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CONSEILS CARRIÈRE

Mettre le doigt sur des sujets potentiels d’articles d’opinion

Comment choisir le sujet de vos interventions quand vous décidez d’entrer dans la sphère des commentaires publics?

par MIRA SUCHAROV | 05 JUILLET 19

Ce texte, extrait de Public Influence: A guide to op-ed writing and social media engagement, publié par la University of Toronto Press, 2019, est reproduit et traduit ici avec sa permission.

Voici 16 façons de trouver des idées de textes et d’articles d’opinion liés à votre domaine d’expertise.

1. Restez au fait de l’actualité. Les événements en temps réel offrent les meilleures circonstances pour proposer un texte d’opinion. Bonnes ou mauvaises, la plupart des nouvelles se prêtent aux analyses. Évitez le sensationnalisme, mais sachez qu’après une tragédie, de nombreux lecteurs accueillent favorablement les analyses mesurées et les explications sur les actions à mener. Le décès d’un chef d’État (en fonction ou non) offre la possibilité de faire un bilan et d’analyser l’héritage de cette personne. La promulgation d’une loi, la signature d’un décret ou le débat d’un projet de loi avant son adoption peut être l’occasion d’une intervention. Le discours important d’un dirigeant peut servir de point de départ à un article d’opinion analytique et normatif. Les excuses publiques d’un élu ou une demande d’excuses pour une injustice passée peuvent justifier une analyse sous un angle contemporain. Vous pouvez aussi choisir un anniversaire dont on a trop ou insuffisamment parlé. De même, les élections (dans un État, une province ou un pays) donnent amplement matière à analyse, que ce soit avant ou immédiatement après. Les nominations ou les politiques d’un nouveau gouvernement nécessitent peut-être une interprétation. La création ou les travaux d’une commission gouvernementale exigent peut-être une réaction. Un événement mondial d’importance, comme une crise de réfugiés, est souvent l’occasion de discuter et d’analyser la politique du gouvernement et les efforts que la population déploie pour parrainer et accueillir les réfugiés.

2. Rappelez-vous que mieux vaut tard que jamais. Parfois, le fait d’intervenir plus tard que vous l’auriez souhaité peut faire partie de vos arguments. Par exemple, le cas d’Hassan Diab – un citoyen canadien détenu pendant des années en France après son extradition basée sur des éléments de preuve peu convaincants – a attiré l’attention au pays et à l’étranger bien longtemps avant que je m’y intéresse. Dans notre article, mon collaborateur et moi avons décidé d’aborder le silence que nous avions gardé à l’époque. Six mois plus tard, M. Diab a été libéré et est rentré chez lui, à Ottawa.

3. Envisagez une collaboration, inédite ou non, avec un autre auteur. Vous pouvez le faire de plusieurs façons. La première est de choisir un auteur avec lequel vous êtes généralement d’accord, mais dont le point de vue vient renforcer la crédibilité de vos arguments. Une autre serait de trouver un auteur dont vous ne partagez habituellement pas l’opinion. Selon la question abordée, l’avis de deux auteurs dont les idées politiques sont aux antipodes peut donner encore plus de poids à l’intervention. Examinez cet article d’opinion de Jake Sullivan et Victor Cha dans le Washington Post sur les mesures que les États-Unis devraient adopter à l’égard de la Corée du Nord. M. Sullivan a été conseiller du vice-président démocrate Joe Biden, alors que M. Cha a servi sous le président George W. Bush, un républicain. Le fait qu’ils aient pu s’entendre sur plusieurs mesures tend à prouver que leurs recommandations reposaient sur une connaissance éclairée de la situation et non sur des idées partisanes. (Toutefois, sachez qu’il peut y avoir un prix politique à payer lorsqu’on exprime son opinion. Six mois plus tard, M. Cha – pressenti par le président Trump pour le poste d’ambassadeur des États-Unis en Corée du Sud – a été ignoré après avoir publié un autre article d’opinion dans lequel il s’opposait à des frappes contre la Corée du Nord.) Il m’est aussi arrivé de m’associer à un auteur avec qui j’avais déjà eu un débat informel et houleux sur un autre sujet. La rédaction conjointe d’un article d’opinion nous a permis de jeter un nouveau regard sur une question épineuse.

Une troisième façon d’exploiter un partenariat consiste à publier, avec un ou plusieurs collègues, au moins deux articles de style débat. C’est ce genre de publications qu’on retrouve dans la section Room for Debate du New York Times. Les auteurs Thomas Juneau et Roland Paris ont aussi eu cette démarche dans le Globe and Mail pour débattre de la mission du Canada en Irak.

