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Des professeurs discutent de l’abandon des certificats médicaux exigés des étudiants

Des professeurs frustrés et des centres de santé débordés appellent ensemble à une nouvelle solution.

par SHAWNA WAGMAN | 08 FEV 16

Un après-midi de novembre dernier, une dizaine de professeurs de l’Université Carleton se sont réunis dans le cadre d’une rencontre organisée par le Centre de perfectionnement en enseignement de l’établissement. Le but de l’exercice : discuter des problèmes posés par le traitement des certificats médicaux présentés par les étudiants, ces documents qu’ils doivent parfois produire pour faire reporter la remise de travaux ou d’examens.

Directrice au premier cycle au département de neuroscience de l’Université Carleton, Kim Hellemans a décidé d’assister à cette réunion après avoir été submergée par la charge de travail générée par le traitement des demandes de reports pour cause de maladie ou autre. « Avec tous les travaux et examens reportés, je n’arrive plus à savoir qui a fait quoi, et quand, a-t-elle confié à ses collègues, qui ont été nombreux à hocher la tête pour marquer leur assentiment. C’est, j’en ai peur, bien trop facile d’obtenir le report d’un examen chez nous. »

Bien que certains départements de l’Université Carleton possèdent leurs propres règles, il n’existe aucune politique en matière de reports pour cause de maladie applicable à l’ensemble de l’établissement – sauf en ce qui concerne la période des examens finaux, pendant laquelle les étudiants doivent demander un report par écrit au Bureau du registraire. C’est ce qu’a souligné la directrice des Services de santé et de counseling de l’Université Carleton, Maureen Murdock, lors de la rencontre. « Les certificats médicaux indiquent simplement que les personnes concernées étaient malades à telle ou telle date, a-t-elle précisé. Aucune politique de l’établissement ne nous force à les accepter. »

Selon Mme Murdock, qui suit de près les politiques en matière de certificats médicaux à l’échelle de l’Amérique du Nord, certains administrateurs d’établissement se dirigent progressivement vers des politiques qui n’exigent pas de certificats médicaux, alors que d’autres optent pour l’usage de formulaires déclaratifs devant être remplis par les étudiants. L’usage de formulaires de vérification est encore plus répandu : le médecin doit évaluer la durée d’« inaptitude » de l’étudiant ainsi que le degré de son inaptitude (importante, modérée, légère ou négligeable).

L’établissement de certificats médicaux peut constituer un lourd fardeau pour ceux à qui cette tâche revient, selon Mme Murdock. En 2013-2014, les médecins prestataires de services médicaux à l’Université Carleton ont rédigé en 12 mois 2 350 certificats pour des étudiants, des membres du personnel et des professeurs. « Le fait que des étudiants se présentent aux cliniques uniquement pour obtenir des certificats médicaux engendre un gaspillage de ressources, en plus d’allonger le temps d’attente de ceux qui viennent vraiment voir un médecin parce qu’ils sont malades », ajoute Mme Murdock. S’il n’en tenait qu’à elle, elle abolirait l’exigence de certificats médicaux : « Si je suis malade, je n’ai qu’à appeler mon employeur pour le prévenir. Je n’ai pas à lui présenter de certificat. Pourquoi serait-ce différent pour les étudiants? »

Ce sont les mêmes réflexions qui ont conduit Jane Collins, infirmière gestionnaire au Centre de santé étudiante de l’Université Saint Mary’s, à cesser de délivrer des certificats médicaux (sauf pour les problèmes de santé mentale ou les pathologies chroniques) en 2013. Dans une entrevue accordée alors au service des nouvelles de la CBC, Mme Collins a plaidé pour que les cliniques n’aient plus à répondre à ces mesures d’accommodement. Pour sa part, le Centre de santé de l’Université de l’Alberta indique sur son site Web qu’il préfère que les étudiants malades restent chez eux pour se rétablir plutôt que de passer du temps en salle d’attente pour obtenir un certificat médical. Les médecins du Centre vont continuer à rédiger des certificats médicaux au besoin. Toutefois, en vertu de la politique de l’Université de l’Alberta, les étudiants doivent d’abord communiquer avec leur professeur par téléphone ou par courriel pour obtenir une autorisation d’absence ou un report. (C’est alors au professeur que revient la décision d’accepter ou non la demande.)

Pour faciliter les négociations parfois pénibles entre professeurs et étudiants, le site Web de l’Université Queen’s invite les étudiants à imprimer pour leur professeur une lettre précisant la politique de l’établissement, ainsi que le formulaire facultatif qui leur permet de déclarer les maladies bénignes dont ils souffrent. Ce système est basé sur la confiance. Les professeurs sont libres d’accepter ou non le formulaire en question.

Professeur d’études cinématographiques à l’Université Carleton, Marc Furstenau a décidé de participer à la réunion. Irrité de constater que ses étudiants lui soumettaient de plus en plus de certificats médicaux douteux, M. Furstenau avait pris l’habitude de négocier des reports directement avec ses étudiants plutôt que d’exiger des certificats. Il avait également décidé d’intégrer à chaque plan de cours la politique de l’établissement en matière de certificats médicaux, qui précise que les travaux en études cinématographiques remis en retard ne sont acceptés que sur présentation d’un justificatif médical. Jusqu’à récemment, il jugeait devoir intégrer à chaque plan de cours non seulement cette politique, mais également celles traitant des accommodements pour raisons religieuses ou handicap. Toutefois, il a toujours omis de citer les dispositions des politiques relatives à l’obligation de produire une copie du certificat de décès d’un proche parent. « Je me suis dit que je n’allais quand même pas leur demander ça! »

Lors de cette même réunion, une autre professeure a confié être bien plus stricte que ce qu’imposent les politiques applicables. Si un étudiant indique que son chat a subi une chirurgie dentaire, elle demande à voir la facture du vétérinaire. S’il dit être allé aux funérailles de sa grand-mère, elle exige l’avis de décès, et même une carte d’embarquement s’il a dû faire un long voyage pour s’y rendre. Elle peut même parfois exiger une photo du flacon de médicaments prescrits à un étudiant pour vérifier les dates qui y figurent.

La discussion s’est ensuite portée sur les moyens pour les professeurs de distinguer les étudiants vraiment malades de ceux qui profitent du système pour gagner du temps. M. Furstenau a fait état d’une stratégie adoptée par certains de ses collègues, qui consiste à ne comptabiliser, pour la note finale, que les cinq meilleurs des sept travaux exigés ou seulement un certain pourcentage des petits tests. Les deux premières fois où un étudiant ne se présente pas à un examen pour cause de maladie, de migraine ou de stress, il n’est pas noté, c’est tout. Au cours du dernier trimestre, M. Furstenau a par ailleurs décidé de tester une autre méthode : il n’a fixé aucune date limite pour la remise de deux travaux, pourvu qu’ils soient remis avant la fin du trimestre.

« J’ai ainsi envoyé le message suivant aux étudiants, dit-il : “Vos vies personnelles ne me regardent pas, vous n’avez pas à vous justifier auprès de moi.” » Sur une classe de 18 étudiants, 17 ont remis leurs travaux à la date limite, ou avant. Le 18e étudiant a demandé un report et accepté la pénalité imposée. « Je pense qu’ils ont compris que, vu la latitude accordée, le non-respect de la date limite serait inexcusable. »

Collègue de M. Fursenau, Kim Hellemans ne semble pas convaincue. « C’est une question de culture, de droits et de responsabilités, dit-elle. Il faut revoir le système actuel en conséquence : il ne fonctionne pas. »

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