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Responsabilités potentielles

Briser l’isolement dans la communauté postdoctorante

La présence d’associations de postdoctorant.e.s sur les campus ne suffit pas. Encore faut-il qu’elles aient le pouvoir de changer la donne pour les chercheurs et chercheuses de demain.

par KATIE GEORGE | 01 DÉC 23

Les campus animés donnent lieu à un sentiment de communauté palpable. Mais pour une poignée d’universitaires, les heures incalculables passées dans les laboratoires à travailler sur des projets de recherche, qui contribuent à l’innovation et au prestige de leur université, peuvent mener à l’isolement. En effet, passer de longues heures à travailler en vase clos est la réalité de plusieurs postdoctorant.e.s dans les universités canadiennes.

L’identité de ces personnes est parfois ambiguë au sein de leur établissement. Doit-on les considérer comme des étudiant.e.s, des chercheurs et chercheuses ou des enseignant.e.s? Si on les associe généralement aux étudiant.e.s des cycles supérieurs, on ne pourrait les considérer comme faisant partie de ce groupe. Leur entrée au postdoctorat ne suit pas le calendrier universitaire, et habituellement, on ne les regroupe pas en cohorte. Ce ne sont pas non plus des professeur.e.s. Bien que la plupart donnent des cours, dirigent des laboratoires et encadrent des étudiant.e.s de tous les cycles, leur travail ne leur permet pas d’accumuler d’ancienneté ni d’obtenir une permanence ou un salaire de professeur.e. On les considère comme dans une classe à part et cette ambiguïté entraîne de l’isolement, une invisibilisation et leur exclusion.

Ce phénomène n’est pas nouveau et ne passe pas inaperçu. Un récent sondage effectué auprès de postdoctorant.e.s et publié dans la revue Nature caractérise ces personnes de « bêtes de somme du milieu universitaire : surcharge de travail, rémunération insuffisante, conditions précaires et instables et manque de reconnaissance ». D’autres publications ont mis en lumière l’épidémie de solitude qui sévit dans le milieu. Il est clair que nos chercheurs et chercheuses en début de carrière en ressentent les effets.

Pourquoi les postdoctorant.e.s ne prennent pas la main qui leur est tendue?

Les universités canadiennes ont entendu leur appel à l’aide et ont créé une multitude d’initiatives sur les campus et en ligne pour briser l’isolement et favoriser leur développement de carrière dans la sphère universitaire, dans leur domaine d’expertise et au-delà. De la semaine nationale de la reconnaissance des postdoctorant.e.s de l’Université de la Colombie-Britannique aux programmes qui leur sont spécialement conçus, comme le programme sur l’avantage concurrentiel de l’Université Western ou le certificat d’enseignement de l’Université de Calgary, les occasions de tisser des liens et d’apprendre ne manquent pas.

Alors, pourquoi les postdoctorant.e.s continuent de s’isoler dans leurs laboratoires? Il faut savoir que le stage postdoctoral est une étape cruciale dans l’avancement d’une carrière en recherche. Lors de ce parcours qui dure habituellement entre un et quatre ans, on ressent la pression immense de devoir publier et le temps manque souvent. Dans ce climat rude, bon nombre de postdoctorant.e.s sont refroidi.e.s à l’idée de participer à des activités sociales ou à des activités professionnelles.

Que peuvent faire les établissements canadiens pour rejoindre ces chercheurs et chercheuses hors d’atteinte?

Si les associations postdoctorales ressentent encore les effets de la pandémie, elles sont pourtant encore en vie. On peut notamment penser à celles de l’Université de la Colombie-Britannique, de l’Université Simon Fraser ou encore de l’Université Western. Elles offrent des façons de briser l’isolement et de réseauter entre membres du milieu. Heureusement, le sentiment d’appartenance à la communauté se reconstruit tranquillement. Les universités se doivent de soutenir ces associations et de leur offrir une place active et une voix forte au sein de leur établissement. Leur présence ne suffit pas; il faut les doter de pouvoir et d’influence pour qu’un véritable changement s’opère dans la communauté des chercheurs et chercheuses de demain.

Les programmes par cohorte constituent une autre façon de se sortir de l’isolement. Conçus pour les postdoctorant.e.s de différentes facultés, ces programmes proposent des cours qui favorisent la collaboration. Ils leur offrent un espace, une présence et une identité au sein de leur établissement, pour que le perfectionnement professionnel soit au cœur de leur parcours postdoctoral.

Il est important que les directeurs et directrices de recherche comprennent l’importance d’investir dans le perfectionnement de carrière de leurs postdoctorant.e.s. En effet, faire la promotion de ce type de programme, c’est offrir à la communauté postdoctorale une façon d’élargir son réseau au-delà de sa faculté. Les avantages dépassent le cadre personnel : la collaboration qui en découle est un véritable foyer pour l’innovation et la créativité. Lorsqu’on permet à ces grands esprits de se rencontrer à l’extérieur des laboratoires et d’accorder du temps à leur développement personnel et professionnel, c’est un nouveau monde qui s’ouvre.

À PROPOS KATIE GEORGE
Katie George est gestionnaire du programme d’enseignement et de leadership McCall MacBain pour les postdoctorant.e.s à l’Université McMaster.
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