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Une voie se ferme pour les étudiants étrangers au Québec

La suspension du volet étudiants étrangers d’un programme visant à faciliter l’immigration dans la Belle Province fait réagir.

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 03 SEP 19

Les étudiants étrangers fraîchement diplômés d’une université québécoise ne peuvent plus emprunter la voie rapide pour accéder au statut de résident permanent. Le gouvernement québécois a suspendu le volet étudiants étrangers du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) jusqu’au 1er novembre 2019. Il n’est pas clair pour l’instant si le programme sera réactivé après cette date.

Au Québec, un immigrant doit recevoir un Certificat de sélection du Québec, avant de pouvoir obtenir un statut de résident permanent auprès du gouvernement fédéral. Le PEQ permettait aux étudiants étrangers de l’obtenir en quelques semaines. Un autre volet de ce programme s’adresse aux travailleurs étrangers occupant un emploi au Québec depuis plus d’un an et a été maintenu.

Des étudiants bien intégrés

La décision du gouvernement québécois, annoncée en plein cœur du mois de juillet, en a interloqué plusieurs. « Cela m’a découragée », s’attriste Jeanne-Marie Rugira, professeure de psychosociologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), elle-même arrivée du Rwanda comme étudiante en 1993.

Lors du lancement du PEQ en 2010, le gouvernement du Québec avait décidé de considérer les étudiants étrangers comme des immigrants économiques, au même titre que les travailleurs. Il s’agissait alors de créer une autre source de main-d’œuvre pour contrer la rareté des travailleurs. Cette année, 3 226 diplômés ont reçu un certificat en vertu du PEQ avant la suspension du programme. L’an dernier, c’était le cas de 5 146 étudiants.

« Ces étudiants arrivent ici assez jeunes, ils étudient au Québec, en apprennent la langue et en découvrent la culture, donc lorsqu’ils reçoivent leur diplôme, ils sont déjà assez bien intégrés », rappelle Mme Rugira. Elle se désole de voir des étudiants de l’UQAR qui comptaient sur ce programme se retrouver dans l’incertitude. Elle craint aussi de voir certains étudiants étrangers opter désormais pour les universités d’autres provinces.

Une crainte que ne partage pas Pierre Boisseau, le directeur principal des communications institutionnelles de l’Université McGill. Environ 30 pour cent des étudiants de l’Université McGill proviennent de l’étranger. « Je crois qu’ils choisissent notre université pour la qualité de son enseignement et de sa recherche, d’abord et avant tout », indique-t-il. Toutefois, il juge que le Québec pourrait se priver de diplômés dont les compétences seraient fort utiles au développement de son économie.

Un geste électoraliste?

Quelle mouche a donc piqué le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette? Officiellement, le ministère soutient travailler à une refonte du système d’immigration québécois, en vue de contrer la pénurie de main-d’œuvre. La suspension du volet étudiants étrangers du PEQ viserait à donner la priorité aux travailleurs qui occupent déjà un emploi.

L’explication n’a pas convaincu tout le monde. Florence Bourdeau, chargée de projets à la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), croit surtout que le gouvernement tient mordicus à respecter sa promesse électorale d’abaisser le seuil d’immigration à 40 000 personnes dès cette année. « Il ne s’agit pas de régler un problème, puisque le PEQ fonctionne très bien, mais de répondre à des impératifs de politique partisane », tonne-t-elle. Elle rappelle que le document d’orientation de la consultation publique sur la Planification pluriannuelle de l’immigration 2020-2022 rédigé par le gouvernement du Québec affirme lui-même que le Québec doit favoriser les candidats qui ont étudié ici et parlent français.

En juin dernier, le gouvernement caquiste a adopté un projet de loi prévoyant, entre autres, l’annulation de 18 000 demandes d’immigration déjà entamées. Mme Bourdeau croit que tous ces gestes envoient un signal négatif aux gens qui envisagent d’immigrer au Québec. « Ils se demandent s’ils sont vraiment les bienvenus, dit-elle. Et ils s’inquiètent de voir que les règles peuvent changer du jour au lendemain. »

Dans le milieu universitaire, la réaction reste prudente. « Tout le monde est en attente, puisqu’il s’agit pour l’instant d’une suspension et non d’une annulation du programme », explique Ginette Legault, directrice générale du Bureau de coopération interuniversitaire. Elle confirme que l’attraction et la rétention des étudiants étrangers constituent des enjeux majeurs pour les universités québécoises et qu’elles suivront ce dossier de près.

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