Passer au contenu principal
L’universitaire épanoui

L’ego camouflé est votre pire ennemi : voici comment vous en débarrasser

Votre ego vous rend trop sûr de vous, ce qui peut causer davantage de dommages lorsque c’est aussi inconscient.

par ALEXANDER CLARK & BAILEY SOUSA | 12 MAI 22

Nous connaissons tous des collègues à l’ego démesuré : la personne qui se vante de son indice h auprès des professeurs en début de carrière; qui s’autoproclame un leader; qui s’invente un titre plus prestigieux; qui méprise quiconque n’ayant pas de doctorat; qui monte sur ses grands chevaux à la moindre critique. On ferait tout pour ne pas être cette personne, n’est-ce pas?

Selon James McCrae, auteur du livre Sh#t Your Ego Says, notre ego est un esprit réactif sous-jacent : il est subjectif, sur ses gardes, omniscient et emmêlé dans notre perception et notre jugement. Pour le meilleur et pour le pire, l’ego nous place toujours au premier plan.

Dans le milieu universitaire, avoir un ego est compréhensible et utile. Sans ce sentiment qu’on peut changer la vie de nos étudiants et révolutionner notre domaine, bien peu d’entre nous auraient choisi une telle carrière. Et soyons honnêtes : qui n’aime pas être flatté par un compliment ou reconnu par un prix prestigieux?

Or, c’est beaucoup plus facile de reconnaître les dommages provoqués par l’ego des autres que ceux causés par le nôtre. L’ego, met en garde l’auteur Ryan Holiday, est bien souvent notre ennemi.

En effet, l’ego a ceci de pernicieux que moins nous en avons conscience, plus son emprise sur nous est forte et destructrice. Voilà ce qu’on appelle l’ego camouflé. C’est lorsque l’ego est partout et nulle part en même temps – caché sous nos yeux, en quelque sorte.

L’ego camouflé arrive à nous donner la certitude inébranlable que le problème n’est jamais de notre faute : il est plutôt toujours causé par d’autres gens, le milieu de travail ou encore le travail en soi. Dans le milieu universitaire, l’ego camouflé se manifeste couramment de quatre façons, qui, au fond, expriment la même chose :

 Seul contre le reste du monde

Nous sommes vertueux et avons raison, alors que les autres sont malhonnêtes et ont tort. Cette attitude, qu’elle soit adoptée auprès de pairs, d’étudiants ou de membres de l’administration, suppose bien des impératifs moraux, une bonne dose de manichéisme et un manque d’empathie et de recul. L’ego camouflé muselle notre capacité d’écouter avec ouverture et brosse un portrait simpliste, souvent erroné et très partial de la situation. Nous ne cédons pas de terrain, absolument convaincus du bien-fondé de notre opinion.

 Ils ont une dent contre moi

Nous avons tous été ignorés, dénigrés, voire harcelés par des collègues – parfois à répétition. Or, quand on se convainc que les autres ne veulent que nous faire du mal, on surestime le temps qu’ils passent à comploter contre nous et on leur accorde plus de pouvoir sur nous qu’ils n’en ont réellement. Notre ego camouflé nourrit le sentiment d’apitoiement sur soi et même de paranoïa, puisque tout tourne autour de nous : on se voit au centre de tout et comme portant l’odieux de la situation, même si celle-ci n’a rien à voir avec nous.

La quête de la perfection

Bien sûr, la plupart des gens veulent bien faire au travail. Mais bon nombre d’entre nous visent la perfection. On s’autoflagelle lorsque nos initiatives et projets ne décollent pas immédiatement. On a honte lorsque des pépins surviennent, surtout lorsqu’ils sont de notre faute. Paradoxalement, le perfectionnisme est aussi une manifestation de l’ego camouflé. En nous poussant à nous prouver aux autres, l’ego camouflé nous fait croire que nous ne voulons que répondre à nos propres standards élevés, alors qu’en fait, il cherche à dissimuler notre vulnérabilité et notre fragile estime de soi.

