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ACTUALITÉS

Quel avenir pour l’Université de l’Ontario français?

Ayant perdu son financement du gouvernement provincial, la direction de l’établissement doit trouver une solution pour en assurer la survie.

par ROZENN NICOLLE | 05 DÉC 18

Le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford lui ayant coupé les vivres, l’Université de l’Ontario français (UOF), créée en 2017, est désormais en mauvaise posture, mais la communauté franco-ontarienne refuse de s’avouer vaincue.

« Un examen détaillé de la situation financière de la province a mené le gouvernement à annuler les plans de création d’une nouvelle université de langue française », c’est par cette courte ligne figurant dans l’énoncé économique du 15 novembre dernier que le gouvernement de l’Ontario a fait part de son intention de retirer son financement à l’UOF qui devait combler le manque d’offre de programmes postsecondaires en français offerts dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.

« Nous l’avons appris en même temps que l’énoncé économique », explique Normand Labrie, recteur par intérim de l’établissement qui devait ouvrir ses portes en 2020. Pourtant, malgré cette annonce, l’UOF existe toujours puisqu’elle a été créée à la suite de l’adoption du projet de loi 177 par l’Assemblée législative de l’Ontario le 14 décembre 2017. « À moins d’abroger la loi, c’est une institution existante, qui a un conseil de gouvernance et qui fonctionne depuis avril », précise-t-il.

Normand Labrie.

Huit salariés y travaillent actuellement et l’objectif est toujours de respecter le mandat d’ouvrir en 2020, assure M. Labrie. Sa seule source de financement est le fonds de démarrage octroyé par le gouvernement ontarien. Une subvention qui devait atteindre 84 millions de dollars sur huit ans.

À l’heure actuelle, les activités de l’UOF continuent, mais la situation devient délicate, concède le recteur par intérim, précisant que le budget annuel leur permettrait de poursuivre jusqu’à la mi-janvier uniquement. « On a besoin de fonds de démarrage tant qu’on n’a pas de revenus », explique-t-il.

Depuis l’annonce, la mobilisation des Franco-Ontariens ne cesse de croître. Le 1er décembre, plus de 14 000 personnes ont manifesté, non seulement à travers la province, mais aussi ailleurs au pays, contre ces compressions touchant la francophonie imposées par les progressistes-conservateurs.

Le milieu universitaire s’est aussi fait entendre. « Plus il y aura de collèges et d’universités francophones et bilingues au pays, mieux les intérêts des francophones seront servis », écrivait Jacques Frémont, recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa dans une tribune publiée par Le Droit. Son homologue de l’Université de Montréal, Guy Breton, a également tenu à apporter son soutien à l’UOF, la qualifiant de « tonitruant plaidoyer en faveur de la dualité linguistique canadienne ».

Une solution au fédéral

Revenu sur une partie de ses décisions concernant le sort réservé au Commissariat aux services en français dont le premier ministre ontarien avait annoncé l’abolition, M. Ford n’a cependant pas l’intention de faire marche arrière concernant l’UOF, forçant ainsi le conseil des gouverneurs de l’Université à explorer ses options.

Les yeux sont désormais rivés sur le gouvernement fédéral de Justin Trudeau, qui n’a pas hésité à condamner les décisions de M. Ford dans les médias. Le souci, c’est que l’enseignement supérieur reste une compétence provinciale. « Dans ce contexte-là, le gouvernement fédéral peut agir mais dans la mesure où le gouvernement provincial agit aussi de son côté », indique M. Labrie.

Pourtant, le fédéral pourrait financer la moitié du projet, dans le cadre de son plan pour les langues officielles. « En général, lorsque les provinces le demandent pour le démarrage d’un soutien aux [communautés de] langues minoritaires au Canada, le gouvernement fédéral contribue à 50 pour cent du financement », rappelle-t-il.

Le 4 décembre, le recteur par intérim et le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, ont comparu devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes, à Ottawa. Selon M. Jolin, la proposition actuelle vise à demander au gouvernement fédéral de financer les quatre premières années du projet, avant que le gouvernement provincial ne prenne le relais pour les quatre suivantes, lui laissant ainsi le temps de rétablir sa santé financière.

Après cette rencontre, l’AFO a fait savoir par voie de communiqué que le gouvernement fédéral a été « clair sur le sujet » et « est prêt à recevoir une demande de financement de la part du gouvernement de l’Ontario ». Le gouvernement ontarien n’a toujours pas amorcé de démarche dans ce sens. « On espère que la province va entamer les discussions avec le fédéral et que ça portera ses fruits », dit M. Labrie qui n’envisage pas que la solution soit un financement unilatéral.

ll a également souligné que pas moins de 70 juristes et avocats de l’Ontario français examinent le cas de près afin d’évaluer les options juridiques à leur portée, mais dit souhaiter une négociation avec les gouvernements plutôt qu’un recours aux tribunaux.

Le dossier avance d’heure en heure, selon lui. « On espère qu’en décembre on aura un cadeau de Noël, comme tout le monde », conclut-il.

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