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Conseils Carrière

Combattre le perfectionnisme

Se satisfaire de l’imperfection : attendez-vous à vous sentir mal à l’aise.

par TARA SIEBARTH | 07 MAR 11

Le milieu universitaire comporte d’innombrables pressions et des attentes parfois inatteignables. Obtenir la subvention parfaite, ou encore un poste de professeur ou de chercheur postdoctoral peuvent causer autant de stress que terminer sa thèse. Toutefois, bien que les attentes élevées puissent insuffler du dynamisme à une carrière, elles peuvent aussi engendrer le perfectionnisme et ses effets négatifs.

« Toutes les professions qui font appel à la minutie et à la rigueur peuvent mener à des comportements perfectionnistes, explique Martin Antony, professeur de psychologie à l’Université Ryerson et auteur de l’ouvrage When Perfect Isn’t Good Enough: Strategies for Coping with Perfectionism (Quand la perfection ne suffit plus : stratégies pour composer avec le perfectionnisme). Le comportement perfectionniste établit des normes si élevées qu’il est impossible à quiconque de les atteindre. »

Bien que certains considèrent le perfectionnisme comme étant une bonne chose (ne devrais-je pas me consacrer à 100 pour cent à tout ce que je fais?), M. Antony soutient que le perfectionnisme peut mener à la sous productivité, à l’angoisse, et à la difficulté de trouver un équilibre entre travail et vie personnelle.

Si vous sentez que votre perfectionnisme nuit à votre carrière ou à votre vie personnelle, voici quelques stratégies pouvant vous aider à le combattre.

Stratégie 1 : Reconnaître

Admettre que l’on souffre de perfectionnisme peut être l’étape la plus difficile de toutes. M. Antony raconte qu’il propose à ses clients d’évaluer leur situation de manière scientifique : examinez votre comportement. Corrigez-vous sans cesse la prononciation des autres? Passez-vous trois heures à réviser un courriel? Vos exigences vous aident-elles à améliorer votre rendement ou vous empêchent-elles d’effectuer toutes vos tâches?

« Je fais souvent un exercice très efficace qui consiste à poser la question suivante : “Recommanderiez-vous votre style de vie à quelqu’un d’autre?” Beaucoup répondent non, dit-il, alors on se demande pourquoi ils vivent ainsi. »

Maintenez un journal pour inscrire les tâches que vous terminez en une journée et notez les émotions que vous éprouvez en les accomplissant. N’essayez pas de faire cet exercice à la perfection, car il vous privera du temps que vous devriez consacrer à vos tâches.

Stratégie 2 : Expérimenter

Une fois que vous avez constaté que vous êtes perfectionniste et que votre travail en souffre, vous pouvez amorcer le changement. Une méthode consiste à vous exposer à l’imperfection jusqu’à ce que vous vous sentiez à l’aise. Pour y parvenir, vous devez cerner les situations qui stimulent votre comportement perfectionniste et les noter par ordre de difficulté.

Commencez par les situations les moins difficiles en allant jusqu’aux plus difficiles. Si, par exemple, vous passez des heures à écrire et à corriger vos courriels afin qu’ils ne comportent aucune erreur, essayez d’en envoyer un à votre patron en y insérant intentionnellement quelques erreurs de frappe. S’en rend-il compte? Êtes-vous réprimandé?

« Vous verrez que dans la plupart des cas il y aura peu de conséquences, sinon aucune. Vous devez toutefois vous exposer régulièrement à ces situations, alors attendez-vous à vous sentir mal à l’aise. Si la situation que vous avez choisie comporte assez de difficulté, vous devriez vous sentir mal à l’aise. La réussite consiste à aller jusqu’au bout de l’exercice, peu importe comment vous vous sentez », poursuit M. Antony.

Stratégie 3 : Prévenir

Une autre méthode pour combattre le perfectionnisme consiste à le prévenir. Autrement dit, à éviter d’adopter un comportement perfectionniste dans une situation donnée. Par exemple, ne passez plus des heures à répéter vos notes de cours. Vous vous sentirez mal à l’aise au début, mais une fois que vous aurez constaté que vos étudiants ne critiquent pas votre rendement, votre angoisse disparaîtra.

Stratégie 4 : Remettre en question

Au lieu de présumer de l’exactitude de vos croyances par rapport au perfectionnisme, vérifiez-les. Qu’est-ce qui arriverait si les choses n’allaient pas parfaitement? Que signifie le mot « perfection » selon vous? Est-ce possible d’atteindre la perfection selon cette définition? Écrivez ce que signifie pour vous la perfection dans une situation donnée (par exemple, un cours parfait), et montrez-la à des gens autour de vous. Sont-ils d’accord avec votre définition?

« Il y a constamment de la pression à faire mieux dans le milieu universitaire comme en entreprise : accroître la productivité, réaliser une vente, se faire publier dans la meilleure revue. Je ne dis pas qu’il ne faut pas se fixer d’objectifs, loin de là. Le problème surgit lorsque les gens mesurent leur valeur personnelle en fonction de leur capacité à atteindre ces objectifs. La peur de ne pas être en mesure de répondre aux exigences peut engendrer l’angoisse et même la dépression. » conclut-il.

Ultimement, il s’agit de pouvoir accepter l’imperfection comme une possibilité. Vous ne pouvez pas tout contrôler, ni être prêt à toute éventualité. Si vous sentez que vous auriez besoin d’aide supplémentaire, n’hésitez pas consulter le centre de santé de votre établissement ou un psychologue.

COMMENTAIRES
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  1. Anton / 24 November 2013 at 16:22

    à ce propos un autre article relativisant sur le perfectionnisme positif dans la société moderne : http://bit.ly/1aJVwDH

    Il reste à philosopher – le perfectionnisme “intelligent” peut-il être développé et inculqué aux nouvelles générations ?