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Quand un professeur invite ses étudiants à nager avec les requins… virtuellement

Le nouveau cours s’inscrit dans un projet triennal visant à évaluer l’effet des nouvelles technologies sur la motivation des étudiants.

par KERRY BANKS | 26 JAN 22

En général, il n’est pas particulièrement recommandé de nager avec des requins, mais dans le cours de science de l’environnement de Paul Mensink, l’activité deviendra bientôt obligatoire. Ce trimestre, le professeur de l’Université Western transportera ses étudiants de première année dans une expérience immersive subaquatique afin d’explorer la physiologie et l’anatomie du requin-pèlerin, le deuxième plus grand poisson de l’océan. Au programme : les étudiants seront miniaturisés, puis mangés par des requins, avant d’être expulsés vers le fond océanique sous forme de neige marine, une sorte de détritus.

Toute cette magie technologique sera possible grâce à une application développée par EXAR Studios, une boîte primée spécialisée en technologies immersives basée à London, en Ontario. « Ce qui rend l’étude des océans complexe, c’est qu’on voit beaucoup de photos, mais on n’est pas en mesure d’en saisir l’échelle », explique M. Mensink, qui est professeur d’écologie marine à la Faculté des sciences de l’Université Western et spécialiste en technologies de l’éducation. « Maintenant, on va pouvoir littéralement se tenir à côté d’un requin-pèlerin et le voir sous tous ses angles, comme s’il était vraiment là. Les étudiants vont prendre conscience de la taille de l’animal », poursuit M. Mensink en précisant que l’espèce est aussi grande qu’un autobus. « Ils verront sa bouche de l’intérieur, ses dents minuscules, ses immenses branchiospines… avant de se faire avaler tout rond. »

Connu pour être le deuxième plus grand poisson de l’océan, le requin-pèlerin, cetorhinus maximus, se nourrit en filtrant le plancton grâce à ses branchiospines au large du Land’s End, en Angleterre (Océan Atlantique Nord). Photo par Doug Perrine.

Le projet lui a été inspiré par un autre de ses cours, dans lequel il a l’habitude d’amener chaque année quelques étudiants de troisième année au Centre des sciences de la mer Huntsman, au Nouveau-Brunswick, pour réaliser des études. En remarquant à quel point ces expéditions sur le terrain motivaient ses étudiants, il s’est demandé s’il pouvait reproduire une partie de l’expérience en classe. Il a donc fait appel à la réalité augmentée, qui permet d’enrichir le monde réel d’éléments numériques visuels et sonores, ou d’autres stimulus sensoriels.

« On veut proposer aux étudiants des approches pédagogiques motivantes afin qu’ils se sentent interpellés par l’océanographie. On se sert donc de la réalité augmentée pour leur permettre de se glisser dans la peau d’océanographes. C’est comme s’ils y étaient en chair et en os, et l’expérience leur permet de recueillir des données », se réjouit M. Mensink. Les étudiants devront munir le requin d’un émetteur et comprendre le fonctionnement du suivi par satellite, en plus d’avoir à identifier certains des dangers qui guettent l’espèce, comme la pêche au filet et les collisions avec des bateaux.

Ce nouveau cours s’inscrit dans un projet s’échelonnant sur trois ans, rendu possible grâce à une subvention de 50 000 dollars américains du programme Unity Charitable Fund de la Fondation Tides, un organisme établi à San Francisco. L’initiative a pour objectif de mesurer l’effet des technologies immersives sur la motivation et la participation des étudiants. « On conduit des recherches pédagogiques parallèlement au déploiement de toutes ces technologies pour comprendre comment elles transforment l’expérience d’apprentissage, afin d’orienter nos activités futures, ajoute M. Mensink. On veut pouvoir utiliser ces nouvelles technologies de manière stratégique. »

Les technologies immersives dans d’autres universités

Puisqu’elles permettent d’accéder à des lieux ou de vivre des expériences autrement inaccessibles, bon nombre d’universités canadiennes explorent aujourd’hui la réalité virtuelle et la réalité augmentée. À l’Université de la Colombie-Britannique, des étudiants en psychologie découvrent comment le cerveau et le comportement sont liés grâce à l’application Web HoloBrain WebVR, qui combine des contenus virtuels tridimensionnels avec des images bidimensionnelles réelles.

 

À l’École de commerce Goodman de l’Université Brock, on offre un nouveau cours au baccalauréat qui présente les avenues marketing stratégiques de la réalité augmentée et la création d’expériences basées sur celle-ci pour maximiser l’engagement client.

 

À l’Université McGill, on utilise la réalité augmentée et la réalité mixte pour aider les chirurgiens à planifier leurs interventions et à guider leurs mouvements lors des opérations d’oto-rhino-laryngologie.

Comprendre la nature grâce à la réalité augmentée

Le requin-pèlerin, qui peut atteindre jusqu’à huit mètres, habite les eaux chaudes des océans de la planète. Malgré sa taille considérable, il est inoffensif pour l’être humain, étant donné qu’il ne se nourrit pas de viande, mais de plancton. Il a été longtemps convoité pour son attrait commercial, tant pour nourrir les humains que d’autres animaux, ainsi que pour l’huile de son foie. Il est aussi l’ingrédient principal de la soupe aux ailerons de requin. La surpêche a toutefois décimé sa population, jusqu’à la faire disparaître complètement de certaines régions. Ailleurs, elle est classée parmi les espèces menacées. Au Canada, le requin-pèlerin a été brutalement éliminé de la côte pacifique par le ministère des Pêches et des Océans entre 1955 et 1969. Le ministère y voyait une espèce nuisible, car l’animal se retrouvait souvent coincé dans les filets de pêche.

Paul Mensink.

Le cours de M. Mensink comprendra ce pan sombre de l’histoire puisque la pérennité environnementale est l’un des grands thèmes qui y sont abordés. Le cours de première année compte 250 étudiants, dont plusieurs sont issus de disciplines non scientifiques comme la musique ou les arts. M. Mensink y voit d’ailleurs l’occasion d’éveiller chez eux un intérêt pour la science.

« Étant donné mon rôle, j’essaie d’inciter l’adoption de ce genre de technologies dans d’autres cours », indique M. Mensink, qui conçoit très bien l’utilité de la réalité augmentée dans différentes sphères, comme l’anatomie, par exemple. « On pourrait se servir des téléphones intelligents des étudiants pour faire flotter un cœur battant au-dessus de leurs bureaux. Ils pourraient le déplacer et le manipuler comme un modèle 3D. »

M. Mensink témoigne du soutien de l’administration de l’Université Western pour ses idées et de sa volonté de rester au fait des nouvelles avancées technologiques. « Mon but ultime, c’est que ces technologies soient utilisées dans tous les cours offerts par l’Université. Les possibilités sont illimitées, affirme-t-il. On commence à élaborer des initiatives interdisciplinaires pour que des étudiants de toutes les disciplines puissent collaborer en utilisant ces technologies. On pourrait par exemple recourir à la réalité augmentée pour concevoir une exposition d’art, créer des œuvres ou encore, recréer des lieux historiques rattachés à un endroit précis. Il y a tellement d’avenues, et ce n’est que le début. »

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