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Les grands projets du CRSNG pour les cinq prochaines années

Entretien avec le président du CRSNG au sujet du financement du nouveau plan stratégique de l’organisme subventionnaire.

par ROSANNA TAMBURRI | 20 JAN 16

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À l’automne 2014, lors de la nomination de Mario Pinto à la présidence du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), l’organisme comptait déjà se doter d’un nouveau plan stratégique. M. Pinto s’est tout de suite attaqué au dossier. Il a parcouru le pays et rencontré des universitaires, des étudiants et des administrateurs en vue d’élaborer une nouvelle stratégie pour l’organisme subventionnaire. Le résultat de ce travail a été rendu public en décembre sous la forme d’un rapport, intitulé Plan stratégique 2020 du CRSNG.

Figurant parmi les trois principaux organismes subventionnaires canadiens, le CRSNG dispose d’un budget de 1,1 milliard de dollars consacré au financement de la recherche en sciences naturelles et en génie de quelque 11 000 professeurs et 30 000 étudiants. Selon M. Pinto, qui était auparavant vice-recteur à la recherche de l’Université Simon Fraser, le CRSNG devrait d’ici cinq ans « être à même de mieux comprendre » la diversité des chercheurs qu’il financera et leurs différents parcours professionnels, et disposer de partenariats internationaux renforcés. M. Pinto a récemment exposé à Affaires universitaires les intentions du CRSNG pour y parvenir.

Affaires universitaires : Votre plan stratégique comporte cinq objectifs. Le premier consiste à promouvoir les sciences et le génie. Pourquoi est-ce nécessaire?

Pinto : Je suis convaincu que nous devons mieux faire connaître les sciences auprès du grand public et des intervenants de l’enseignement primaire et secondaire afin qu’ils appuient notre cause auprès des décideurs. Il faut aussi que le grand public soit en mesure de faire preuve de discernement par rapport à ce qu’il apprend chaque jour dans les médias. Il faut enfin veiller à ce que les jeunes optent pour des carrières en sciences et en génie. Tout le monde sait combien il est difficile de convaincre les jeunes filles de se tourner vers les domaines du génie et des sciences physiques en particulier.

Affaires universitaires : Comment comptez-vous atteindre cet objectif?

Pinto : Nous avons en ce moment un programme intitulé PromoScience. Une fois les propositions examinées par les pairs, nous finançons les groupes retenus pour qu’ils fassent la promotion des sciences auprès des jeunes de diverses collectivités. Ce programme est encore relativement modeste. Il faut lui donner plus de portée.

Affaires universitaires : Un deuxième objectif consiste à aider les chercheurs en début de carrière. Or, les efforts visant à repenser les programmes de financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont suscité une certaine controverse. Craignez-vous que la même chose se passe si le CRSNG décide de revoir son processus de financement?

Pinto : Nous n’avons pas l’intention de revoir notre processus de financement. Depuis les changements apportés au Programme de subventions à la découverte, il y a cinq ans, le CRSNG connaît la stabilité. Par exemple, nous affichons des taux de réussite constants et le nombre de chercheurs que nous finançons est stable. Malheureusement, le montant moyen des subventions est resté le même depuis cinq ans. Il est donc clair que notre système engendre la stabilité, mais que nous devons augmenter le montant des subventions.

Pour en revenir aux chercheurs en début de carrière, nous envisageons de les aider à obtenir leur premier poste de professeur. À l’échelle du pays, les personnes qui font de la recherche indépendante en sciences naturelles et en génie entament cette carrière à 35 ans en moyenne – voire à 42 ans dans le cas des IRSC. C’est l’âge de notre premier ministre… C’est ridicule : nous nous privons de l’apport de personnes très compétentes solidement formées pendant les années où leur potentiel d’innovation est à son apogée. Seuls huit pour cent des professeurs de moins de 36 ans bénéficient d’un financement. Dans le cas des femmes, c’est encore pire : un pour cent seulement. C’est épouvantable.

Affaires universitaires : Est-ce que l’ampleur du problème a toujours été la même, ou est-ce qu’elle s’accentue?

Pinto : Ça fonctionne par cycles. L’abolition de la retraite obligatoire a aggravé le problème. La dernière grosse vague de retraites imposées remonte au début des années 1980. À l’époque, le CRSNG avait lancé son Programme de bourses de recherche universitaires. Une idée brillante qui visait à remplacer les retraités en soutenant de nouveaux titulaires de doctorat. La retraite obligatoire n’existe plus en 2015, mais nous pouvons quand même combler le fossé créé par d’éventuels départs à la retraite. C’est précisément ce que propose notre rapport. Parallèlement, nous sommes conscients qu’à peine 20 pour cent des titulaires de doctorat feront carrière dans le milieu universitaire. C’est pourquoi nous proposons aussi la mise sur pied d’un système axé sur l’innovation pour tirer parti des compétences entrepreneuriales de la nouvelle génération de titulaires de doctorat. Ce système leur permettra de fonder leurs propres entreprises ou de travailler au sein de laboratoires du secteur privé ou public, ou encore d’alterner entre laboratoires gouvernementaux, secteur privé et secteur universitaire.

Affaires universitaires : Mais tout ça dépend des nouveaux fonds consentis par le gouvernement?

Pinto : Tout à fait. Nous n’avons pas les moyens de mettre ce système sur pied pour le moment.

Affaires universitaires : Visez-vous un montant de financement précis?

