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À mon avis

Cinq recommandations aux bureaux de soutien à l’enseignement pour aider les professeurs à passer aux cours en ligne

Assurer un enseignement équitable et de qualité, et évaluer efficacement l’apprentissage sont des impératifs de cette année universitaire perturbée.

par NADIA NAFFI ET AL | 10 SEP 20

En mars dernier, alors que les campus universitaires du monde entier se vidaient un à un en raison de la pandémie de COVID-19, les bureaux de soutien à l’enseignement (BSE) et les services équivalents – avec leurs équipes de concepteurs pédagogiques, de développeurs multimédias et de spécialistes de l’enseignement et de l’apprentissage – sont devenus de véritables « héros universitaires de la pandémie » et une bouée de sauvetage pour les professeurs qui peinaient à passer aux cours hybrides ou en ligne.

Bien qu’habitués à apporter un soutien à l’enseignement aux membres du corps professoral, la plupart des BSE n’avaient pas l’équipement, les capacités ou la préparation nécessaires pour élargir ce soutien et assurer rapidement le passage en ligne de tous les cours. Sans compter qu’il fallait aussi veiller à ce que ces cours soient de qualité et équitables, surtout en ce qui a trait aux pratiques d’évaluation.

En juin et juillet derniers, notre équipe de recherche a voulu comprendre comment les BSE ont abordé ou prévoient aborder les problèmes d’apprentissage numérique dans un contexte de perturbations en enseignement causées par la COVID-19. À cette fin, nous avons rencontré des directeurs de 19 BSE et services équivalents du Canada, des États-Unis, du Liban, du Royaume-Uni et de France pour discuter des défis auxquels ils avaient été confrontés et ceux auxquels ils prévoyaient faire face à l’automne et à l’hiver prochains; des pratiques adoptées pour appuyer la prestation de cours en ligne au début de la pandémie; et des premières leçons tirées.

Une première réflexion sur les leçons apprises depuis mars 2020 a permis aux BSE de formuler de nombreuses recommandations à leurs homologues. Voici leurs cinq principales recommandations :

Premièrement, pour soutenir les professeurs, les BSE doivent avant tout accorder la priorité à leurs propres équipes.
Les BSE ont fait état de neuf mesures garantes d’une équipe performante, productive et efficace :

  1. Cerner les points forts et les lacunes de chaque membre de l’équipe, puis répartir les responsabilités en conséquence et d’une manière qui assure la cohésion, la souplesse et la réactivité de l’équipe.
  2. Prévoir suffisamment de temps pour une préparation de cours efficace.
  3. Donner aux membres de l’équipe les moyens d’agir avec souplesse.
  4. Encourager les membres de l’équipe à mettre de côté leur autonomie professionnelle au profit de l’équipe.
  5. Simplifier la structure décisionnelle et permettre à chacun d’y participer.
  6. Favoriser l’adoption de pratiques et de politiques adéquates axées sur le bien-être afin d’inciter chacun à prendre soin de lui et de lutter contre l’isolement, l’épuisement professionnel et les problèmes de santé mentale.
  7. Valoriser l’équipe et lui faire part des commentaires positifs des professeurs et des hautes instances administratives.
  8. Favoriser et soutenir un modèle hybride alliant travail sur place et télétravail dans la mesure du possible.
  9. Créer des communautés transformatrices qui regroupent les membres de l’équipe, des professeurs issus de diverses disciplines ainsi que des spécialistes des services professionnels et à l’enseignement pour favoriser la collaboration interdisciplinaire et entre professeurs ainsi que l’innovation. Les experts des facultés peuvent faire part de précieux points de vue internes et contribuer à percer les zones d’ombre.

Deuxièmement, pour réussir, les BSE doivent travailler plus intelligemment, non plus dur.
Les intervenants des BSE ont décrit sept étapes pour y parvenir :

  1. Adopter une démarche globale en matière de services et de soutien pour répondre au large éventail de besoins technologiques et pédagogiques des professeurs.
  2. Instaurer une plateforme permettant aux BSE de cerner régulièrement les désirs et besoins des professeurs.
  3. Déterminer les besoins et les désirs les plus pressants des professeurs, l’étendue de leurs compétences et de leur autonomie touchant l’usage de la technologie à des fins pédagogiques, le type de soutien et de suivi dont ils ont besoin et le temps dont ils disposent, puis les aider selon leur situation particulière tout en fixant des attentes raisonnables et en célébrant même les succès modestes.
  4. Veiller à ce que les réponses aux questions et les solutions aux problèmes restent simples pour éviter une surcharge cognitive dont même les professeurs ne sont pas à l’abri.
  5. Évaluer la préparation et les exigences des étudiants touchant l’apprentissage en ligne et veiller à ce que les professeurs ne surestiment ni ne sous-estiment leurs compétences.
  6. Éviter d’opter pour une démarche unique (le piège en cas d’urgence) et tenter de personnaliser le soutien et le suivi des professeurs.
  7. Viser l’autonomie des professeurs en les aidant à cerner leurs propres aptitudes et capacités, à déterminer ce qui les freine, à trouver des stratégies pour améliorer sans cesse leurs cours par des méthodes pédagogiques novatrices, ainsi qu’à sélectionner de manière critique et responsable les technologies numériques à intégrer aux expériences d’apprentissage qu’ils proposent aux étudiants.

