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Les universités au secours des réfugiés syriens

Des établissements s’affairent à parrainer des familles de réfugiés à titre privé et à faire venir ici des étudiants réfugiés.

par ROSANNA TAMBURRI | 29 OCT 15

Alors que la guerre civile continue de déplacer les habitants de la Syrie à un rythme alarmant, des universités canadiennes prennent des mesures afin d’aider à atténuer la crise des réfugiés qui s’aggrave. Plusieurs établissements ont entrepris de parrainer des réfugiés à titre privé, tandis que des dizaines d’autres s’associent avec Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) pour accueillir des étudiants réfugiés.

« Il s’agit d’une tragédie mondiale à laquelle l’ensemble des établissements et des Canadiens devraient réagir, affirme Paul Davidson, président-directeur général d’Universités Canada. C’est parti-culièrement important de la part des universités, surtout en ce qui concerne les étudiants réfugiés, ajoute-t-il. Les universités ouvrent une voie vers des possibilités, vers un nouveau départ. Il est crucial d’offrir ces possibilités aux étudiants réfugiés. »

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, il y aurait plus de quatre millions de réfugiés syriens inscrits dans des camps situés en Égypte, en Turquie, en Jordanie et au Liban. D’autres continuent de fuir, et 6 000 par jour en moyenne atteignent les rivages européens, souvent dans des bateaux dangereusement bondés et des embarcations de fortune. Près de 500 000 sont arrivés par la mer cette année seulement. Des millions d’autres sont déplacés en Syrie même.

Au Canada, l’Université Ryerson a été parmi les premières à réagir à la crise. Elle s’est associée à Lifeline Syria, une organisation communautaire qui vise à parrainer 1 000 réfugiés à titre privé et à les réinstaller dans la région de Toronto au cours des deux prochaines années. Les membres du personnel de l’Université, y compris son recteur Sheldon Levy, ont accepté de diriger 25 équipes de parrainage qui doivent chacune recueillir 27 000 $ pour subvenir aux besoins d’une famille syrienne pendant un an.

L’Université de Toronto, l’Université York et l’Université de l’École d’art de design de l’Ontario participent également au projet, et les quatres établissements prévoient parrainer 75 familles ou 300 personnes au total, selon Wendy Cukier, vice-rectrice à la recherche et à l’innovation de l’Université Ryerson et membre fondatrice de Lifeline Syria. Des centaines d’étu-diants bénévoles cherchent des solutions d’hé-bergement pour les réfugiés et s’occupent de la mise à jour d’un manuel d’aide à l’installation des réfugiés.

Outre l’occasion d’aider les autres, le projet offre aux étudiants une possibilité extraordinaire d’apprendre par l’expérience et de faire de la recherche appliquée, et il rejoint l’engagement d’innovation sociale de l’Université Ryerson, soutient Mme Cukier. Elle attend l’arrivée des premiers réfugiés pour le début de 2016. Il est toutefois possible que, en raison de l’élection d’un gouvernement libéral, le processus soit accéléré. Le premier ministre désigné Justin Trudeau a réitéré aux médias, après les élections, son intention de tenir sa promesse d’accueillir au Canada 25 000 réfugiés syriens d’ici la fin de l’année.

Des dizaines d’autres universités et collèges canadiens s’associent à EUMC, une organisation à but non lucratif qui parraine des étudiants réfugiés depuis 1978. La réaction « a été absolument incroyable », déclare Chris Eaton, directeur général d’EUMC. Cette année, l’organisation a parrainé 86 étudiants, dont 10 originaires de la Syrie. Dix-neuf autres étudiants syriens ont été présélectionnés et attendent d’être réinstallés, explique-t-il. Cependant, M. Eaton s’attend à voir ce nombre augmenter considérablement en raison de la réaction enthousiaste des universités et des collèges devant l’intensification de la crise. Il affirme que l’an prochain, EUMC prévoit faire venir plus de 200 étudiants de la Syrie et d’autres zones de conflit où l’organisation exerce depuis longtemps ses activités, y compris des camps situés dans le nord du Kenya et au Malawi.

Depuis sa fondation, EUMC a parrainé plus de 1 500 réfugiés originaires de 37 pays. Des agents de l’organisation travaillent dans des camps de réfugiés afin de cibler et de sélectionner des étudiants qualifiés. Une fois que les étudiants ont officiellement obtenu le statut de réfugié, ils peuvent immigrer au Canada comme résidents permanents, ce qui leur permet de payer les mêmes frais de scolarité que les Canadiens, de demander des prêts et bourses et de travailler. (Les règles révisées du gouvernement fédéral ont assoupli les exigences relatives aux visas pour les réfugiés syriens.)

Le Programme d’étudiants réfugiés d’EUMC est financé par l’entremise des établissements participants. Dans certaines universités, des comités locaux dirigés par des étudiants organisent des collectes de fonds, tandis que dans d’autres, une cotisation étudiante, généralement approuvée par référendum, est prélevée. Certaines adminis– trations universitaires contribuent également à ces initiatives en offrant des dispenses de frais de scolarité, des bourses d’études et un soutien à l’hébergement.

