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L’heure des comptes : comment la pandémie a-t-elle affecté le bilan financier des universités

« Nous faisons preuve d’un optimisme prudent quant à la relance », affirme une contrôleuse.

par SPARROW MCGOWAN | 22 OCT 21

Maintenant que le secteur postsecondaire canadien a traversé l’une de ses années les plus difficiles, les universités peuvent profiter du recul pour constater les conséquences financières de la pandémie. Les restrictions de voyage, le passage à l’enseignement à distance et l’absence d’étudiants sur les campus se sont avérés éprouvants pour un système qui repose de plus en plus sur les revenus provenant des droits de scolarité et des services auxiliaires.

Dans un récent rapport de Statistique Canada, on apprend que les universités du pays ont perdu entre 438 millions et 2,5 milliards de dollars en revenus prévus pour l’année 2020-2021. Ces estimations s’appuient sur trois scénarios où la chute du nombre d’étudiants étrangers joue un rôle majeur. Elles tiennent également compte de la fluctuation du nombre d’inscriptions d’étudiants canadiens ainsi que de l’incidence d’une enveloppe de 450 millions de dollars annoncée en mai 2020 par le gouvernement fédéral pour aider les chercheurs durant la pandémie.

À l’Université du Nouveau-Brunswick, une réduction des revenus issus des droits de scolarité explique en bonne partie le déficit de 9,7 millions de dollars dans le budget de fonctionnement de l’établissement en 2020-2021, selon une déclaration d’un porte-parole. Bien que la majorité des étudiants étrangers inscrits qui ont décidé de rester au Nouveau-Brunswick et au Canada depuis mars 2020 sont retournés à l’Université du Nouveau-Brunswick pour terminer leurs études, « une baisse de 40 % des nouvelles inscriptions provenant de l’étranger a été enregistrée depuis 2019, de nombreux étudiants ayant choisi de reporter leur entrée à l’automne de 2021 », précise-t-on dans la même déclaration.

L’Université de la Colombie-Britannique a été en mesure d’atteindre ses cibles en matière de revenus tirés des droits de scolarité énoncées dans le budget 2020-2021, affirme Karamjeet Heer, contrôleuse de l’Université, mais l’établissement avait déjà réduit ses attentes. « Quand nous avons établi ce budget, nous avions prévu le déclin du nombre d’étudiants et avions anticipé que certains d’entre eux ne s’inscriraient pas à une charge de cours à temps plein durant la pandémie », ajoute-t-elle.

La situation s’est avérée plus favorable pour l’Université Bishop’s au Québec. « Au chapitre des bourses gouvernementales et des droits de scolarité, nous étions à peu près au même point qu’avant la pandémie, affirme Isabelle Goyette, vice-rectrice aux finances et à l’administration de cette université. Nous n’avions pas prévu que [l’enseignement à distance] connaîtrait un tel succès. »

L’aisance avec laquelle l’Université Bishop’s et d’autres universités canadiennes sont passées à l’enseignement à distance pourrait avoir prévenu une forte baisse des inscriptions, particulièrement parmi les étudiants étrangers. Toutefois, plusieurs universités ont souligné qu’une autre source de revenus clé a connu une réduction importante puisque c’était impossible d’offrir ces services à distance.

Les services auxiliaires durement touchés

Martin Pochurko, vice-recteur aux finances et à l’administration de l’Université Simon Fraser, affirme que bien qu’une faible augmentation du nombre d’inscrits parmi les étudiants étrangers ait été enregistrée, ce sont les services auxiliaires qui ont absorbé la majorité des contrecoups de la pandémie. « Les services de restauration ont été réduits à néant. Le stationnement a subi le même sort. Je crois qu’il y a eu quelques étudiants dans les résidences, mais ils étaient peu nombreux, explique-t-il. Ça a été désastreux.