Pinto : Pas pour l’instant, mais nous sommes en pourparlers avec le gouvernement à ce sujet.

Affaires universitaires : Un autre objectif consiste à accroître la diversité dans les domaines des sciences et du génie. Plusieurs écoles d’ingénieurs ont récemment fait savoir que la moitié de leurs nouveaux étudiants sont de sexe féminin. C’est une première. Malgré ce progrès, est-ce que la diversité continue de poser problème?

Pinto : Je pense que oui. Plusieurs problèmes se posent, en fait. En sciences de la vie, par exemple, les femmes sont bien présentes. Elles représentent 70 pour cent de l’effectif. Malheureusement, les choses changent à un certain moment de leur carrière, de sorte qu’elles ne représentent que 25 pour cent des professeurs adjoints. Dans les domaines des sciences physiques et du génie, les femmes représentent au départ 25 à 30 pour cent de l’effectif, mais, là encore, seuls 25 pour cent des professeurs adjoints sont de sexe féminin. Il y a donc un problème de progression dans les rangs.

Je persiste à penser que nous ne parvenons pas à attirer suffisamment de filles et de jeunes femmes vers les sciences physiques et le génie. Nous devons faire mieux. Nous devons aussi reconnaître bien davantage la diversité des parcours professionnels non linéaires des personnes qui par exemple réintègrent le marché du travail ou choisissent de faire une pause dans leur carrière. Ça ne concerne pas que les femmes. Ça concerne aussi les personnes qui, après avoir choisi le secteur privé, veulent réintégrer le secteur universitaire.

Affaires universitaires : Que proposez-vous pour accroître la diversité?

Pinto : Au fond, c’est une question de formation. Il faut former les gens à évaluer les divers types de contributions des différents établissements, des différents groupes. Les Autochtones canadiens, par exemple, sont sous-représentés. Nous avons beaucoup à faire pour y remédier. Il faut sensibiliser les gens à l’importance de la diversité et au fait que l’égalité des chances ne va pas forcément à l’encontre de l’excellence en matière de recherche.

Affaires universitaires : Un autre objectif consiste à renforcer les liens entre le milieu universitaire et le secteur privé, et à favoriser la découverte et l’innovation. C’est toujours une démarche controversée. Votre rapport d’étape précise que certains ont estimé lors de la phase de consultation que l’accent est trop mis sur l’innovation, au détriment de la découverte. Cette question pourrait-elle devenir explosive pour vous?

Pinto : Je ne crois pas. D’après moi, la controverse est liée à la limitation du financement. En cas de financement limité, les gens se braquent automatiquement et cherchent à se partager le gâteau. Mon objectif, tout comme celui du CRSNG, n’est pas de partager le gâteau, mais de l’accroître. En plus d’y travailler, j’ai déployé beaucoup d’énergie pour expliquer qu’il ne faut pas opposer découverte et innovation. Cette dichotomie n’a pas de sens. En réalité, découverte et innovation sont liées et on est en présence d’un système très sain lorsque les innovateurs et les partenaires du secteur privé savent très bien sur quoi travaillent les chercheurs.

Passer de l’invention à l’innovation est une entreprise complexe. Il nous incombe de procurer aux chercheurs les outils qui leur permettent d’innover avec la même efficacité et la même rigueur que dans le cadre de la recherche universitaire. Et le meilleur moyen d’y parvenir est de faire appel à des conseillers du secteur privé qui connaissent le domaine et sont totalement au fait du contexte.

Affaires universitaires : Depuis quelques années, il semble que le gouvernement ait fait beaucoup pour financer l’innovation, mais au détriment de la recherche selon certains.

Pinto : Une partie du financement est allée à l’innovation, c’est vrai. Les fonds du budget de 2014 ont été alloués aux partenariats, mais ceux du budget précédent sont allés à la découverte. Le financement alloué à la découverte a même connu de petites augmentations. Par exemple, le montant des Subventions à la découverte du CRSNG a progressé de manière constante depuis 20 ans. Il est donc faux de dire que les fonds sont allés aux partenariats plutôt qu’à la découverte. Le budget alloué à la découverte a été protégé, mais ça ne suffit pas à cause de la hausse des coûts de la recherche. Il faut donc augmenter le financement de la recherche. En moyenne, le budget du CRSNG augmente de 15 millions de dollars chaque année. C’est très bien, mais ce n’est pas assez pour préserver la compétitivité à l’échelle internationale.

Affaires universitaires : Le dernier objectif consiste à renforcer la participation du Canada aux activités de recherche internationales. Comment comptez-vous faire?

Pinto : Il y a peu de chances qu’un pays de 35 millions d’habitants abrite le savoir nécessaire pour faire des percées spectaculaires. Actuellement, avec 0,5 pour cent de la population mondiale, le Canada génère 5 pour cent des publications scientifiques. C’est remarquable, mais qu’en est-il des 95 pour cent qui restent? Selon nous, il faut nous miser sur nos forces, mais également admettre que nous avons des lacunes et que la meilleure façon d’aller de l’avant est de remédier à ces lacunes avec beaucoup de concertation, par l’entremise de démarches bilatérales ou multilatérales avec d’autres pays. D’après nous, c’est la clé de l’internationalisation, mais tant que nous ne pourrons pas compter sur un financement suffisant et durable, nous ne pourrons pas nous engager sur la scène mondiale.

Cet entretien a été revu et condensé pour plus de clarté.

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