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La quête multisectorielle de cette pandémie : trouver un vaccin

D’un océan à l’autre, des chercheurs collaborent et travaillent sans relâche sur les différentes approches.

par DIANE PETERS | 22 AVRIL 20

Dans le cadre de ses travaux pour mettre au point un vaccin contre le virus SARS-CoV-2, qui cause la COVID-19, Stephen Barr avait besoin de réactifs. Professeur agrégé à l’École de médecine et de dentisterie Schulich de l’Université Western, M. Barr a fait appel à des collègues en Suisse pour obtenir ces substances, qui servent à produire des réactions chimiques.

« Ils en avaient et nous en ont envoyé par la poste. Nos travaux sont collectifs, explique-t-il. Tout le monde collabore et partage l’information. C’est formidable. » M. Barr a aussi reçu des réactifs des États-Unis et collabore avec d’autres chercheurs de l’Ontario pour l’approvisionnement.

Les approbations de l’Université, qui autrefois prenaient des semaines, lui parviennent désormais la journée même la plupart du temps.

Au pays, une dizaine de groupes ont entrepris une quête suprême: trouver un vaccin contre la COVID-19. Les méthodes employées pour mettre au point un produit sécuritaire et efficace varient, mais toutes reçoivent un important soutien financier. « Nous ignorons quelle méthode sera la bonne tant que nous ne l’aurons pas essayée », précise Roy Duncan, professeur et titulaire de la chaire Killam de virologie à l’Université Dalhousie.

Isoler le virus

Au Canada, les travaux de recherche ont commencé dès que le virus a été isolé. « Lorsque le virus est enfermé dans une petite fiole, on peut observer sa façon de se multiplier et de causer la maladie », explique Rob Kozak, microbiologiste clinicien au Centre des sciences Sunnybrook et à l’Université de Toronto.

En février, M. Kozak s’est associé avec Samira Mubareka, microbiologiste et infectiologue (aussi au Sunnybrook et à l’Université de Toronto), et Arinjay Banerjee, chercheur postdoctoral à l’Institut de recherche sur les maladies infectieuses de l’Université McMaster. Ils ont réussi à isoler le virus à partir d’échantillons cliniques en deux semaines seulement.

Selon lui, l’expérience des chercheurs étudiant les maladies à coronavirus, telles que la fièvre Ebola et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO), a contribué à leur succès. Les conseils reçus de leurs collègues y sont aussi pour quelque chose. « Personne n’a hésité, ajoute-t-il. Les tuyaux et petits trucs qu’on nous a transmis ont accéléré tout le processus. »

 

M. Kozak et son équipe ont envoyé des échantillons du virus à d’autres groupes de recherche au pays ainsi qu’à la banque de tissus biologiques des Instituts nationaux de la santé, aux États-Unis. Une équipe de l’Université de la Saskatchewan a également isolé le virus et distribué des échantillons.

Une collaboration, et non une compétition

Aujourd’hui, M. Kozak travaille à mettre au point un vaccin avec une équipe dont fait partie Gary Kobinger, professeur au Département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval, et directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’université. « La collaboration est préférable à la concurrence », affirme M. Kozak, dont l’équipe examine pour le moment différentes méthodes.

M. Kobinger collabore pour sa part à quatre projets de vaccin avec des équipes de Toronto, de Montréal, de Winnipeg et de Saskatoon. Certaines de ces équipes ont choisi l’angle de l’ADN, alors que d’autres optent pour la méthode du vecteur vivant, qui consiste à utiliser un vaccin à virus vivant pour déclencher une réaction immunitaire.

« Pour nous, c’est un travail de routine », dit M. Kobinger, qui a l’habitude de travailler avec de dangereux pathogènes durant des crises de santé publique. En effet, il a collaboré de près à la mise au point d’un vaccin contre la fièvre Ebola. La différence, selon lui, réside dans la générosité des bailleurs de fonds et l’intérêt de la population. « Nous recevons un soutien plus grand, car cette crise est mondiale. »

Tous ces projets gardent M. Kobinger très occupé. « J’ai une excellente coordinatrice. Elle est très patiente, car je l’inonde de courriels sur tout ce que je dois organiser. »

Puisque la COVID-19 touche toutes les populations sans égard à l’âge, différents vaccins pourraient être nécessaires. « La population humaine est extrêmement diversifiée », dit-il. Les caractéristiques génétiques et l’âge pourraient donc entrer en ligne de compte.

Pour M. Barr de l’Université Western, qui travaille dans un nouveau laboratoire muni d’installations à niveau de confinement 3 – nécessaires pour la manipulation de ce virus très contagieux – la méthode consiste à adapter des vaccins contre le VIH et la SRMO, que le professeur émérite Chil-Yong Kang est déjà en train de mettre au point.

L’équipe travaille sur un vaccin recombinant qui consiste à combiner la protéine S du coronavirus à d’autres protéines virales, puis à intégrer le tout dans un autre virus qui ne rend pas les humains malades. « Il s’agit de présenter la protéine dans un contexte naturel », explique M. Barr, ajoutant que cette méthode pourrait permettre à la population d’acquérir une immunité à long terme. De plus, l’Université Western est en train de constituer une banque de vaccins contre diverses maladies, y compris les coronavirus, afin que les chercheurs puissent réagir plus rapidement aux prochaines pandémies.

Une variété de méthodes

Dans la même veine, M. Duncan de l’Université Dalhousie travaille à la mise au point d’un vaccin polyvalent qui pourrait protéger contre divers types de coronavirus, et met à l’essai un vaccin basé sur l’ADN qui s’attaque précisément au SRAS-CoV-2. Ce dernier a été mis au point par Entos Pharmaceuticals, une société pharmaceutique d’Edmonton. Pour son essai préclinique, M. Duncan utilise une famille de protéines virales qui, selon ce qu’il a découvert, facilite la pénétration intracellulaire.

« La pénétration du vaccin dans les cellules est une grosse pierre d’achoppement », précise-t-il. Il espère que cette technique permettra de stimuler la production d’anticorps pour stopper le virus, mais aussi d’éliminer tout virus des quelques cellules déjà atteintes. « Il vaut mieux s’armer sur les deux fronts », affirme-t-il.

Parmi les autres projets prometteurs au Canada, mentionnons celui du professeur Wilfred Jefferies et de ses collègues de l’Université de la Colombie-Britannique. Cette équipe travaille à la mise au point d’un vaccin « à haut rendement », dont une petite dose suffirait à déclencher la production d’anticorps et à acquérir une immunité à long terme. S’il se révèle efficace, ce vaccin pourrait être fabriqué en grande quantité et à peu de frais.

Au cours des prochains mois, il faut s’attendre à ce que les équipes de recherche connaissent des percées et des faux pas, à ce qu’elles laissent tomber les volets de leurs travaux qui n’aboutissent pas et à ce qu’elles nouent d’autres partenariats aux fins du partage des connaissances. « D’ici un an environ, plusieurs vaccins prometteurs auront probablement été mis au point, croit M. Kozak. Il faut compter sur le plus grand nombre de coureurs possible. L’important est que l’un d’entre eux, peu importe lequel, franchisse la ligne d’arrivée. »

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