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Un projet de recherche aux origines fascinantes

Un simple projet archéologique participe au développement de la recherche pour le repérage de charniers humains.

par CHRISTINA CHANT | 06 DÉC 10

Deux ans ont passé depuis qu’André Costopoulos, professeur agrégé d’anthropologie à l’Université McGill, s’est rendu pour la première fois au Parc Safari en vue d’exhumer et de réassembler les restes d’un éléphant enterré. Le petit projet d’éducation du public dans lequel s’inscrivait sa mission s’est depuis mué en un projet de recherche pluridisciplinaire avec une dimension liée aux droits de la personne.

Le projet initial a vu le jour quand le Parc Safari, un zoo situé à une heure de Montréal, a demandé l’aide de McGill pour récupérer les restes d’animaux enterrés afin de pouvoir en exposer les squelettes. M. Costopoulos a vite accepté ce projet, conscient de tout ce qu’il pouvait apporter à ses étudiants sur le plan
des études archéologiques.

Peu après, en 2008, l’Université McGill embauchait Margaret Kalacska, aujourd’hui professeure adjointe de géographie au sein de l’établissement. Or, dès 2005, lors d’une expédition au Costa Rica, Mme Kalacska avait commencé à sonder la possibilité de recourir aux techniques évoluées d’imagerie aérienne pour repérer les charniers humains et souhaitait vivement poursuivre ses recherches à McGill.

Une découverte effectuée dans le cadre du projet mené au Parc Safari, que lui avait signalée M. Costopoulos, n’a évidemment pas manqué d’intriguer Mme Kalacska : à côté de l’éléphant enfoui se trouvait un cimetière de petits animaux datant d’une quarantaine d’années entouré de sites d’enfouissement d’autres animaux. Elle y a vu l’occasion de tester diverses méthodes susceptibles d’être exploitées pour repérer les charniers humains, comme ceux qui ont été découverts au Rwanda ou en Bosnie.

« Elle a communiqué avec moi, et nous avons commencé à travailler ensemble, raconte M. Costopoulos. Pratiquement du jour au lendemain, le projet du Parc Safari a acquis une dimension liée aux droits de la personne à laquelle je ne me serais jamais attendu. »

Cette collaboration a depuis donné naissance à un projet de recherche pluridisciplinaire axé sur la détection des tombes clandestines, appelé Clandestine Burial Detection. Initialement composée de professeurs des départements d’anthropologie et de géographie, l’équipe du projet s’est depuis enrichie de professeurs de la faculté de droit. Ces derniers étudient comment la technologie et les méthodes de détection de charniers mises au point peuvent être utilisées au profit de la communauté internationale, par exemple dans le cadre des tribunaux chargés de se pencher sur les crimes de guerre.

La technologie utilisée au Parc Safari repose sur la télédétection hyperspectrale : des capteurs installés à bord d’avions permettent de détecter les plus infimes variations de la lumière reflétée par le sol. « On peut comparer les données recueillies à une série de photographies, explique Mme Kalacska. Chacune de ces photos correspond à une étroite bande de lumière. En les combinant on obtient une image 3D qui apporte des précisions sur la quantité de lumière solaire réfléchie par parcelle du sol. »

L’analyse de cette lumière aide à déceler les zones susceptibles de renfermer des tombes. En effet, les restes en décomposition modifient chimiquement le sol environnant, ce qui influe ensuite sur la végétation des lieux. « Nous avons découvert que les plantes qui poussent sur une tombe comportent un nombre accru de pigments photosynthétiques, précise Mme Kalacksa. Cela modifie la façon dont elles reflètent la lumière solaire vers nos capteurs. »

Bien que l’idée d’utiliser la télédétection hyperspectrale pour repérer des objets enfouis ne soit pas nouvelle, l’équipe innove en peaufinant l’exploitation de cette technique à une fin précise. Les travaux sont encourageants. On observe, notamment, une certaine constance entre les découvertes faites du Parc Safari et celles du nouveau site expérimental de l’équipe au Costa Rica. Il était essentiel d’étudier un autre site, souligne Mme Kalacska.  « Si chaque site avait conduit à des résultats différents, il nous aurait été impossible de mettre au point une méthode fiable pour tous les emplacements. »

La constance des résultats enregistrés a permis à l’équipe d’élaborer un premier modèle prévisionnel. Reste maintenant à tester celui-ci dans un environnement renfermant des restes humains. Forts des avancées déjà réalisées, les membres de l’équipe retourneront au Parc Safari ou au Costa Rica pour y perfectionner leurs techniques.

M. Costopoulos espère par ailleurs qu’une meilleure compréhension de la télédétection spectrale pourra conduire à d’importantes applications en archéologie. « L’archéologie consiste en bonne partie à chercher “une aiguille dans une botte de foin”, explique-t-il. Si un jour la télédétection hyperspectrale permet aussi de repérer efficacement sous terre des campements de chasseurs ou des fabriques de poterie, cela constituera un grand pas pour l’archéologie. »

Le projet initial d’exhumation des restes d’un éléphant au Parc Safari a certes contribué à l’éducation du public et beaucoup plus en raison de la dimension liée aux droits de la personne, souligne M. Costopoulos.

Pour leur part, les dirigeants du zoo se réjouissent de prendre part à un projet d’une telle importance. « L’orientation prise par ce projet est très intéressante, affirme le directeur du Parc Safari, Patrice Deneault. Nous sommes fiers de contribuer à un projet de recherche aussi avant-gardiste. »

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