ils n’entretiennent pas des liens aussi forts avec des partis politiques, ont des opinions moins tranchées sur le processus politique et font moins confiance à Élections Canada. « Nous avons été très surpris [de cette dernière constatation] étant donné la solide réputation de l’organisme ». C’est peut-être le reflet d’un cynisme envers le processus électoral en général, avance-t-il.

Étonnamment, l’étude révèle que, parmi les jeunes, les étudiants sont moins susceptibles de voter que les non-étudiants. M. Bilodeau souligne que cette constatation va à l’encontre de celles d’autres études et qu’une recherche plus approfondie serait utile.

Comme l’explique le chercheur, les jeunes Canadiens ont toujours été moins nombreux à voter que les plus âgés. L’écart se creuse cependant entre les taux de participation de ces deux groupes. Cette constatation est particulièrement inquiétante, car des études ont montré que ceux qui votent dès qu’ils ont atteint l’âge réglementaire sont susceptibles de voter aux élections suivantes, tandis que ceux qui ne votent pas sont plus susceptibles de devenir des non-électeurs. « Leur abstention nuit au fonctionnement du système politique et à l’expression de leurs intérêts dans la société », déplore-t-il.

  1. Bilodeau salue l’initiative d’Élections Canada pour inciter les jeunes Canadiens à voter, qu’il juge « avisée ». À l’opposé, les changements apportés en 2014 à la Loi sur l’intégrité des élections en vue de resserrer les exigences relatives à l’identification des électeurs risquent uniquement d’entraîner des difficultés supplémentaires pour les jeunes et de les décourager à exercer leur droit de vote, estime le chercheur. Des dizaines de professeurs, dont MM. Bilodeau et Turgeon, ont signé une lettre ouverte qui dénonce les changements.

La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants et l’Alliance canadienne des associations étudiantes, les deux principaux groupes étudiants au pays, ont lancé cette année des campagnes pour inciter les étudiants à voter.

En tant que groupe de défense d’intérêts, l’Alliance veut que ses membres « prennent d’abord et avant tout part au processus de sélection du gouvernement », explique sa directrice générale, Maria-Hélèna Parcelli. La campagne Sortons voter, en cours sur plus de 20 campus, est non partisane et ne prend position sur aucun enjeu, précise-t-elle. « Nous voulons simplement inciter les étudiants à se rendre aux urnes ».

Comme la lutte s’annonce serrée entre les trois principaux partis politiques fédéraux, « il est évident que chaque vote compte, ajoute Matthew Rios, coordonnateur des communications et des relations avec le gouvernement de l’Alliance. C’est l’occasion pour les étudiants de faire entendre leur voix. »

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