Les établissements doivent s’engager à parrainer un étudiant pendant au moins un an, et chacun détermine combien de temps il maintiendra ce soutien après la période initiale de
12 mois. Pour bon nombre d’entre eux, il s’agit de choisir entre soutenir un seul étudiant plus longtemps que demandé ou parrainer plusieurs étudiants moins longtemps, selon M. Eaton.

En septembre, EUMC a lancé un appel aux universités et aux collèges pour leur demander d’accroître leur soutien au Programme d’étu-diants réfugiés et nombreux sont ceux qui y ont répondu, entre autres :

  • L’Université de l’Alberta a créé la bourse President’s Award for Refugees and Displaced
    Persons qui permettra de couvrir les frais de scolarité et de subsistance de 10 réfugiés syriens à compter de janvier 2016.
  • L’Université de Regina s’est engagée à égaler le montant d’une cotisation étudiante pré-existante destinée au parrainage de réfugiés, ce qui lui permettra d’accueillir six étudiants pendant un an.
  • L’Université Western prévoit instaurer des bourses d’études qui permettront de couvrir les frais de scolarité et de subsistance de 10 réfugiés syriens. Elle collabore également avec une organisation communautaire de London, en Ontario, afin de parrainer une famille de réfu-giés, ainsi qu’avec Scholars at Risk, un réseau international d’établissements qui aident les chercheurs dont les droits sont bafoués, afin de repérer des chercheurs syriens et de les accueillir dans ses rangs.
  • En plus de créer cinq nouvelles bourses d’étu-des destinées aux réfugiés, l’Université d’Ottawa a lancé, par l’intermédiaire de sa faculté de droit, le Programme d’appui au parrainage de réfugiés, qui offrira une aide juridique gratuite aux Canadiens souhaitant parrainer des réfu-giés à titre privé. Elle a aussi lancé un nouveau programme de certificat d’études postsecondaires en mobilisation communautaire, d’une durée de 16 mois, qui sera offert à l’Université américaine de Beyrouth, au Liban. Ce programme hybride (en ligne et sur place) acceptera 30 étudiants, réfugiés ou non. Les frais de scolarité de tous les participants qui le suivent au Liban seront supprimés. Les candidats sans documents officiels seront acceptés au moyen de tests d’équivalence et ceux qui en ont besoin recevront un soutien en anglais.

Les étudiants qui attendent d’être réinstallés se heurtent à de nombreux obstacles, explique Christina Clark-Kazak, directrice du Centre for Refugee Studies de l’Université York. Il leur manque souvent des relevés de notes officiels et d’autres documents scolaires, ce qui peut nuire à la reconnaissance de leur formation antérieure par les établissements parrains, explique-t-elle. La langue peut aussi poser problème.

La guerre civile à l’origine de la crise des réfugiés a eu un effet dévastateur sur le système d’enseignement supérieur de la Syrie, où les universités ont pratiquement fermé, poursuit Mme Clark-Kazak. On ignore exactement combien de personnes déplacées sont d’âge universitaire. Toutefois, malgré les efforts déployés dans les universités canadiennes et étrangères, les études postsecondaires demeurent inaccessibles pour de nombreux réfugiés vivant dans des camps. « C’est un problème majeur parce qu’il y a des gens qui ne peuvent poursuivre leurs études, malgré leur volonté et leur désir de le faire, dit-elle. Auparavant, la Syrie comptait sur une population très instruite. Plus l’exil et l’instabilité dureront longtemps, plus le système d’éducation en souffrira à long terme. »

Bien que les étudiants et les professeurs aient réagi « de façon extraordinaire » à la crise des réfu-giés, les initiatives de l’ancien gouvernement fédéral, elles, ne répondaient pas aux attentes, d’après une lettre ouverte adressée au gouvernement le 13 octobre et signée par plus de 400 professeurs et chercheurs collégiaux et universitaires. La lettre fait état des importants antécédents du Canada en matière de réinstallation de réfugiés, entre autres des Hongrois en 1956, des Tchèques en 1968, des Asiatiques du Sud en provenance de l’Ouganda en 1972, des Chiliens en 1973, ainsi que quelque 60 000 Vietnamiens entre 1978 et 1980. Mais cette fois, les initiatives du Canada présentaient des lacunes par rapport à celles d’au-tres pays.

La lettre enjoint au gouvernement d’accroître considérablement le nombre de réfugiés qui seront réinstallés au Canada, d’accélérer le processus de réinstallation afin que les réfugiés puissent arriver au pays d’ici la fin de 2015 et d’aug-menter l’aide financière gouvernementale versée pour la réinstallation des réfugiés, y compris ceux qui sont aidés par un parrainage à titre privé.

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