Je ne peux rien y faire

Cette attitude est sans doute la plus destructrice. Les universitaires ont plus d’autonomie dans leur travail que d’autres groupes professionnels. Mais lorsque confrontés aux exigences et aux attentes du travail, nous nous plaignons que tout irait tellement mieux si seulement les circonstances changeaient. Nous concluons donc que nous ne pouvons rien faire pour améliorer la situation : le problème vient du milieu de travail ou du travail lui-même. Notre capacité d’apprendre est alors inexistante, puisque l’ego camouflé encourage la passivité en éliminant toute notion de responsabilité personnelle pour les difficultés actuelles ou passées.

 Et bien sûr, il nous fait tomber dans un cercle vicieux où nos pensées et nos émotions sont validées. Notre ego, rappelle M. Holiday, refuse toute forme de rétroaction, d’apprentissage, de rapport et de réel retour sur soi, laissant le champ libre à nos propres biais. L’ego camouflé nous conforte et nous blesse à la fois, tout en nous rendant inconscients de sa présence tenace et dommageable. Maintenant que nous en savons plus sur l’ego camouflé, que faire pour s’en débarrasser?

1. Concevoir la certitude comme un signal d’alarme

Toute certitude, qu’elle soit intellectuelle, émotionnelle ou physique, est une manifestation de l’ego camouflé. La prochaine fois que vous êtes en proie à une conviction inébranlable, prenez un pas de recul et admettez que c’est votre ego qui parle. Soyez vigilant, et n’oubliez pas que presque tout le monde croit avoir raison. Tâchez de ne pas tout voir en noir ou blanc : nous vivons dans un monde en couleurs.

2. Ne cessez jamais d’être curieux

Une fois le signal d’alarme donné, aiguisez votre curiosité. Donnez-vous du temps. Posez plus de questions. Cherchez à aborder le problème autrement et à explorer d’autres pistes de solution. De quoi les autres sont-ils convaincus? De quoi êtes-vous convaincu? Quelle image donnez-vous de vous-même dans cette situation? Restez curieux et n’arrêtez pas de vous questionner, car votre ego camouflé est programmé pour vous dire que vous avez raison sur toute la ligne. Cristallisez vos apprentissages, si petits soient-ils, pour rappeler votre ego à l’ordre et n’oubliez pas que si la certitude est une manifestation de l’ego, la découverte donne pratiquement toujours lieu à une prise de conscience bénéfique.

3. Développez votre littératie émotionnelle sous le prisme de l’ego

Dans bien des cas, le soi est à la fois le problème et la solution. L’idée n’est pas d’éliminer votre ego, mais d’avoir conscience que l’ego camouflé est à l’œuvre et d’en tenir compte lorsque vous analysez une situation. En l’intégrant délibérément à notre perception de nous-mêmes, des autres et de la situation, nous élevons notre degré de littératie émotionnelle et avons un portrait plus juste de la réalité : nous réalisons que notre ego brouille nos pensées et nos émotions. Il est essentiel de reconnaître quand et comment l’ego prend sa place pour non seulement le contourner, mais aussi pour le mettre à contribution de manière positive.

 Vous avez terminé votre lecture, rassuré, en vous disant que cet article est bien utile pour les autres, mais ne s’applique pas à vous? Eh bien, dites « Bonjour! » à votre ego camouflé.

À PROPOS ALEXANDER CLARK & BAILEY SOUSA
Alexander Clark & Bailey Sousa
Alexander Clark est doyen de la Faculté des disciplines en santé de l’Université Athabasca. Bailey Sousa, habituellement à l’emploi de l’Université de l’Alberta, est actuellement en détachement auprès du ministère de l’Enseignement supérieur de l’Alberta. Ils ont cofondé l’entreprise The Effective, Successful, Happy Academic et cosignent le livre How to Be a Happy Academic (Sage: London, 2018). Ils ont une passion commune pour l’efficacité et l’aspiration dans le travail universitaire.
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published.