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Conseils carrière

Comment relancer vos activités de recherche

Quelques pistes à explorer pour faire face au ralentissement en recherche avec lequel la plupart des chercheurs doivent composer au cours de leur carrière universitaire.

par TIM KENYON | 07 JAN 21

Dans mon texte précédent, j’ai passé en revue certains des facteurs pouvant mener à un essoufflement des activités de recherche des professeurs en milieu de carrière en voie d’obtenir leur permanence. Il n’est pas inhabituel pour les professeurs de vivre une ou deux baisses de régime au cours de leur carrière, car la nature de leur travail de recherche évolue au fil du temps, à l’instar de la vie. Les professeurs adorent la recherche et, dans une certaine mesure, vont même jusqu’à définir leur identité professionnelle en fonction de leurs intérêts et aspirations à cet égard. Les ralentissements peuvent donc s’avérer déconcertants ou démoralisants. Que faire pour les prévenir, en réduire les répercussions et s’en relever?

D’abord, il ne suffit pas toujours d’aller plus vite. Même si certaines stratégies proposées sont conçues pour aider à accélérer un programme de recherche en dormance, d’autres visent à combattre l’impression exagérée qu’un programme de recherche doit toujours aller plus vite, peu importe son niveau d’activité. Il est important de reconnaître la valeur de la patience, et l’importance de laisser les travaux de recherche se déployer à leur propre rythme, en fonction des capacités du chercheur. Ce point est abordé en détail par les nombreuses personnes qui étudient les carrières universitaires et le processus de recherche en tant que tels, comme Barbara Seeber et Maggie Berg dans leur livre The Slow Professor: Challenging the Culture of Speed in the Academy (University of Toronto Press, 2016).

Je tiens à souligner que les suggestions présentées visent à s’adapter à différentes situations. Leur mise en œuvre optimale variera selon les disciplines, les départements, les directeurs de département, les facultés et les doyens de faculté (et, en général, selon les universités, les conventions collectives et les pratiques répandues localement). Veuillez donc les considérer comme des suggestions à évaluer et non à mettre en pratique à tout prix. L’objectif est de s’en servir pour échanger des idées, de choisir celles qui semblent les plus appropriées et de les mettre en œuvre dans la mesure convenable.

Pour commencer, voici quelques idées ou principes généraux :

  1. N’ayez pas peur de modifier l’orientation de vos travaux de recherche. Plutôt que de vous évertuer à approfondir ou à relancer des idées de recherche qui semblent au point mort ou inaccessibles, tournez-vous vers un aspect de vos travaux de recherche qui vous occupera dès maintenant. Votre permanence vous offre la liberté d’étudier ce qui vous stimule actuellement. Elle ne vous oblige pas à vous cantonner dans votre rôle habituel. J’en suis si convaincu que je vous le dirai en gras : travailler sur un sujet qui vous intéresse n’est pas de la triche!
  2. Intégrez vos aspirations et vos travaux de recherche à vos autres activités, ou aux autres possibilités qui s’offrent à vous. Vos atouts en tant que chercheur vont bien au-delà des sujets précis que vous avez déjà étudiés. Ils englobent aussi la façon dont votre créativité et votre expertise orientent votre interprétation d’autres questions, même si celles-ci semblent très loin de vos compétences habituelles. Ils comprennent aussi votre capacité éprouvée à acquérir une nouvelle expertise. Tout ce qui pique votre curiosité, que ce soit au supermarché, dans le train, à un match de soccer ou à l’université, est susceptible d’alimenter vos travaux de recherche.
  3. Orientez et choisissez vos activités de recherche en fonction de votre travail d’enseignement et de supervision d’étudiants. Vous avez choisi cette profession parce que le domaine vous intéresse. Le fait d’enseigner votre matière habituelle, que ce soit aux cycles supérieurs ou au premier cycle, peut vous faire bifurquer dans une nouvelle direction ou donner un souffle nouveau à des travaux qui sont au ralenti.
  4. Combattez et rejetez l’impression que vous devez faire quelque chose d’important en tout temps. Un trou dans votre CV peut faire partir vos idées en vrille. « Maintenant, je dois accomplir quelque chose de vraiment impressionnant pour compenser! Mais je n’ai vraiment pas le temps. » Ne vous laissez pas avoir par ces fausses impressions.
  5. Acceptez que la plupart des chercheurs connaissent, au moins de temps en temps, un ralentissement par rapport à l’activité de leurs débuts. Il s’agit d’un constat qui touche la plupart des carrières universitaires. Ce ralentissement peut permettre une importante réflexion qui ajoutera de la profondeur et de la perspective à vos activités. De nombreux chercheurs extraordinaires de toutes les disciplines ont réalisé leurs travaux (publications, créations, présentations ou brevets) lentement, tout au long de leur vie ou de leur carrière, et ont connu de grands élans de productivité entrecoupés de périodes de réflexion prolongées.
  6. Informez-vous sur les ressources offertes par les bureaux de recherche de votre faculté ou de votre université et mettez-les à profit. Vous pourriez être étonné. D’autres mesures de soutien sont plus informelles et « propres » à votre établissement : il peut s’agir de l’accueil, de l’écoute ou des récits de collègues et d’administrateurs de votre programme ou de votre faculté.

