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Difficile de décider des mesures d’adaptation à accorder aux étudiants en situation de handicap

Lors d’un sommet international, les experts incitent à la prudence en matière d’accommodements.

par PAUL GESSELL | 23 JUILLET 14

La mère d’une étudiante de l’Université Queen’s, à Kingston, voulait que sa fille soit considérée en situation de handicap et bénéficie de mesures d’adaptation particulières parce qu’elle devait étudier « très fort » pour obtenir des A. Dans deux autres cas, les parents d’étudiants nouvellement inscrits à cette université ont demandé à habiter en résidence pendant un an avec leur enfant, par crainte que ce dernier ne puisse s’en sortir seul.

Allyson Harrison, experte des situations de handicap et directrice clinique du Centre régional de ressources et d’évaluation de l’Université Queen’s, n’a pas accédé aux demandes de ces parents. Elle connaît de nombreux cas d’étudiants catégorisés très tôt comme étant en situation de handicap et qui ont obtenu des accommodements parfois injustifiés, comme des périodes d’examen prolongées. Arrivés à l’université, ces étudiants s’attendent à bénéficier des mêmes mesures, et finissent par obtenir leur diplôme sans avoir acquis toutes les compétences nécessaires pour réussir en milieu de travail.

« La définition de la notion de handicap évolue constamment, a soutenu Mme Harrison lors du Sommet international sur l’accessibilité tenu du 12 au 15 juillet, à Ottawa. Les critères semblent de plus en plus souples. »

Le sommet a réuni plus de 400 experts des situations de handicap, provenant surtout du Canada et des États-Unis. L’événement était organisé par l’Université Carleton, largement reconnue comme chef de file en matière d’aide aux étudiants en situation de handicap, avec l’appui du gouvernement de l’Ontario et de la Ville d’Ottawa. Les discussions ont entre autres porté sur les avancées technologiques et l’aménagement novateur des immeubles au profit des personnes handicapées, les stratégies d’emploi axées sur ces personnes ainsi que les défis propres aux personnes en situation de handicap d’ordre psychiatrique. Le sommet a attiré d’importants défenseurs des droits des personnes handicapées, dont David Onley, lieutenant-gouverneur sortant de l’Ontario, et le célèbre athlète en fauteuil roulant Rick Hansen.

Il y a vingt ans, les représentants du milieu universitaire à un tel sommet auraient sans doute passé beaucoup de temps à plaider pour une définition élargie de la notion de handicap et des accommodements supplémentaires pour les personnes en situation de handicap. Mais au sommet d’Ottawa, « le discours a changé », selon certains conférenciers, qui recommandent désormais la prudence en matière d’accommodements.

Tel était le message de Manju Banerjee, vice-rectrice et directrice de l’Institut de recherche et de formation du Collège Landmark, à Putney, au Vermont, établissement dont la mission est axée sur les étudiants présentant des troubles d’apprentissage.

Mme Banerjee croit que certains étudiants catégorisés comme étant en situation de handicap n’ont pas nécessairement besoin d’un preneur de notes attitré ou de temps supplémentaire pour terminer leurs travaux – ils n’ont simplement pas appris à prendre des notes ou à étudier efficacement. Ces étudiants affirment avoir besoin d’accommodements, mais, lorsqu’on leur pose la question, ils admettent que mieux étudier et bien dormir avant l’examen les aide davantage à obtenir de bonnes notes que les mesures d’adaptation.

« Souvent, les étudiants demandent des accommodements pour avoir un filet de sécurité », explique Mme Banerjee.

La clientèle du Centre Paul Menton pour les étudiants handicapés de l’Université Carleton compte 2 000 étudiants. Son directeur, Larry McCloskey, indique que bien que ce chiffre représente huit pour cent des 25 000 étudiants du campus, la proportion est moindre que dans la population générale, où l’on compte 12 à 15 pour cent de personnes en situation de handicap.

M. McCloskey et ses collègues ont mis en pratique quelques-unes des stratégies recommandées par Mme Banerjee. Selon lui, certains étudiants arrivent à l’université convaincus qu’ils ont besoin de mesures d’adaptation, ou qu’ils y ont droit. En fait, ils ont parfois simplement besoin d’acquérir « des stratégies d’apprentissage et de gestion du temps ».

Les étudiants en situation de handicap qui sont habitués aux accommodements en milieu scolaire risquent de subir un choc en arrivant sur le marché du travail, ont affirmé certains conférenciers. Mark Wafer, propriétaire de restaurants Tim Hortons dans la région de Toronto, tient à embaucher des employés en situation de handicap, qu’il trouve plus consciencieux que les autres travailleurs. En revanche, a-t-il dit au sommet, il arrive qu’un nouvel employé ne croie pas être obligé d’arriver à l’heure au travail, ses professeurs étant indulgents à cet égard en raison de son handicap. Toutefois, lorsqu’il leur énonce clairement les règles de ponctualité, le problème tend à disparaître.

Lors d’une entrevue, Mme Harrison a donné l’exemple des étudiants en droit auxquels on accorde plus de temps pour terminer leurs travaux ou leurs examens en raison d’un handicap. Qu’adviendra-t-il lorsque, devenus avocats, ils factureront leurs services à l’heure? Estimeront-ils avoir le droit de facturer plus d’heures de travail parce qu’ils assimilent l’information plus lentement?

« Je crois qu’il ne faut plus essayer d’assurer à tout prix la réussite et la satisfaction de tous les étudiants [à l’université] », estime Mme Harrison. Selon elle, les universités devraient plutôt proposer aux étudiants « des compétences durables qui leur permettront d’obtenir un emploi et d’être heureux, plutôt que d’entretenir chez eux des attentes irréalistes. »

« Je repense à mon neveu, qui avait l’impression de savoir nager parce qu’il portait des flotteurs aux bras. Lorsqu’il a sauté dans la piscine après les avoir retirés, il a coulé au fond, sans comprendre pourquoi. »

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