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Les bactéries antibiorésistantes : une menace sous-estimée

Le chercheur Frédéric Veyrier s’intéresse à ces bactéries dans le cadre de ses travaux.

par ÉMILE BÉRUBÉ-LUPIEN | 31 MAI 21

L’équipe du professeur Frédéric Veyrier de l’Institut national de la recherche scientifique découvrait en novembre dernier un traitement potentiel contre les formes de bactéries pouvant causer la méningite et la gonorrhée résistantes aux antibiotiques. Ce type de bactérie, dite antibiorésistante, pose déjà un risque pour l’être humain.

On qualifie les bactéries d’antibiorésistantes lorsqu’elles ont développé une résistance aux antibiotiques. Cette résistance peut se manifester à la suite d’une utilisation inappropriée ou excessive d’antibiotiques et est dangereuse puisqu’elle peut rendre certaines infections impossibles à traiter. Les bactéries antibiorésistantes ont la particularité de pouvoir contaminer n’importe qui et de se transmettre de la même façon que toute autre bactérie. Comme environ 26 pour cent des bactéries causant des infections sont résistantes à un ou plusieurs antibiotiques, la situation pourrait devenir très préoccupante au cours des prochaines années, selon M. Veyrier

« Ce n’est pas comme la crise qu’on vit actuellement, qui est très rapide, très ciblée sur un an ou deux. Ici, on est dans une problématique qui est un peu comme le réchauffement climatique, ça augmente petit à petit, explique le professeur. On sait que ça s’en vient, on sait que c’est un problème majeur, mais disons que c’est moins criant, parce que ça arrive plus doucement. »

Selon le chercheur, les bactéries antibiorésistantes sont déjà une menace comparable à la COVID-19. « La COVID a tué environ deux millions de personnes l’année dernière, mais la bactérie causant la tuberculose tue 1,5 million de personnes chaque année. L’antibiorésistance tue énormément de personnes », insiste-t-il.

M. Veyrier souligne que certains organismes de financement public sont bien au fait de la gravité de la situation et ont octroyé des financements à diverses équipes de scientifiques. « C’est sûr que le financement n’est pas suffisant, mais c’est déjà bien que les organismes soient conscients que c’est un problème majeur et qu’il faut financer la recherche en amont pour trouver de nouvelles cibles et des traitements innovants. »

À la recherche de solutions

Le potentiel traitement découvert l’automne dernier par l’équipe du chercheur et de sa collaboratrice en chimie, la professeure Annie Castonguay, concerne une molécule ayant un effet toxique sur les Neisseria pathogènes (les Neisseria étant le genre auxquelles appartiennent les bactéries causant la gonorrhée et la méningite). Comme toutes les découvertes de traitement potentiel, il faudra cependant attendre des études de toxicité plus poussées et plusieurs années avant que le traitement ne puisse être disponible, à moins qu’un partenaire « très motivé et avec beaucoup de financement » s’intéresse au projet. Le professeur déplore toutefois que les compagnies pharmaceutiques ne s’intéressent que très peu aux antibiotiques.

Au sujet de la guerre contre les bactéries antibiorésistantes, le professeur Veyrier fait preuve d’un optimisme modéré et trace un parallèle avec la pandémie actuelle : « J’imagine qu’on va y arriver, mais c’est sûr qu’il faut du financement et de la philanthropie. Il faut de l’argent, il faut aussi de la main-d’œuvre. La crise de la COVID pourra probablement être atténuée parce que quasiment tous les scientifiques dans le monde, toutes disciplines confondues, ont travaillé ponctuellement sur la COVID, donc ça fait une masse énorme de cerveaux qui travaillent ensemble sur le même problème. »

Malgré tout, il ne baisse pas les bras. Soutenu par les Instituts de recherche en santé du Canada et le Fonds de recherche du Québec – Santé, le professeur étudiera les bactéries du nasopharynx pouvant causer la méningite et explorera des traitements pour celle-ci.

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