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Achat local : La proximité n’est pas une panacée

par JOSÉE DESCÔTEAUX | 09 MAR 09

Alors que la consigne « Achetez chez nous » gagne en popularité, Pierre Desrochers, professeur de géographie à l’Université de Toronto à Mississauga jette un pavé dans la mare en affirmant que l’achat local peut se révéler moins écologique que la consommation de produits étrangers.

Les promoteurs de l’achat à proximité pointent généralement un doigt accusateur vers le transport des aliments, qui constitue une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre. M. Desrochers ébranle cet argument en affirmant que, « dans la facture énergétique totale du cycle de production des aliments, la phase du transport compte pour une portion minime ».

Aux États-Unis, dans le cas du maïs, elle représente 11 pour cent de la facture énergétique, tandis que la production, l’achat des semences, le transport pour traiter et entreposer le maïs ainsi que le transport du silo à la production représentent 83 pour cent. « Il faut tenir compte de toutes ces phases », ajoute le chercheur.

Il explique son point de vue dans Yes We Have No Bananas: A Critique of The ‘Food Miles’ Perspective, un article disponible en ligne sur le site du Centre Mercatus de l’Université George Mason, en Virginie, et coécrit avec son épouse Hiroko Shimizu, consultante en économie.

Nos succulentes McIntosh, Cortland et autres pommes du Québec foisonnent en automne, mais ne résistent pas à l’hiver : une fois cueillies, si elles ne sont pas consommées, elles sont entreposées pour être ultérieurement distribuées dans les magasins d’alimentation. Elles dorment ainsi dans des entrepôts réfrigérés très énergivores, précise M. Desrochers. Pendant ce temps, en Nouvelle-Zélande, les pommes sont cueillies et prennent le chemin de l’exportation par bateau diesel, un moyen de transport dont l’empreinte écologique est moindre que celle de l’achat local.

En outre, la production saisonnière est moins rentable que celle qui s’étend sur toute l’année, une assertion qu’éludent ou ignorent les adeptes de l’achat local. « Une entreprise qui utilise son matériel toute l’année achète habituellement de l’équipement plus durable; l’empreinte écologique est moins grande », explique M. Desrochers.

Néanmoins, bon nombre de consommateurs souhaitent, en achetant leurs produits, contribuer au gagne-pain de leurs producteurs locaux. Au dire du professeur, on n’érige pas une économie sur les bases de la « charité ». Le fait de payer un prix plus élevé pour un produit de même qualité réduit le pécule disponible pour l’achat d’autres aliments, ce qui nuit éventuellement à la création d’emplois, précise celui qui s’est attiré les foudres des détracteurs… mais qui a aussi gagné des partisans à sa cause.

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