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Variole simienne : les universités aux aguets en ce début de session

Selon une virologue, les universités peuvent freiner la transmission en parlant aux étudiant.e.s des risques, des moyens de prévention et des ressources à leur disposition.

par MARK CARDWELL | 16 SEP 22

Après plus de deux ans de pandémie, des chercheur.euse.s et des responsables de la santé publique ont annoncé en mai dernier l’arrivée d’une nouvelle menace mondiale : la variole simienne. Contrairement au coronavirus qui cause la COVID-19, le virus de la variole simienne n’est pas nouveau. Découvert en 1958, il est endémique dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Or les experts s’inquiétaient de voir des éclosions dans des pays jamais touchés auparavant, dont le Canada.

Selon la virologue Angela Rasmussen, le virus de la variole simienne n’est pas aussi contagieux ni mortel que bon nombre des quelque 200 virus infectieux qui se transmettent de l’animal à l’humain, dont l’Ebola et le SRAS-CoV-2. Sa propagation pose néanmoins un risque sérieux pour la santé publique et rappelle qu’une maladie transmissible peut rapidement devenir une pandémie mondiale.

« La variole simienne est un exemple parfait de maladie négligée qui touche certaines régions de manière endémique, mais qui peut facilement se transmettre par des passagers aériens », explique la scientifique, qui travaille au sein du groupe d’élaboration de vaccins viraux de la Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO), à l’Université de la Saskatchewan.

Elle affirme que les grands établissements – y compris les universités canadiennes – ont un important rôle à jouer pour enrayer la transmission.

La situation au Canada

À la mi-août, l’Organisation mondiale de la Santé recensait plus de 31 000 cas confirmés dans 91 pays. On comptait alors près de 1 100 cas au Canada, dont plus de 90 % en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique. La grande majorité des personnes touchées sont des hommes gais ou bisexuels ayant contracté le virus lors d’une relation sexuelle.

Même si la plupart des gens n’ont que des lésions cutanées et de légers symptômes grippaux qui disparaissent d’eux-mêmes après quelques semaines, Mme Rasmussen soutient qu’il ne faut pas prendre le risque d’infection à la légère. « La variole simienne peut tuer les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes immunovulnérables, prévient-elle. Mais ce n’est pas tout. Elle peut provoquer des douleurs intenses qui entraînent une hospitalisation. Et comme n’importe quelle variole, elle peut défigurer les personnes atteintes. »

Elle ajoute qu’il existe des vaccins, mais que certains scientifiques craignent qu’ils n’aient pas été déployés assez efficacement pour stopper la transmission. « Il ne faut pas stigmatiser la population queer alors qu’on ne sait pas encore comment se transmet la maladie, met-elle en garde. Mais comme ces personnes sont les plus vulnérables, les ressources doivent leur être affectées en priorité. »

À l’heure où s’amorce la session d’automne et que des dizaines de milliers d’étudiant.e.s, de professeur.e.s et d’employé.e.s prennent d’assaut les campus canadiens, principalement situés en zone urbaine dense, Mme Rasmussen considère que les universités peuvent et doivent jouer un rôle de premier plan en renseignant les étudiant.e.s – surtout ceux de la communauté LGBTQ+ – sur la variole simienne, les ressources à leur disposition et les mesures à prendre en cas d’infection.

Les universités réagissent

Les universités canadiennes semblent prendre cette menace au sérieux. À Toronto, où on recense 75 % des cas canadiens de variole simienne, le personnel de l’Université York surveille de près la situation. Yanni Dagonas, porte-parole adjoint, affirme que l’établissement « est aux aguets et reste en contact avec les agences de santé publique pour rester au fait des informations au fur et à mesure qu’elles se précisent ». Joint en août, M. Dagonas a également indiqué que l’Université York fournirait des renseignements sur la variole simienne lors de la rentrée universitaire.

« Aucune recommandation particulière [sur la variole simienne] n’a été émise pour les établissements postsecondaires, explique-t-il par courriel. Si les agences de santé publique du Canada et de l’Ontario donnent des directives, l’Université York les appliquera. »

Et si un cas de variole simienne est signalé sur le campus, l’Université « suivra rigoureusement les recommandations de santé publique », avance M. Dagonas

Des représentants de l’Université métropolitaine de Toronto indiquent que l’établissement applique encore de nombreux protocoles contre la COVID-19, dont la désinfection des surfaces et le lavage des mains, qui « devraient aider » à prévenir la propagation de maladies infectieuses, y compris la variole simienne.

« Par ailleurs, nous élaborons actuellement des protocoles de gestion des cas qui pourraient survenir sur le campus, particulièrement dans les résidences, indique l’Université Métropolitaine de Toronto dans une déclaration. Nous continuons de protéger la population universitaire en suivant les recommandations de l’agence torontoise de santé publique quant aux politiques ou aux protocoles de santé et sécurité […] Toute nouvelle information sera communiquée à tous. »

L’Université de Toronto, qui a publié sur son site Web des renseignements et des ressources sur la variole simienne, applique la même approche que les deux autres établissements torontois. Selon une déclaration du service des relations avec les médias, l’Université « continue de travailler avec les bureaux et les autorités de santé publique pour assurer la santé et le bien-être des étudiant.e.s, réduire au minimum les perturbations et offrir une expérience agréable sur le campus ».

Frédérique Mazerolle, agente des relations avec les médias à l’Université McGill, à Montréal, ville où ont été recensés la plupart des 500 cas de variole simienne au Québec, indique que le Pôle bien-être étudiant offre des services, des programmes et des renseignements « pour tout ce qui touche la santé, y compris la variole simienne ». Celle-ci a tenu à préciser que « la santé et le bien-être de la population universitaire demeurent notre priorité […], et nous continuerons de travailler avec la Santé publique et le gouvernement du Québec pour appliquer sur nos campus toutes les mesures de santé et sécurité nécessaires afin d’offrir des milieux d’études et de travail sûrs ».

De son côté, la directrice des services de santé étudiante de l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, ville où ont été recensés 80 % des 125 cas confirmés de variole simienne dans la province à la fin août, affirme que l’Université fait le maximum pour assurer la santé et la sécurité des étudiants et du personnel cet automne.

« L’Université de la Colombie-Britannique s’est dotée d’un cadre de prévention des maladies transmissibles qui décrit comment l’Université, la Santé publique et les individus travaillent ensemble pour prévenir la propagation de ces maladies », explique Lauren Mathany. Elle ajoute que l’établissement travaille avec des unités de santé publique en vue d’offrir aux étudiant.e.s des tests de dépistage et des vaccins contre la variole simienne. Bien que les tests et les traitements soient offerts en priorité aux hommes gais, comme le recommande actuellement les agences de santé publique, Mme Mathany indique que l’Université est « consciente des risques de stigmatisation entourant la maladie » et que « toute personne ayant des contacts prolongés et rapprochés avec une personne atteinte peut être infectée, quelle que soit son orientation sexuelle ».

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