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Les paléontologues se réjouissent du nouvel âge d’or de découvertes de dinosaures

« Nous avons nommé plus de nouveaux dinosaures dans les 20 dernières années que dans les 150 précédentes », déclare un chercheur.

par KERRY BANKS | 01 JUILLET 19

Le Royal Saskatchewan Museum de Regina a récemment présenté au public un monstre préhistorique : le plus grand Tyrannosaurus rex du monde. Ce terrifiant prédateur, qui mesurait 13 m de long et pesait quelque 8 800 kg, a foulé le sol de la Saskatchewan il y a 66 millions d’années. « Le squelette est si grand que nous avons dû enlever une partie du plancher pour l’installer », déclare Ryan McKellar, conservateur en paléontologie des invertébrés au musée.

On estime que l’animal a franchi le cap de la trentaine, ce qui en fait non seulement le plus grand tyrannosaure jamais découvert, mais aussi le plus âgé. « C’est une vie anormalement longue pour un tyrannosaure. Il n’a pourtant pas eu la vie facile. Ses os abîmés témoignent de grandes blessures », indique Scott Persons, chercheur postdoctoral du Département de sciences biologiques à l’Université de l’Alberta et auteur principal de l’étude sur l’immense créature. Voici quelques-unes de ses blessures : côtes cassées, mâchoire infectée, dent incluse et morsure sur la queue.

Le tyrannosaure, surnommé Scotty, exposé au Royal Saskatchewan Museum de Regina. Photo de “The Saskatchewanderer”, Royal Saskatechewan Museum de Regina.

Aussi impressionnant qu’il soit, ce tyrannosaure n’est que l’un des spécimens importants trouvés au Canada dans les dernières années. « Le nombre de dinosaures découverts au Canada dans la dernière décennie est aussi élevé que lors de la Ruée canadienne vers les dinosaures des années 1920 », déclare David Evans, conservateur en paléontologie des vertébrés au Musée royal de l’Ontario (ROM) et professeur agrégé en écologie et en biologie évolutionniste à l’Université de Toronto. Cet essor des découvertes au Canada est un phénomène mondial. Au cours des dernières années, la Chine, la Mongolie, l’Amérique du Sud et l’Afrique sont devenues de hauts lieux de paléontologie. « C’est incroyable! Nous avons nommé plus de nouveaux dinosaures dans les 20 dernières années que dans les 150 précédentes », déclare M. Evans.

Cette nouvelle ruée vers les dinosaures coïncide avec un changement marqué dans la façon dont le milieu scientifique perçoit ces géants anciens. Oubliez les images de dinosaures dépeints comme des monstres lents et idiots habitant dans les marais. Ils sont désormais
perçus comme des créatures sociales complexes et pleines de vie. Ils présentent aussi une étonnante diversité, allant de carnivores rapides de la grosseur d’une dinde aux colosses herbivores plutôt lents.

L’augmentation des découvertes s’explique par le nombre croissant de scientifiques qui s’y consacrent dans des endroits jamais explorés auparavant. M. Evans a participé à 10 découvertes importantes dans les six dernières années. Il a mené ses recherches dans la vallée de Milk River, un endroit isolé où se dressent des cheminées de fée dentelées et s’étendent des prairies vallonnées du Sud de l’Alberta jusqu’au Nord du Montana.

Dans ce terrain inhospitalier, M. Evans a déterré plusieurs nouvelles espèces de dinosaures cuirassés de la fin de la période crétacée (il y a environ 66 à 100 millions d’années). Il se réjouit particulièrement de la découverte d’un rare type d’ankylosaure, trouvé juste au sud de la frontière des États-Unis par une société minière du Montana et acquis par le ROM en 2016. M. Evans et Victoria Arbour, conservatrice en paléontologie au Royal BC Museum, ont réalisé en collaboration l’étude scientifique de cette créature, qu’ils ont nommée Zuul en raison de sa ressemblance avec le monstre au visage parsemé de pointes du film SOS Fantômes de 1984.

Dinosaure le plus complet de son genre à avoir été découvert en Amérique du Nord, Zuul a un large corps plat, quatre pattes et une longue queue couverte de pointes qui se termine par une lourde massue. « C’est saisissant. Il a six rangées de pointes ou de cornes qui vont du cou à la queue. Elles sont magnifiquement striées, comme sur une antilope », affirme M. Evans.

Un nodosaure, autre dinosaure ayant une armure corporelle remarquable, a été découvert près de Fort McMurray, en Alberta, en 2011. Révélé en 2017 et maintenant exposé au musée de paléontologie Royal Tyrrell à Drumheller, en Alberta, il est décrit par les chercheurs comme étant le mieux préservé de tous les dinosaures découverts, en raison de la qualité impressionnante des restes fossiles. En plus des os et de l’armure intacts, les restes comprennent aussi le contenu de l’estomac du dinosaure et une fine couche de matériel organique, qui serait un résidu de pigments roux provenant de la peau et des cornes. « C’est La Joconde des dinosaures, déclare Caleb Brown, conservateur de la systématique et de l’évolution des dinosaures au musée Royal Tyrrell, dans un communiqué de presse. Nous ne détenons pas seulement un squelette. Nous avons un dinosaure comme il aurait été dans le passé. »

Une autre importante découverte récente a eu lieu au Canada : les premiers dinosaures ayant des plumes trouvés dans l’hémisphère occidental. Ces fossiles appartiennent à un groupe de dinosaures appelé ornithomimidés (« imitateurs d’oiseaux », en latin). Ceux-ci ressemblent aux oiseaux modernes incapables de voler, comme les autruches, en raison de leurs longues jambes, de leur cou élancé et de leur bec sans dents. Toutefois, jusqu’à ce que leurs restes soient trouvés dans les Badlands de l’Alberta, personne ne savait que ces animaux arboraient des plumes. Darla Zelenitsky, professeure ad-jointe au Département de géoscience de l’Université de Calgary et auteure d’une étude de 2012 sur trois des quatre spécimens vérifiés jusqu’ici, explique que les traces de plumes préservées sont comme des impressions foncées sur les os et sur le grès environnant.

Bien que ces créatures aient été recouvertes de duvet tout au long de leur vie, les adultes avaient sur les bras de plus grandes plumes qui formaient des structures d’ailes. « Les plus longues plumes servaient probablement à séduire puisque ces dinosaures étaient trop gros pour voler », précise Mme Zelenitsky.

L’Alberta n’est pas la seule province du Canada où des restes de dinosaures ont été trouvés. Des fossiles de petits dinosaures qui datent d’il y a 200 millions d’années jusqu’au début du Jurassique ont aussi été déterrés en Nouvelle-Écosse. Dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique, le paléontologue Rich McCrea a également découvert une piste de traces de dinosaures parmi les plus diversifiées au monde. Plus d’un millier d’empreintes d’une douzaine de types de dinosaures au moins ont été recensés, et seul un cinquième du site a été exploré. « Nous estimons que nous aurons plus de 5 000 empreintes à la fin de la recherche », indique M. McCrea.

En raison de la rapidité des découvertes dans les dernières années, il est normal de se demander pendant combien de temps cette avancée scientifique continuera. « Toutes les preuves laissent croire que c’est encore loin d’être fini, déclare M. Persons. Nous estimons que seul un pour cent des espèces de dinosaures ayant existé a été trouvé. N’oubliez pas que les dinosaures ont existé pendant 160 millions d’années. Une abondance d’anciennes créatures attendent encore d’être découvertes. »

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