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Les programmes d’enseignement coopératif gagnent en popularité dans les universités canadiennes

Les deux tiers des étudiants au premier cycle à l’Université de Waterloo sont inscrits à 140 programmes agréés.

par ROSANNA TAMBURRI | 09 AVRIL 14
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(Gauche à droit): Brad Duguid, le ministère de la formation et des collèges et universités, Erin Kang etudiant du programme d’études urbain et Bonnie Patterson, le président du conseil des universités de l’Ontario.

Devant la controverse des stages non rémunérés et le contexte économique stagnant, les programmes d’enseignement coopératif sont de plus en plus prospères et nombreux dans les universités et collèges du Canada. Certains doutent toutefois que cette expansion rapide puisse continuer sans compromettre la qualité de l’expérience étudiante.

« L’enseignement coopératif prend de l’ampleur, et nous comptons de plus en plus de membres », dit Christine Arsenault, ancienne présidente de l’Association canadienne de l’enseignement coopératif (ACEC) et directrice des programmes d’enseignement coopératif en gestion de l’Université de Toronto à Scarborough. Selon l’ACEC, 55 universités, 26 collèges et trois instituts offrent quelque 1 100 programmes du genre.

Des histoires d’horreur de stages qui relèvent de l’exploitation font les manchettes, mais l’ACEC s’efforce de maintenir la qualité des programmes d’enseignement coopératif avec son système national d’agrément, qui sert de mesure de contrôle de la qualité pour les étudiants et les employeurs. Dans un programme agréé, les étudiants inscrits doivent être payés, recevoir une rétroaction constante de leurs employeurs et alterner les trimestres d’études et de travail. Ce travail doit être étroitement lié au domaine d’études des étudiants et représenter au moins 30 pour cent de leur programme d’études.

Les universités et collèges peuvent choisir d’offrir des programmes non agréés, mais Mme Arsenault indique que le nombre d’établissements qui tentent d’obtenir leur agrément auprès de l’ACEC augmente. Un avantage de l’agrément, ajoute-t-elle, est le crédit d’impôt qu’offrent plusieurs provinces aux employeurs qui engagent des étudiants inscrits à des programmes dont les critères coïncident de près avec les exigences d’agrément.

L’année de sa fondation, en 1957, l’Université de Waterloo est devenue la première école canadienne à intégrer l’enseignement coopératif à son programme de génie. À l’origine, il s’agissait d’un outil pédagogique pour améliorer le parcours d’apprentissage des étudiants. Selon Peggy Jarvie, directrice administrative des programmes d’enseignement coopératif et des plans de carrière à l’Université de Waterloo, la popularité actuelle de ces programmes est nourrie par l’importance croissance accordée aux résultats d’apprentissage et à l’employabilité des diplômés.

L’Université de Waterloo propose la meilleure offre au monde en matière d’enseignement coopératif : près des deux tiers de ses étudiants (environ 17 000) sont inscrits à plus de 140 programmes d’enseignement coopératif agréés par l’ACEC. De 2004 à 2013, les effectifs au premier cycle ont crû de 38 pour cent alors que la participation aux programmes coopératifs a bondi de 58 pour cent.

Le taux d’emploi chez les étudiants de l’Université de Waterloo a légèrement faibli à la suite de la récession de 2008, mais, comme souligne Mme Jarvie, il se maintient autour de 96 pour cent depuis. Même le recul de BlackBerry, entreprise lancée à cette université qui a été un employeur important dans la région de Kitchener-Waterloo, n’a pas vraiment nui aux taux de placement des étudiants. « Notre collectivité a été durement touchée », concède Mme Jarvie, mais elle fait remarquer qu’à son apogée, BlackBerry engageait au plus 200 étudiants par trimestre de travail parmi les 6 000 stagiaires de l’Université.

D’autres entreprises de technologie de la région de Kitchener-Waterloo, comme OpenText et Desire2Learn, également créées à l’Université de Waterloo, ont comblé ce vide, explique-t-elle. En 2012-2013, les étudiants de l’Université de Waterloo ont gagné 193 millions de dollars pendant leurs trimestres de travail, soit 11 600 $ par étudiant en moyenne.

L’Université de Victoria, qui offre 224 programmes d’enseignement coopératif, a également connu une augmentation constante du nombre de stages depuis la récession de 2008. L’an dernier, 3 000 étudiants ont trouvé des stages dans 1 200 entreprises et organisations.

« Le milieu du travail s’inquiète d’une énorme pénurie de compétences », souligne Norah McRae, directrice administrative des programmes d’enseignement coopératif et des services d’orientation professionnelle. Les entreprises devraient plutôt voir ces programmes comme un moyen rentable de former et d’embaucher de nouveaux employés. Sans oublier que « les universités ne peuvent former des diplômés prêts à l’emploi », ajoute-t-elle.

Dans le cadre d’une étude pluriannuelle de l’enseignement coopératif et d’autres types d’apprentissage intégré au travail effectuée en 2011 et en 2012, le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) a sondé étudiants, professeurs et employeurs. Les étudiants en enseignement coopératif se disaient très satisfaits de leurs programmes et affirmaient que leur expérience les avait aidés professionnellement et qu’elle avait contribué à clarifier leurs objectifs de carrière. Ces étudiants étaient aussi moins endettés à la fin de leurs études. L’étude a révélé que, en moyenne, les employeurs offraient des salaires à l’embauche plus élevés aux étudiants ayant vécu une expérience d’apprentissage intégré au travail. Les employeurs ont également dit faire appel aux programmes d’enseignement coopératif pour renforcer les compétences dont leur main-d’œuvre a besoin et pour présélectionner les candidats potentiels.

Toutefois, plus de la moitié des étudiants des collèges et neuf pour cent des étudiants des universités sondés ont dit avoir effectué un stage non rémunéré. « C’est contraire à presque toutes les définitions de l’enseignement coopératif », souligne Richard Wiggers, directeur de la recherche et des programmes du COQES. De nombreux étudiants ont dit avoir exécuté des tâches ennuyantes ou négligeables et n’avoir pas eu l’occasion d’intégrer leurs expériences de travail à leurs travaux en classe. Plus de la moitié des professeurs sondés ont affirmé qu’il était très difficile de trouver suffisamment de stages de qualité. « Nous avons beaucoup de chemin à faire pour que tous les étudiants profitent de l’expérience d’enseignement coopératif la plus sérieuse possible », reconnaît M. Wiggers.

Mme Jarvie croit que la capacité des établissements à trouver des emplois adéquats à leurs étudiants varie selon le secteur. Par exemple, tous les trimestres, chaque étudiant en génie informatique de l’Université de Waterloo qui cherche un stage s’en trouve un. « Nous pourrions accepter deux fois plus d’étudiants dans ce programme sans craindre qu’ils ne se trouvent pas de stage », croit-elle.

Les étudiants en enseignement coopératif peuvent ne pas être rémunérés, mais pour qu’un programme soit agréé par l’ACEC, précise Mme Jarvie, les trimestres de travail non rémunéré doivent être l’exception à la règle. Ainsi, une étudiante de l’Université de Waterloo a récemment terminé un trimestre de travail dans une organisation africaine à but non lucratif qui lui payait l’hébergement et les repas, mais aucun salaire.

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