La situation a été semblable à l’Université de la Colombie-Britannique, où Mme Heer rapporte que le déficit du fonds d’administration de 62 millions de dollars « était principalement attribuable à une perte des revenus des résidences étudiantes, des services alimentaires et du stationnement ». Elle explique que l’Université essuiera ces pertes au cours de nombreuses années à venir. Cependant, avec le retour de l’enseignement sur place, l’Université de la Colombie-Britannique s’attend à un retour à la normale de ses revenus issus des services auxiliaires. « Nous faisons preuve d’un optimisme prudent quant à la relance », affirme Mme Heer.

Le retour à l’enseignement en classe signifie aussi que des universités assistent au retour progressif des étudiants étrangers et à une hausse considérable de leurs revenus, compte tenu des droits de scolarité supérieurs dont ils doivent s’acquitter. Selon l’Université du Nouveau-
Brunswick, les données préliminaires pour l’automne de 2021 indiquent que le nombre d’inscriptions d’étudiants étrangers atteindra celui de l’automne de 2019. À l’Université Simon Fraser, M. Pochurko indique que les effectifs d’étudiants étrangers ont légèrement fléchi d’environ 2 %. En contrepartie, « nous assistons à une remontée de la demande chez les étudiants canadiens ».

Pour ce qui est des résidences universitaires, si leur capacité d’accueil a parfois dû être réduite en raison des protocoles relatifs à la COVID-19, les étudiants les réintègrent. L’Université de la Colombie-Britannique réserve quelques chambres aux fins d’isolement, et Mme Goyette nous informe que l’Université Bishop’s a pour sa part décidé d’éviter le partage des chambres, ce qui s’est traduit par une diminution du taux d’occupation de 20 %.

Le retour sur les campus cet automne pourrait aussi entraîner des difficultés financières dans un autre secteur. « Durant la dernière année marquée par la pandémie, les dépenses ont été anormalement faibles, rapporte M. Pochurko. Les projets de rénovation de bureau, l’achat de mobilier et les frais de voyage ayant tous été écartés, nous avons dégagé des économies supérieures aux dépenses occasionnées par la COVID-19. » Maintenant que l’année universitaire est entamée, il y a fort à parier que la tendance sera renversée. « Nos coûts risquent d’augmenter et de dépasser ce qu’ils étaient avant la pandémie. » Il fait remarquer que le retour en personne a également entraîné des coûts inattendus. Par exemple, l’appétit pour les rencontres en ligne s’est maintenu, mais le réseau sansfil du campus peine à répondre à la demande et doit être mis à niveau. « Le réseau Wi-Fi est mis à rude épreuve », explique M. Pochurko.

Bien que l’adaptation à la pandémie ait été éprouvante, certains affirment que la vulnérabilité financière des universités du pays n’a rien de nouveau. Plus tôt cette année, la Société royale du Canada (SRC) a publié un rapport intitulé Investir dans un avenir meilleur : l’éducation supérieure et le Canada de l’après-COVID, qui présente des recommandations pour soutenir les universités pendant et après la pandémie. Julia Wright, professeure à l’Université Dalhousie et présidente du Groupe de travail sur l’avenir de l’enseignement supérieur de la SRC, qui est à l’origine du rapport, explique que « tous les lieux transformés en aires de restauration, tous les frais qui s’ajoutent et la construction de nouvelles résidences » sont des symptômes de la dépendance croissante aux étudiants comme sources de revenus pour assurer le fonctionnement des universités. Les étudiants constituent la seule source de revenus que les universités peuvent contrôler, explique-t-elle. « Quand le gouvernement leur refuse de l’aide, les universités ne peuvent rien faire. La seule façon de compenser la chute des revenus, c’est de contrôler l’effectif étudiant. »

Mme Wright indique que la baisse du financement public de l’enseignement supérieur est une préoccupation soulevée depuis la fin des années 1990, et qui demeure sans solution. « Il est facile pour les décideurs de rétorquer à la légère que le ciel va nous tomber sur la tête ». Mais la déclaration d’insolvabilité de l’Université Laurentienne au printemps dernier démontre que « le ciel peut effectivement nous tomber sur la tête », explique-t-elle, en espérant que la menace soit prise au sérieux.

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