4. Assurez-vous d’inscrire votre sujet dans l’actualité, même si l’article en soi est pérenne; ainsi il restera pertinent, car la question ne sera jamais caduque. Dans l’exemple ci-dessus, lorsque mon collaborateur et moi avons soumis notre article, le rédacteur en chef nous a fait remarquer qu’il était pérenne. D’une part, les articles pérennes ont une valeur certaine, car les lecteurs pourront les consulter bien après leur publication initiale. (D’ailleurs, j’utilise encore l’article ci-dessus dans mon cours sur Israël et la Palestine.) D’autre part, ces articles nécessitent un ancrage dans l’actualité afin que le rédacteur en chef ait envie de les publier en priorité. Nous avons donc remanié le chapeau (la phrase d’ouverture) afin qu’il mentionne la présence récente de représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) israéliennes et américaines au Conseil de sécurité de l’ONU. Pour encadrer nos arguments, nous avons soulevé une question de politique que les ONG ont omise dans leurs discours.

Veuillez noter que même s’il intéresse moins la rédaction des pages d’opinion, un article analytique sans lien avec l’actualité peut se révéler pertinent dans un blogue universitaire. Et si vous l’étoffez pour en faire une analyse qui ne renvoie à aucune période particulière, vous pourrez l’intégrer dans un magazine d’actualités ou une publication connexe.

5. Entretenez un vaste réseau et restez attentif aux sources internes susceptibles de vous fournir de l’information exclusive. Cela m’est arrivé lorsqu’un membre d’un important groupe Facebook m’a transmis des saisies d’écran prises lors d’une discussion animée sur Israël et la Palestine. Dans le document consécutif, j’ai présenté les images de manière intéressante pour les lecteurs, essayé de communiquer des points précis sur l’histoire d’Israël et de la Palestine et exprimé quelques avis politiques personnels. (J’ai supprimé des images tous les renseignements d’identification pour protéger la vie privée des sujets.) D’autres sources me tiennent au courant, par exemple, des campagnes d’ONG que je mentionne parfois pour aborder une question plus vaste.

6. Si vous êtes fortement en désaccord avec un article d’opinion, rédigez votre propre article en guise de contrepoids. De nombreux rédacteurs en chef accueillent favorablement les opinions qui contrastent avec celles qu’ils viennent de publier. Ils évitent ainsi d’éventuelles allégations de partialité et attirent un lectorat varié.

7. Si vous venez de publier un livre ou les résultats d’une étude importante, présentez-en les faits saillants sous forme d’article d’opinion, surtout si vous pouvez ancrer ces faits dans l’actualité. Prenez l’exemple de Zeynep Tufekci, dont le livre Twitter and Tear Gas: The Power and Fragility of Networked Protest allait sortir quand elle a écrit un article sur la Marche des femmes de 2017 d’après ses recherches. Ou celui de James Loeffler, qui a condensé les arguments de son plus récent livre, Rooted Cosmopolitans: Jews and Human Rights in the Twentieth Century, et relié son article au 70e anniversaire de la création d’Israël. Ces deux articles d’opinion ont paru dans le New York Times.

8. Surveillez les rumeurs dans les médias sociaux. Les débats sur les plateformes des médias sociaux peuvent vous éclairer sur la façon dont la population aborde certaines questions. Parfois, comprendre l’opinion de la société est tout aussi important que de cerner l’enjeu proprement dit. L’objet des politiques – réforme du système de santé, légalisation de la marijuana, nombre de réfugiés à admettre, contrôle des armes à feu, campagne BDS (boycottage, désinvestissement et sanctions) contre Israël – dépend largement de l’opinion publique. Une tendance émergente dans les médias sociaux, telle que le mouvement #MoiAussi, peut vous amener à jeter sur le phénomène un nouvel éclairage en l’enrichissant de votre expérience. Avant la naissance du mouvement #MoiAussi, j’ai écrit deux articles, l’un motivé par les allégations contre Bill Cosby et l’autre, par les allégations contre un journaliste israélien bien connu, puisant dans ma propre expérience de victime de harcèlement sexuel et de coercition. L’ancrage de mon expérience dans les gros titres m’a permis d’inscrire mon article, dont le sujet est intemporel, dans le cycle des actualités. Lorsque le mot-clic #MoiAussi a été créé, j’ai pu rediffuser ces articles dans mes médias sociaux si je le souhaitais. (Lorsque vous rediffusez d’anciens textes, il est important d’indiquer aux lecteurs le mois ou l’année de la publication originale.)