Attardons-nous maintenant aux stratégies un peu plus pratiques, à commencer par celles qui sont le plus susceptibles de prévenir un ralentissement en milieu de carrière ou, s’il est déjà amorcé, d’en réduire les répercussions. (Elles peuvent s’appliquer à toutes les situations dans une certaine mesure.) La plupart des stratégies s’inspirent d’un principe assez général : posez dès maintenant un geste lié à vos travaux de recherche, même s’il a peu d’envergure et une portée limitée, réjouissez-vous de ce que vous avez fait et tirez-en profit.

  • Soumettez un abrégé à une conférence. S’il est accepté, l’exposé sera considéré comme une activité évaluée par les pairs. Et, la rédaction d’un abrégé n’est pas un gros engagement. Vous pourrez rédiger ou préparer l’ensemble de l’exposé une fois qu’il aura été officiellement accepté, ce qui sera aussi plus motivant. En cas de refus, vous serez moins déçu et n’aurez pas perdu grand-chose.
  • Intégrez vos résultats de recherche à vos objectifs personnels en matière d’enseignement. Par exemple, vous pourriez vous fixer l’objectif de publier un article pour une conférence ou une revue dans le cadre d’un séminaire que vous offrez aux cycles supérieurs ou en fin de premier cycle. Vous pouvez même inclure une ou deux ébauches de cet article dans la liste des lectures du cours. Les étudiants pourront ainsi en apprendre davantage sur vos propres travaux de recherche, y compris sur vos travaux en cours. Ils pourraient apprécier ce contact direct avec le processus de rédaction et de révision et en tirer profit.
  • Rédigez une réponse à un article, une critique de livre, un avis critique ou une petite note de discussion et tentez de les faire publier, y compris par des éditeurs qui ne publient que des critiques de livre ou de courts articles. Communiquez avec ces revues ou ces sites spécialisés en critiques pour leur proposer une critique ou une note de discussion. Vos interventions n’ont pas besoin d’être longues : un ou deux paragraphes suffisent. Elles ne nécessitent pas toujours de nouveaux travaux d’envergure, mais elles peuvent grandement contribuer à clarifier une question ou à établir une méthodologie, et peuvent même être abondamment citées. Les notes de discussion et les lettres aux éditeurs d’articles scientifiques et médicaux peuvent s’avérer précieuses et aboutir dans la catégorie des nouveaux enjeux de la revue Nature ou des commentaires techniques de la revue Science.
  • Écrivez un commentaire ou un article d’opinion adapté à une revue universitaire. De nombreuses revues acceptent les articles non sollicités sur des questions universitaires ou professionnelles d’intérêt pour le lectorat. Misez sur votre expérience ou vos opinions plutôt que sur une recherche précise que vous avez récemment menée.
  • Dans toutes les disciplines, il existe des revues savantes crédibles et sérieuses qui présentent des travaux d’érudition pertinents, même si elles sont peu connues ou publient une proportion plutôt élevée de ce qui leur est soumis. Que ce soit dans une revue très prestigieuse ou non, le fait d’être publié influe sur la façon dont votre profil de recherche est perçu par vous-même et par les autres. N’allez pas croire que vous devez afficher une série ininterrompue de grandes réussites sur votre CV. Quelques petites victoires et de modestes signes d’activité sont de très bons moyens de garder le contact avec votre discipline et vos aspirations de recherche.
