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Prix national 3M en enseignement a 25 ans

La réflexion d’un homme sur l’influence exercée par ses professeurs est devenue le plus prestigieux prix d’enseignement universitaire au pays.

par LÉO CHARBONNEAU | 03 MAI 10

Dix des meilleurs professeurs d’université du Canada se réuniront pendant trois jours en novembre au magnifique Fairmont le Château Montebello, au nord-est d’Ottawa, pour échanger sur leur sujet préféré : l’enseignement universitaire. Les lauréats de cette année représentent la 25e cohorte à se voir décerner ces prix depuis la création du programme en 1986.

Il y a toujours lieu de célébrer l’attribution annuelle des prix 3M, mais ce 25e anniversaire constitue une occasion très spéciale, croit Joy Mighty, directrice du Centre for Teaching and Learning de l’Université Queen’s et présidente de la Société pour l’avancement de la pédagogie dans l’enseignement supérieur (SAPES).

« On ne célèbre pas assez l’excellence en enseignement, explique Mme Mighty. Il est important de souligner l’influence positive qu’ont eue les récipiendaires sur la vie des étudiants. »

Les 10 gagnants de cette année se joignent à 238 autres récipiendaires qui proviennent de presque toutes les disciplines. À mesure que ce nombre augmente, la renommée et le prestige du prix prend aussi de l’ampleur : les récipiendaires de chaque édition sont récompensés par un profil dans le magazine Maclean’s, et les universités sont toujours fières d’annoncer qu’un de leurs professeurs a remporté le prix.

Chris Knapper, professeur émérite à l’Université Queen’s et ancien président de la SAPES, est l’un des plus éminents experts canadiens en développement de l’éducation. M. Knapper se déplace fréquemment à l’étranger pour y rencontrer des éducateurs, et il affirme que le programme national de prix 3M, est toujours remarqué et suscite l’envie en raison de son succès et de sa longévité.

Tous s’entendent pour reconnaître les compétences en enseignement et le leadership des lauréats d’un prix 3M. Selon M. Knapper, on s’attend à ce qu’ils « rehaussent la visibilité de l’enseignement, lancent de nouvelles idées et aident leurs collègues intéressés par l’enseignement à progresser. Et je crois que c’est effectivement ce qu’ils font. »

La récompense ne s’accompagne d’aucun montant d’argent, mais les récipiendaires sont invités à une séance de réflexion, tous frais payés, au Fairmont le Château Montebello, un hôtel de villégiature en cèdre massif situé sur un terrain boisé de la rive québécoise de la rivière des Outaouais. Aucun ordre du jour n’est établi; les gagnants passent invariablement leur temps à discuter de leurs passions : l’enseignement et l’apprentissage.

Alex Fancy, professeur de français et directeur du programme de théâtre de l’Université Mount Allison, a remporté un prix 3M en 1988. Il se souvient très bien de son séjour au Château : « C’était sans doute la fin de semaine la plus stimulante de ma vie, professionnellement parlant. »

Les gagnants des prix 3M n’ont aucune autre obligation que celle d’assister à la séance de réflexion, mais bon nombre d’entre eux sentent qu’ils ont la responsabilité de continuer à « faire bouger les choses », constate M. Fancy. C’est pourquoi des dizaines d’anciens gagnants se sont réunis à Toronto, en 2003, afin de réfléchir à des façons « de tirer parti de cette ressource précieuse que les lauréats représentent collectivement ».

Ils ont alors décidé de fonder le Conseil des récipiendaires du prix 3M, dont les membres se rencontrent régulièrement dans le cadre des réunions de la SAPES; M. Fancy en a d’ailleurs été le premier président. Selon lui, même s’il est vrai que tous les récipiendaires n’en sont pas membres actifs, « un pourcentage raisonnable d’entre eux le sont ». Le Conseil a publié deux livres, et ses membres animent des ateliers aux rencontres de la SAPES en plus d’organiser d’autres activités partout au Canada et à l’étranger.