Troisièmement, les BSE soulignent l’importance de faire preuve d’empathie au sein de leurs équipes ainsi qu’avec les professeurs, et de cultiver les relations humaines.
Les BSE incitent leurs homologues à communiquer clairement et d’une façon transparente avec les professeurs, à les rassurer même lorsqu’ils n’ont pas de réponses à leurs questions, à les écouter attentivement, activement et sans jugement, ainsi qu’à tenter de cerner au mieux leur réalité. Les BSE recommandent aussi de créer un espace sécuritaire propice aux échanges avec et entre les professeurs. Ils conseillent aussi vivement de rappeler aux professeurs l’importance de communiquer avec leurs étudiants, de les écouter, de faire preuve d’empathie et de patience envers eux, ainsi que de reconnaître leurs efforts et leur volonté d’apprendre.

Quatrièmement, les BSE doivent opter pour des solutions pratiques aux problèmes d’évaluation et d’équité.
Les BSE doivent réfléchir aux moyens d’aider vraiment les professeurs à passer à des modèles très différents pour faciliter et évaluer l’apprentissage non seulement sur le plan conceptuel, mais aussi par des pratiques exemplaires réalistes fondées sur des données probantes. Les BSE recommandent aussi à leurs homologues de réfléchir aux types de soutien et de logiciels dont les professeurs auront besoin pour créer des outils didactiques, choisir les technologies numériques appropriées, enregistrer des cours pour ensuite les mettre en ligne, sous-titrer du contenu vidéo et audio, ainsi que proposer des calendriers souples en matière de participation et d’évaluation. Certains BSE ont aussi lancé des initiatives visant à fournir aux étudiants de l’aide financière et du matériel technique.

Cinquièmement, les BSE appellent leurs homologues à faire preuve d’un leadership proactif, à intégrer des pratiques exemplaires au soutien à l’enseignement qu’ils apportent aux professeurs, ainsi qu’à favoriser la prise de risques et l’innovation.
Les BSE encouragent leurs homologues à viser haut tout en étant conscients des limites des professeurs et des établissements. Il leur faut anticiper les besoins, évaluer les risques et voir au-delà de l’hiver 2021. Ils doivent aussi aiguiller les professeurs vers les ressources existantes et faire en sorte que leurs équipes utilisent efficacement le temps dont elles disposent pour se concentrer sur des défis plus complexes. L’une des principales occasions de faire preuve de leadership consiste à abattre les cloisons entre les programmes, départements, facultés et établissements d’enseignement, ainsi qu’à favoriser l’émergence de véritables établissements pluridisciplinaires, transdisciplinaires et interdisciplinaires. L’objectif est de mettre en commun démarches, stratégies et outils au profit de tous, et les partager avec la communauté mondiale. Enfin, pour remettre l’accent sur la qualité de l’éducation, les BSE doivent souligner que l’enseignement doit être aussi valorisé que la recherche au sein des établissements, être prêts à s’adapter aux politiques au lendemain de la crise, ainsi que tenter de maintenir la dynamique insufflée par la pandémie.

L’intégralité du livre blanc peut être consultée ici. Le livre blanc a été préparé dans le cadre des travaux de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA) portant sur les effets sociétaux des systèmes d’intelligence artificielle et des outils numériques déployés pour lutter contre la propagation de la COVID-19, et financé par les Fonds de recherche du Québec (FRQ). Il a également été financé par la Chaire de leadership en enseignement sur les pratiques pédagogiques innovantes en contexte numérique – Banque Nationale de l’Université Laval et par la Chaire de recherche de l’Université Concordia en « culture maker ».

Les auteurs sont Nadia Naffi, Université Laval; Ann-Louise Davidson, Université Concordia; Richard E. Clark, Université de Californie du Sud; Dawn M. Snyder, Dawn Snyder Associates; Roger Kaufman, Université d’État de Floride; Brian Beatty, Université d’État de San Francisco; Guy Wallace, EPPIC Inc.; Azeneth Patino, Université Laval; Edem Gbetoglo, Université Laval; Nathalie Duponsel, Université Concordia; Céleste Savoie, Université Laval; Ivan Ruby, Université Concordia; Didier Paquelin, Université Laval; et Isabelle Fournel, Université Laval.

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