  • Collaborez à des travaux subventionnés, même si vous vous joignez à l’équipe après coup (par l’intermédiaire d’un centre ou d’un établissement de recherche, par exemple). Vous n’avez pas à être chercheur principal pour faire valoir vos intérêts et votre savoir, ou pour en faire profiter vos étudiants.
  • Offrez de formuler des commentaires sur les articles ou les exposés lors des conférences qui le permettent. Souvent, les organisateurs sont très heureux d’avoir l’avis de participants n’ayant pas soumis d’article. Vous découvrirez en outre de nouveaux travaux d’érudition et tisserez des liens.
  • Présentez des demandes de subvention de recherche, qu’elles soient modestes ou considérables, internes ou externes. Ne vous inquiétez pas des temps morts qui se profilent dans votre CV. En fait, vous vous en souciez probablement bien plus que ceux qui l’évaluent. Une bonne idée de recherche peut changer radicalement les chances qu’une demande soit approuvée, quelles que soient les lacunes d’un CV. N’oubliez pas que vous ne pouvez pas savoir avec certitude (personne ne le peut d’ailleurs) l’issue d’un processus d’évaluation plutôt aléatoire.
  • Réfléchissez à un plan de carrière à moyen ou à long terme fondé sur des ambitions de recherche annuelles et réalistes, et peut-être même d’assez petite envergure. Le simple espoir d’avoir plus de temps ou d’occasions de participer à un projet important (comme un livre, une étude réalisée sur plusieurs sites ou une importante subvention pour l’achat de matériel) à l’avenir ne mène souvent qu’à des déceptions et à un certain isolement, car les perspectives sont restreintes. Il est plus réaliste de se fixer des objectifs annuels précis (rédaction d’un chapitre, étude pilote, temps de recherche avec de l’équipement spécialisé en vue de travaux futurs) tenant compte du temps et de l’attention à y consacrer. Au fil du temps, les projets et les activités de moindre envergure mènent à de grandes choses. Même si votre plan ne se déroule pas exactement comme prévu, il vous permettra de mettre de l’ordre dans vos aspirations et de prévoir le temps et l’attention nécessaires à vos objectifs de recherche.
  • Poursuivez des activités de mentorat en recherche en tout genre – par exemple en offrant des cours ou de la formation à des étudiants au premier cycle ou aux cycles supérieurs et à des chercheurs postdoctoraux. Suivez les réussites d’étudiants utiles à vos recherches, même lorsque vous ne les supervisez plus. Il peut s’agir de leur parcours universitaire, de leurs articles publiés ou de leur propriété intellectuelle. Ces renseignements démontrent la qualité de votre mentorat et pourront vous aider à obtenir des subventions (ainsi qu’une permanence, une promotion ou des prix universitaires). En prime, ils vous rappelleront et rappelleront aux autres que vos travaux de recherche et votre mentorat continuent d’avoir des retombées même lorsque vous en prenez congé pendant un certain temps.

Mais que faire si vos travaux de recherche n’ont pas ralenti, mais plutôt complètement cessé? Qu’arrive-t-il lorsque la prévention et les compromis ne suffisent plus et que votre CV n’est plus troué, mais pratiquement vide? Nous sommes nombreux à avoir traversé une telle épreuve. Dans ma troisième chronique, j’aborderai les stratégies pour y remédier.

Tim Kenyon est vice-recteur à la recherche à l’Université Brock.

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