L’émergence d’un mot-clic obscur, surtout un mot-clic qui passe inaperçu parce qu’il concerne un autre pays ou une sous-culture, peut aussi être l’occasion de rédiger un article d’opinion. J’ai moi-même déjà écrit un texte à propos d’un mot-clic créé en Israël pour sensibiliser les lecteurs aux agressions sexuelles dans l’armée israélienne.

9. Par rapport aux exemples ci-dessus, avez-vous déjà vécu une expérience troublante, inquiétante ou surprenante qui révèle des forces sociales ou politiques plus larges à l’œuvre? Par exemple, un auteur à qui les services frontaliers d’un aéroport israélien avaient refusé l’entrée au pays s’est servi de cette expérience pour écrire un article sur l’identité palestinienne, les organismes de défense des droits de la personne et le mouvement de boycottage. Charles M. Blow, chroniqueur au New York Times, a livré un récit poignant de l’arrestation de son fils à la pointe d’un fusil sur un campus universitaire, un incident qui illustre crûment le racisme à notre époque. Nous sommes des conteurs : nos histoires personnelles attirent les lecteurs, se gravent davantage dans leur mémoire et peuvent donner plus de substance aux questions abstraites. Comme l’ont prouvé les psychologues, les histoires inspirantes captent non seulement notre attention, mais elles nous poussent aussi à agir.

10. Profitez des activités annuelles, comme les fêtes ou d’autres événements saisonniers, pour sensibiliser les lecteurs aux questions pressantes. La rentrée peut être l’occasion pour les professeurs d’attirer l’attention sur un problème scolaire, universitaire ou pédagogique. Noël se prête aux discussions sur des sujets aussi variés que le rôle de la religion dans l’espace public, le multiculturalisme, la surconsommation, la pauvreté, la faim, la solitude et la santé mentale. La fête de l’Action de grâces aux États-Unis peut être l’occasion de rédiger un article sur les questions autochtones, l’éthique alimentaire et les façons de discuter de politique sans créer de tensions familiales. Et l’Action de grâce canadienne peut être l’occasion de se demander s’il s’agit réellement d’une fête œcuménique.

11. Si vous voyagez, envisagez une visite qui sort des sentiers battus et utilisez-la pour expliquer un événement historique, social ou politique mal connu dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. C’est ce que j’ai fait lorsque j’ai demandé au fondateur d’une ONG en Israël de me montrer les sites des villages palestiniens détruits aux environs de Tel-Aviv. J’ai aussi écrit un article après avoir visité une école de Jérusalem axée sur la cohabitation, puis interviewé plusieurs anciens élèves. Vous pouvez réaliser ces entrevues au téléphone ou avec Skype à votre retour de voyage.

12. Voyagez à l’échelle locale. Presque toutes les villes où nous habitons ont quelque chose de potentiellement inspirant à offrir. Il peut s’agir d’un lieu historique, d’un musée, d’un exemple flagrant de planification urbaine problématique ou même d’un résident dont l’histoire peut illustrer une question plus vaste d’intérêt public.

13. Surveillez la sortie de films liés à votre domaine d’expertise. Même s’ils publient des critiques, les journaux peuvent accueillir favorablement un article d’opinion sur une question soulevée par une récente production cinématographique.

14. Restez à l’affût des résultats des sondages. Lorsqu’un enjeu émerge, les pages d’opinion cherchent à publier des analyses et des recommandations d’experts. J’ai publié un article lorsque le Pew Research Center a effectué un sondage auprès des Juifs d’Israël.

15. À la suite des retombées d’un article d’opinion que vous avez écrit, publiez-en un second sur cette première expérience. Cela m’est arrivé plus d’une fois.

16. Observez vos expériences au quotidien et prêtez une attention particulière à vos propres conclusions. Une conversation intérieure pourrait fort bien se transformer en article cohérent si vous préparez vos arguments avec soin. J’ai publié l’un de mes premiers articles d’opinion dans l’Ottawa Citizen après avoir passé trois jours à la Foire des universités de l’Ontario où j’ai rencontré des étudiants potentiels et leurs parents. La fréquence à laquelle les parents parlaient au nom et à la place de leur enfant m’a laissée perplexe.

Mira Sucharov est professeure agrégée de sciences politiques à l’Université Carleton.

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