Jean Nicolas, professeur de génie mécanique à l’Université de Sherbrooke, est l’un des récipiendaires du prix 3M de cette année. Bien qu’il ait déjà été récompensé à maintes reprises pendant sa carrière, il dit du prix 3M « c’est pour moi le prix qui me fait le plus plaisir. »

La réussite de M. Nicolas et des neuf autres récipiendaires sera officiellement reconnue au congrès annuel de la SAPES à Toronto, en juin. Les gagnants iront ensuite à Montebello, en novembre. « Cette idée de faire se rencontrer [à Montebello] les récipiendaires du prix, pour qu’ils cogitent et mettent des idées ensemble autour de l’enseignement, ses enjeux, des approches pédagogiques, je trouve que c’est extraordinaire. C’est vraiment bien parce que ce sont des occasions rarissimes. »

L’histoire de la création des prix 3M s’est un peu perdue au fil du temps, mais elle fait pour ainsi dire « partie du folklore », estime Greg Snow, directeur des communications internes chez 3M Canada, la filiale canadienne du grand fabricant américain. Il explique que tout a commencé avec le président de 3M Canada de l’époque, John Myser.

« Lors d’une réunion, M. Myser a été amené à réfléchir à l’influence qu’avaient exercée ses professeurs sur sa vie », raconte M. Snow. Stimulé par ces pensées, M. Myser a réuni des membres du comité exécutif et les a « chargés de trouver une manière de reconnaître et de célébrer les professeurs d’université et leur apport à la société canadienne. »

En 1985, l’entreprise a organisé un événement axé sur les sciences de la santé, lequel n’a cependant pas été très remarqué. À la même époque, une jeune organisation appelée SAPES faisait ses premiers pas. « J’ignore les circonstances exactes, mais nous nous sommes mutuellement trouvés, explique M. Snow : Une entreprise qui veut reconnaître le travail des professeurs, et une toute jeune organisation universitaire avec le même objectif. »

Selon M. Knapper, de l’Université Queen’s, c’est un appel logé par 3M Canada auprès du recteur de l’Université de Waterloo, Doug Wright, qui a donné le véritable coup d’envoi du programme. M. Wright a demandé à M. Knapper, qui était alors responsable du bureau des ressources d’enseignement de l’Université de Waterloo, de rencontrer les représentants de l’entreprise.

Avec l’aide de ses collègues de la SAPES, M. Knapper a formulé quelques propositions, dont un concept de prix national d’excellence en enseignement qu’a apprécié 3M Canada. La première édition a été coordonnée par M. Knapper, qui a cédé sa place à Dale Roy, de l’Université McMaster. Ce dernier a chapeauté le programme pendant les 15 années suivantes. Arshad Ahmad, récipiendaire d’un prix 3M et professeur d’administration à l’Université Concordia, en est devenu le coordonnateur en 2001.

Au fond, selon M. Snow, le prix a très peu changé depuis sa création, hormis le fait que les récipiendaires ont maintenant un fort poids collectif et que la SAPES est devenue « une organisation vivante et productive. Le mérite revient à la Société pour tout ce qui a permis aux prix de prendre de l’ampleur et de l’importance. »

Les bons mots et l’admiration sont réciproques : « Ils [3M Canada] sont les meilleurs collaborateurs qu’on puisse trouver, car ils n’ont jamais cherché à orienter le projecteur sur eux-mêmes », reconnaît M. Knapper.

Afin de souligner le 25e anniversaire des prix, un congrès extraordinaire d’une journée est organisé le 23 juin, tout juste avant le congrès annuel de la SAPES sur l’enseignement. On pourra compter sur la présence de M. Knapper et d’Alastair Summerlee, recteur de l’Université de Guelph et récipiendaire d’un prix 3M, parmi les conférenciers.

Les organisateurs de ces célébrations ont également communiqué avec d’anciens étudiants des gagnants du prix 3M pour leur demander quelle influence ces professeurs avaient eue sur leurs vies. « Nous avons reçu des centaines de témoignages, affirme M. Ahmad, de l’Université Concordia. » Cela confirme, selon lui, la véritable signification de ces prix : « Tout est considéré en fonction des étudiants. C’est davantage une question d’apprentissage que d’enseignement. »

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