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L’Université Concordia à Edmonton renonce à son caractère confessionnel

Selon le recteur, cette renonciation qui n’a que trop tardé témoigne du net renforcement de la diversité de l’établissement.

par ANQI SHEN | 24 MAI 16

L’Université de Concordia d’Edmonton a annoncé en avril dernier qu’elle renonçait à son caractère confessionnel. Selon son recteur, Gerald Krispin, cette décision correspond au mandat de Concordia depuis des décennies déjà : un établissement public, qui ne dessert aucune communauté en particulier.

Ce qui n’était il y a 95 ans qu’un petit établissement confessionnel fondé par le synode du Missouri de l’Église luthérienne pour former de jeunes hommes à devenir  ministres du Culte est devenu une université financée à près de 50 pour cent (pour l’instant) par le gouvernement albertain, et dont les corps étudiant et professoral se sont nettement diversifiés.

Selon M. Krispin, recteur de l’Université depuis neuf ans et professeur d’études théologiques, seuls 83 étudiants de l’établissement se disent luthériens; c’est moins que ceux qui se disent sikhs ou musulmans. Parmi les 2000 étudiants de l’établissement, la majorité de ceux qui déclarent appartenir à une confession sont catholiques romains, et huit pour cent se déclarent autochtones. « Pour assurer l’intégration de tous, on ne peut privilégier une foi particulière », souligne M. Krispin.

Dr. Krispin, president de Concordia. Photo de Concordia.
Gerald Krispin, président de L’Université de Concordia d’Edmonton. Photo de Concordia.

Dans les faits, l’Université fonctionne comme un établissement public, porteur d’une vision laïque. Sa décision de renoncer à son caractère confessionnel vise à faire état de cette réalité. Bien sûr, elle abrite des chapelles, mais la plupart des universités en abritent, non? La plupart comptent également des salles de prière et proposent des services aux étudiants qui présentent des besoins ou des désirs particuliers. Nous aussi, mais pas de là à nous définir comme un établissement majoritairement ou définitivement chrétien. »

L’établissement n’exige pas que ses étudiants signent une déclaration de foi, et il y a des années que ses professeurs ne sont plus tenus d’affirmer être luthériens. À l’heure actuelle, au moins quatre établissements membres d’Universités Canada (qui publie Affaires universitaires) imposent une déclaration de foi ou un code de conduite associé : l’Université Trinity Western, à Langley (C.-B.); le Collège universitaire King’s, à Edmonton; l’Université mennonite canadienne, à Winnipeg; et le Collège universitaire Redeemer, à Ancaster (Ontario).

Depuis quelques années, l’Université est aux prises avec des réductions de son financement provincial et a vu sa stabilité financière menacée par un climat économique difficile. Dans son plan d’action 2012-2015, on pouvait lire : « Un des gros problèmes de l’Université Concordia, c’est qu’elle ne réussit plus, comme elle a l’a fait depuis presque 10 ans, à compenser la baisse des inscriptions en première année grâce à son excellente stratégie en matière de rétention et de transfert. » Parallèlement, elle s’est engagée à investir des « ressources considérables » pour recruter davantage d’étudiants étrangers.

En 2015, les revenus de l’établissement provenaient principalement des frais de scolarité et du financement provincial – à hauteur de 44 pour cent environ dans chaque cas. L’établissement tirait aussi des revenus de ses services complémentaires. Les campagnes de financement contribuent par ailleurs chaque année à près de 500 000 $ à son budget annuel de 30 millions de dollars.

En réaction à la décision de l’Université de renoncer à son caractère confessionnel, officialisé par son conseil d’administration en novembre dernier, le président de l’Église luthérienne du Canada, Robert Bugbee, a déclaré dans les médias que son Église était déçue, et surprise par le manque de consultation. Tout en admettant ce manque, M. Krispin précise que le but était d’éviter la division.

Au fil des ans, l’Église luthérienne du Canada a réduit ses contributions financières à l’Université. L’an dernier, elle a refusé de lui verser une subvention annuelle d’environ 100 000 $, de sorte que l’établissement n’a pu compter que sur environ 30 000 $ de dons provenant de congrégations religieuses et d’anciens étudiants. L’Église luthérienne du Canada a qualifié de temporaire son retrait du financement, mais il faut savoir que son chapitre Colombie-Britannique-Alberta s’est récemment vu accorder une prolongation de la protection contre la faillite dont il bénéficie en vertu de la Loi fédérale sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

En février dernier, à la suite de la décision du conseil d’administration confirmant la sécularisation de l’Université, M. Krispin a démissionné du clergé de l’Église luthérienne du Canada. Il a indiqué dans une lettre ouverte « avoir perdu toute crédibilité au sein de l’Église luthérienne du Canada » et devoir désormais assumer séparément ses rôles de recteur et de pasteur, bien que son mandat de recteur prendra fin dans un peu plus d’un an.

M. Krispin précise que les changements à la mission de l’Université se sont étalés sur quelques années. En 2008, l’établissement a revu sa structure de gouvernance et modifié ses statuts. « l’Université a souhaité adapter sa gouvernance aux réalités en matière de financement et aux exigences d’imputabilité qui caractérisent le système postsecondaire albertain, précise-t-il. Il nous fallait faire preuve de l’imputabilité et de la transparence exigées, et nous tenions à ce que la composition et la structure de notre conseil d’administration le permettent. »

En 2014, les membres élus par l’Église que comptait encore le conseil d’administration ont démissionné. Le conseil d’administration élit désormais lui-même ses membres. M. Krispin souhaiterait que ceux-ci en viennent à être nommés par le gouvernement, comme c’est le cas au sein des autres universités entièrement publiques de l’Alberta :. « Le fait que notre conseil d’administration nomme lui-même ses membres nous permet d’obtenir du financement opérationnel, mais non du financement en capital, ce qui est très problématique. »

Malgré la nouvelle orientation de l’Université Concordia d’Edmonton, que traduisent entre autres son nouveau logo et son énoncé de mission modifié, M. Krispin convient qu’il y aura forcément une période de transition : « On ne peut du jour au lendemain tourner le dos à 95 ans de tradition, dit-il, estimant que ce serait « préjudiciable pour l’établissement » et soulignant que plusieurs universités et collèges fédérés canadiens continuent de reconnaître leurs racines confessionnelles.

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