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L’Université Western prend des mesures pour mettre fin aux retrouvailles tumultueuses

Plusieurs universités ont fait de même depuis quelques années pour prévenir le dérapage de ce type de festivités

par ANQI SHEN | 30 AOÛT 16

Les dirigeants de l’Université Western tentent de mettre fin aux traditionnelles retrouvailles tapageuses qui, depuis plusieurs années, se déroulent sur l’avenue Broughdale, une rue résidentielle proche du campus. En septembre 2015, ces festivités avaient attiré plus de 10 000 personnes. Cette année, dans le but de prévenir ce qu’ils entrevoyaient comme un désastre potentiel, les administrateurs de l’Université Western ont décidé de reporter les retrouvailles à la fin d’octobre, dans l’espoir que le stress de mitrimestre et le froid dissuadent les étudiants d’y prendre part.

La décision a été annoncée à la fin de mai, environ deux mois après une rencontre entre dirigeants de l’établissement et représentants de la collectivité visant à discuter des dérapages de l’an dernier. Selon l’Université Western, lors des retrouvailles du samedi 26 septembre dernier, 11 personnes présentes sur l’avenue Broughdale ont dû être conduites à l’hôpital. Des étudiants de l’Université Western, des banlieusards et des élèves d’établissements secondaires locaux avaient ce jour-là littéralement envahi cette rue sans issue, gênant ainsi, selon le Service de police de London, le passage des ambulances et du personnel médical d’urgence.

Étudiants sur la rue Broughdale en 2015. Photo de Derek Ruttan/The London Free Press.
Étudiants sur la rue Broughdale en 2015. Photo de Derek Ruttan/The London Free Press.

« Pour moi, il était clair qu’il fallait que les choses changent, sans quoi un accident tragique surviendrait immanquablement, précise la provost et vice-rectrice aux études de l’Université Western, Janice Deakin. La participation aux retrouvailles s’est accrue de manière exponentielle au cours des quatre à six dernières années, jusqu’à ce que l’avenue Broughdale soit complètement bloquée. » Selon Mme Deakin, les mesures prises à ce jour pour mettre un terme à la situation n’ont pas produit les résultats escomptés : « Nous avons entre autres organisé un concert sur le campus, discuté réglementation et sécurité avec les résidents de l’avenue Broughdale, et tenté d’atténuer le problème en collaborant avec nos partenaires, à savoir la police et les responsables du logement hors campus. »

« On ne résoudra jamais ce problème uniquement en distribuant des contraventions et en poursuivant les gens en justice »

Or, l’an dernier, malgré la tenue de deux concerts sur le campus, de nombreux étudiants se sont rendus sur l’avenue Broughdale pour participer à une fête qui, selon le chef adjoint du Service de police de London, Steve Williams, s’est révélée la plus importante jusqu’alors. Les risques pour la vie des participants étaient réels. « Un jeune homme s’est empalé sur une clôture, un autre jeune a été victime d’une réaction allergique si grave qu’il a fallu intervenir pour lui sauver la vie, et quelqu’un d’autre est tombé d’un toit », raconte M. Williams.

Les heurts entre fêtards et forces policières de London ne datent pas d’hier. En 2012, la Saint-Patrick a été marquée par des émeutes dans une rue résidentielle proche du collège Fanshawe : un camion a été incendié, et 11 personnes arrêtées. L’année suivante, lors de la fin de semaine des retrouvailles de l’Université Western, 270 constats d’infraction ont été dressés par les forces policières. Selon M. Williams, ces dernières ont récemment renoncé à leur politique de tolérance zéro pour mettre l’accent sur la prévention et la visibilité des effectifs policiers. « On ne résoudra jamais ce problème uniquement en distribuant des contraventions et en poursuivant les gens en justice, ajoute-t-il. Nous déployons beaucoup de ressources à l’occasion des retrouvailles, ce qui empêche nos agents de s’acquitter de leurs autres obligations ailleurs sur le territoire et entraîne des retombées sur toute la ville. »

