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Universitaire à vie

Vous êtes à la retraite? Prenez le contrôle de vos soins médicaux

N’oubliez pas : vous avez le droit de poser des questions et de ne pas être d’accord avec un diagnostic.

par DAVID ZITNER | 11 JAN 24

Les personnes à la retraite – ou qui veillent à leur propre santé ou à celle d’autrui – doivent malheureusement composer avec un système de santé de plus en plus complexe et dysfonctionnel. Avant de prendre ma retraite après ma carrière comme professeur titulaire à l’Université Dalhousie ainsi que directeur et fondateur de son programme en informatique de la santé, mes étudiant.e.s m’ont appris, à mon grand étonnement, que quiconque comprend les bases des soins de santé peut s’impliquer dans ses propres soins et résoudre des problèmes qu’ils soient simples ou complexes.

Voici quelques leçons importantes que j’ai tirées.

Objectif des soins

Nous demandons des avis médicaux pour améliorer notre bien-être, notre quotidien et notre longévité. Les médecins peuvent aussi nous recommander des tests pour dépister des maladies asymptomatiques curables ou des facteurs de risque. Expliquez à vos médecins les attentes que vous avez par rapport à leurs soins.

Tests de dépistage et de susceptibilité aux maladies

Chaque fois que l’on se soumet à un test médical, on devrait s’assurer que les résultats ont été analysés (et qu’ils n’ont pas été perdus, égarés ou mal transmis). On doit aussi départager, avec l’aide d’un.e médecin, les résultats pertinents des résultats trompeurs. Les tests ne sont pas tous infaillibles. Certains ont parfois des résultats inexacts qui peuvent faussement nous alarmer (un signe de maladie inexistante) ou nous rassurer (si la maladie est masquée).

Certains tests de dépistage sont controversés justement en raison de leur nombre élevé de faux positifs, ce qui entraîne inutilement des traitements excessifs ou des analyses invasives. Ce genre de test entraîne des conséquences nocives qui, parfois, ne valent pas les avantages d’un dépistage hâtif. Lorsque vous discutez du résultat d’un test, informez-vous quant à la fréquence de faux résultats.

Le diagnostic

Il ne faut pas abandonner. Certains symptômes, comme la fatigue, peuvent être causés par pas moins de 2 000 problèmes médicaux. Si un.e médecin n’arrive pas à expliquer la source du problème, ça ne veut pas dire que vous l’avez imaginé – simplement que la cause n’a pas (encore) été cernée. Si votre médecin propose une explication psychologique à vos symptômes, par exemple la dépression en cas de fatigue, demandez-lui le nombre et le nom des maladies (tant rares que fréquentes) qui ont été évaluées et testées pour en arriver à cette hypothèse.

Le traitement

À l’occasion, nos symptômes peuvent ressembler à ceux de maladies bénignes (rhume ou petite gastro, par exemple) et donc, avant de recommander des tests invasifs ou de prescrire des médicaments qui pourraient être nocifs, les médecins proposent souvent d’attendre et d’observer les symptômes, pour voir s’ils s’améliorent par eux-mêmes ou s’ils empirent.

Lorsque des mesures plus radicales semblent indiquées, on devrait, avec notre médecin, bien comprendre les effets positifs et négatifs potentiels du traitement proposé. On doit prendre en compte les concepts de « décès toutes causes confondues » et de « morbidité toutes causes confondues ». On veut que les médicaments améliorent nos symptômes sans causer d’autres problèmes ou en augmenter les risques. Pour certaines personnes, une faible dose journalière d’aspirine influence légèrement la coagulation et réduit le risque de crise cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral. Malheureusement, ces avantages sont éclipsés par une hausse d’effets nocifs de plus ou moins grande envergure liés à l’hémorragie digestive.

On doit aussi porter attention aux concepts de « ratio interventions/bénéfices » et de « ratio interventions/préjudices » : combien de personnes doivent-elles recevoir un traitement avant que l’une d’elles en soit avantagée ou, inversement, lésée? On doit comprendre l’ampleur des bénéfices et des préjudices possibles.

Enfin, on doit aussi faire la différence entre la réduction du risque relatif et absolu. Pour en savoir davantage et trouver une calculatrice statistique, consultez le site Web du British Medical Journal (en anglais). L’idée, c’est qu’un médicament qui peut soigner deux personnes sur un million est relativement meilleur qu’un autre qui n’en aide qu’une. Il reste que ce n’est qu’une personne de plus sur un million. L’avantage relatif reste le même pour un médicament qui soigne deux personnes sur cinq comparativement à un autre qui n’en soigne qu’une sur cinq. Or, dans ce cas-ci, seules cinq personnes doivent être traitées pour que l’une d’elles soit aidée par le traitement. La réduction du risque absolu est une donnée plus représentative que celle du risque relatif; on devrait donc se méfier lorsqu’un médicament est promu comme aidant deux à trois fois plus de personnes comparativement à un autre ou à l’absence de traitement.

Santé mentale

Chacun.e influence les pensées, les sentiments et le comportement des personnes qui l’entourent. À l’exception de la médication, les stratégies utilisées sont les mêmes que celles des professionnel.le.s en santé mentale. Nos pensées, sentiments et comportements sont influencés par :

  • les paroles des autres, leur façon de communiquer et leurs sujets de discussion;
  • les récompenses et les punitions (les incitatifs ont une influence autant pour les enfants que pour les adultes);
  • l’alimentation et l’exercice (influence sur l’humeur et le fonctionnement);
  • les médicaments utilisés pour traiter certaines maladies, comme les affections de la glande thyroïde ou la maladie d’Addison;
  • les médicaments, à l’occasion (même quand on ne peut détecter d’anomalie dans le corps en laboratoire);
  • les médicaments régulateurs de l’humeur, comme les antidépresseurs, qui n’ont aucun effet anormal mesurable sur le corps; et
  • les substances auto-prescrites facilement accessibles comme l’alcool ou les psychédéliques.

Les soins cliniques et la science

Les soins cliniques s’articulent autour des relations humaines. Il est important d’associer des médecins et des patient.e.s qui partagent certaines valeurs. En clinique, certaines grandes questions médicales ne font toujours pas l’unanimité et les médecins peuvent avoir des opinions divergentes lorsque plusieurs approches sont valables. Plus on comprend les grands principes qui opèrent derrière les soins cliniques, mieux on peut évaluer les avis médicaux contradictoires que l’on peut recevoir.

Mon collègue Dominic Covvey et moi créons une série de trois livres qui regroupent les grands apprentissages que j’ai faits dans ma pratique clinique et universitaire, et les idées qu’il a élaborées comme universitaire et comme directeur fondateur du Canadian National Institute for health informatics. La série devrait paraître en mars 2024.

David Zitner est professeur émérite en médecine à l’Université Dalhousie.

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