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Le sénat universitaire, encore utile?

Professeurs et administrateurs ont tenu des débats animés lors d’une conférence internationale sur la gouvernance de l’enseignement supérieur.

par PEGGY BERKOWITZ | 08 NOV 10

Le sénat peut avoir perdu de son lustre dans certaines universités, mais les discussions entourant son rôle et le rôle des professeurs qui y siègent n’avaient rien d’ennuyeuses lors d’un atelier international sur la gouvernance de l’enseignement supérieur qui s’est tenu à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Lors de deux séances traitant de la gouvernance universitaire au Canada, des conférenciers se sont dits favorables au modèle bicaméral, tandis que d’autres lui ont manifesté un appui plutôt tiède. Selon ce modèle, présent dans pratiquement toutes les universités canadiennes, les décisions relatives à la gestion et à l’administration incombent au conseil d’administration, et celles relatives à l’enseignement, au sénat.

Plusieurs conférenciers ont affirmé que ce système ne fonctionne plus adéquatement et que des changements doivent y être apportés.

« Les sénats ont sombré dans un état comateux dans la plupart des universités », soutient William Bruneau, ancien président de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’uni–versité (ACPPU) et coorganisateur de la conférence. « Ils doivent être revitalisés. »

Historien de formation, M. Bruneau se rappelle à quel point il appréciait les « batailles royales » sur des questions liées aux programmes d’études et à l’enseignement qui se déroulaient au sein des sénats dynamiques des années 1970. « Aujourd’hui, rien ne se passe plus au sénat. » À l’époque, un comité du sénat décidait de l’emplacement et de l’utilisation des nouveaux immeubles. « Désormais, les bailleurs de fonds déterminent l’emplacement, l’apparence et le coût des nouvelles constructions », se désole-t-il.

Stephen Toope, recteur de la UBC, a pris la parole à la fin de l’atelier, affirmant être « profondément convaincu de l’utilité du sénat universitaire. Si nous avons l’impression que le sénat ne remplit plus son rôle, à nous d’intervenir et de faire changer les choses. »

Toujours selon M. Toope, le sénat « doit être un lieu de discussions fondamentales et difficiles, entre autres au sujet du budget ». Par exemple, le conseil d’administration « ne devrait pas in-tervenir dans la décision d’accorder davantage de place à la dentisterie ou aux sciences pharmaceutiques ».

La période de questions a fait ressortir certaines des raisons pour lesquelles les sénats ont perdu de leur utilité. Selon Theresa Shanahan, professeure adjointe à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université York, les universitaires qui siègent au sénat ont rarement le temps d’analyser en profondeur les sujets abordés, et des facteurs secondaires, comme les objectifs d’inscription, « influencent et compromettent le processus décisionnel ». Randolph Wimmer, professeur à l’Université de l’Alberta, a quant à lui fait remarquer que les professeurs qui siègent au sénat ou à des comités similaires récoltent peu de bénéfices. « Il est plus facile d’être promu lorsqu’on se consacre exclusivement à la recherche », ajoute-t-il.

Selon M. Bruneau, la situation s’explique en partie par le fait que la confiance en l’institution que représente le sénat est ébranlée lorsque la haute direction prend des décisions importantes qui ont des répercussions négatives sur les programmes d’études. Il cite en exemple la décision prise par l’ancienne administration de son établissement de joindre un groupe universitaire international, Universitas 21. Aucune délibération n’a eu lieu au sénat, même si ce partenariat visait notamment à offrir des programmes d’études en Asie. M. Bruneau a ensuite expliqué qu’une réforme à deux volets de la gouvernance permettrait d’empêcher ce genre d’erreur. Il faudrait d’abord faire une utilisation vigoureuse de la négociation collective pour créer des conseils et des comités plus efficaces, puis revitaliser les comités sénatoriaux consacrés aux questions de finances et de construction.

Wayne Peters, vice-président de l’ACPPU et professeur à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, a lui aussi souligné l’importance de la négociation collective. Selon lui, les professeurs ont un rôle à jouer au sénat, mais « la négociation collective devrait demeurer le principal moyen de faire entendre la voix du corps professoral ». Cette pratique ne peut remplacer le modèle bicaméral, mais « elle permet d’établir des procédures à suivre pour la prise de décisions relatives à l’enseignement ».

Ross Paul, ancien recteur de l’Université de Windsor aujourd’hui à la retraite, croit qu’une partie du problème vient du fait que les rôles du sénat et du conseil d’administration ont fini par se chevaucher. Par exemple, le sénat détermine les normes d’admission aux programmes d’études, mais cette décision influe sur les effectifs, qui à leur tour influent sur les subventions provinciales.

Bien que le conseil d’administration ne participe pas à la prise de décisions relatives à l’enseignement, il doit comprendre la mission universitaire de son établissement, estime M. Toope. « Je ne veux pas servir d’intermédiaire dans la relation entre le sénat et le conseil », explique le recteur. C’est pourquoi un important exposé traitant de l’enseignement est donné par un professeur à chacune des réunions du conseil d’administration de la UBC.

La septième conférence internationale sur la réforme de l’enseignement supérieur, organisée par le Centre d’études politiques sur l’enseignement supérieur et la formation de la UBC, a attiré 90 conférenciers et participants d’Europe, d’Asie, des Amériques et d’Australie. Pendant deux jours, divers sujets ont été abordés, dont la gouvernance universitaire en Indonésie, l’assurance de la qualité au Mexique ainsi que la liberté universitaire et l’autonomie institutionnelle en Europe. La prochaine conférence aura lieu à l’automne 2011 à l’Université Humboldt de Berlin.

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