Les fêtes étudiantes dans les quartiers proches des campus ont dégénéré de manière similaire partout au Canada, en particulier dans les collectivités établies depuis longtemps, comme Kingston, Hamilton, Guelph et Waterloo, en Ontario, Antigonish en Nouvelle-Écosse, ou encore Sackville au Nouveau-Brunswick. Selon Michael Fox, professeur de géographie à l’Université Mount Allison de Sackville et membre du conseil d’administration de l’International Town and Gown Association, nombre d’universités et de collectivités conjuguent depuis cinq ans leurs efforts pour resserrer leurs relations. « Les choses ont sensiblement évolué : la planification des retrouvailles relève désormais non seulement de l’administration des établissements, mais de tous leurs intervenants. »

« faisons tout pour réduire les perturbations que ces festivités engendrent pour la collectivité. »

Selon M. Fox, les problèmes de relations entre établissements et collectivités sont souvent liés à l’hébergement des étudiants et à l’aménagement foncier. Ni la prise de mesures isolées ni l’action des forces policières ne peuvent par conséquent suffire à changer les choses. « En matière de planification, il faut sans cesse revoir sa copie », explique M. Fox, ajoutant que certaines universités ont finalement consenti à travailler avec les associations étudiantes à la planification d’événements comme les retrouvailles. « Par le passé, je me suis souvent rendu à des réunions de planification regroupant université, municipalité, service de police et service des incendies, mais où pas un seul étudiant n’était présent. »

À l’Université Queen’s, après avoir été annulées en 2009, les retrouvailles ont été rétablies quatre ans plus tard grâce à la mobilisation des étudiants, attachés à cette fin de semaine de festivités. « Les étudiants ont vraiment fait preuve d’initiative », raconte Tom Harris, le vice-recteur à l’avancement de l’Université Queen’s, expliquant comment l’Alma Mater Society de l’établissement a travaillé avec la Ville de Kingston et divers partenaires communautaires à l’organisation du ReUnion Street Festival, un festival de rue en zone confinée proposant spectacles, boissons et camions-restaurants. M. Harris précise que, dans sa vision des retrouvailles, l’Université Queen’s prend désormais davantage en compte les étudiants actuels, plutôt que de se concentrer sur les anciens comme le voulait la tradition.

D’autres universités et collectivités ont elles aussi déployé des efforts pour dissiper les conflits. À Waterloo, qui abrite à la fois l’Université Wilfrid Laurier et l’Université de Waterloo, des étudiants bénévoles des deux établissements frappent aux portes dans les jours qui précèdent la Saint-Patrick (sommet des festivités étudiantes) pour expliquer la réglementation aux résidents. Ils participent également au nettoyage le lendemain de la fête.

« La Ville de Waterloo a pris conscience de l’ampleur prise par la fête de la Saint-Patrick sur la rue Ezra, qui rassemblait des milliers de personnes en pleine rue. Elle a donc mis sur pied un groupe de réflexion dans le but de mieux gérer cet événement, raconte Chris Lolas, président de la Fédération des étudiants de l’Université de Waterloo. Nous avons tenté de trouver un endroit où les étudiants, s’ils font la fête et boivent, puissent le faire en toute sécurité, et faisons tout pour réduire les perturbations que ces festivités engendrent pour la collectivité. »

À l’Université Western, les représentants des étudiants n’ont pas pris part à la décision de reporter les retrouvailles. Après avoir publiquement déploré ce fait, le conseil étudiant a tout de même précisé que l’établissement s’était montré ouvert à une collaboration. Les deux parties ont d’ailleurs travaillé ensemble, avec un cabinet de marketing, à l’organisation d’événements destinés à attirer les étudiants loin de l’avenue Broughdale.

Depuis l’annonce du report des retrouvailles par l’Université Western, 2 600 personnes se sont déjà inscrites sur Facebook à l’événement « Save Hoco », prévu la dernière fin de semaine de septembre. « Les membres du conseil déplorent qu’une solution de rechange adéquate ne leur ait pas été proposée pour cette première fin de semaine, précise le président du conseil, Eddy Avila. Notre objectif premier est maintenant d’élaborer un programme qui permette aux étudiants de s’amuser et instaurer ainsi une nouvelle tradition de célébrer leurs retrouvailles en lieu sûr, pas seulement dans une rue. »

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