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CONSEILS CARRIÈRE

Professeurs, publiez sur Twitter avec prudence

Plus le temps passe, plus j’ai de réticences à me servir des médias sociaux.

par DAVID SMITH | 18 DÉC 18

Au début de 2016, j’ai écrit un article pour une revue de biologie invitant les scientifiques à diffuser leurs travaux de recherche auprès du grand public. Peu après sa parution, j’ai publié un lien vers l’article sur Twitter. Ce gazouillis a rapidement été relayé plus de 200 fois, ce qui représentait plus de reprises sur les médias sociaux que je n’en avais jamais eues.

Je suis alors entré dans la cuisine en me donnant un air important et j’ai dit à ma femme : « Tu as devant toi une célébrité sur Twitter. Un de mes articles suscite beaucoup d’attention en ligne. » D’un air méfiant, elle m’a demandé : « Quel type d’attention? Bonne ou mauvaise? » « Bonne, bien sûr », ai-je dit, avant de me précipiter vers mon ordinateur pour vérifier.

Il s’est avéré que tout l’univers Twitter s’était retourné en bloc contre moi pour avoir publié un article encourageant la communication de la science dans une revue réservée aux abonnés – ou, comme un gazouillis le faisait valoir : « Involontairement ridicule : demander aux #scientifiques de diffuser leurs travaux auprès du grand public en publiant un article dans une revue payante. Mauvaise idée. » (À ma défense, c’était la seule revue qui avait accepté de publier mon essai.) Ma femme a bien ri en voyant ma notoriété croître les jours suivants.

Au cours des dernières années, j’ai commis d’autres faux pas en ligne, et plus le temps passe, plus j’ai de réticences à utiliser les médias sociaux. Je n’en suis pas fier, mais j’avoue que j’évite farouchement de participer à tout débat en ligne, particulièrement s’il est question d’enjeux sociaux ou politiques. C’est dommage parce que, comme la plupart des universitaires, j’ai des opinions tranchées sur de nombreux sujets qui ne concernent pas que mon domaine. Cependant, je crois qu’exprimer mes idées – et potentiellement offenser quelqu’un ou me faire l’ennemi de tout un mouvement – pourrait m’attirer plus de problèmes que d’avantages.

Qui sera le prochain à subir la tyrannie des médias sociaux? Quelle personne ou quelle profession sera dénoncée, traînée dans la boue et fustigée en ligne aujourd’hui?

Ces incidents vous suivent même dans les salles de classe, car la plupart des étudiants ont un ou plusieurs comptes de médias sociaux et souvent des centaines d’amis ou d’abonnés. Ce qui accroît le nombre de personnes qui vous ont à l’œil peu importe la salle de classe. Malheureusement, je donne un cours sur la génétique à un assez grand groupe d’étudiants et j’ai l’habitude de sous-estimer largement l’embarras dans lequel je peux me placer.

Je vais peut-être vous sembler paranoïaque et excessif, mais, croyez-moi, depuis mon tout jeune âge j’ai commis bien des maladresses en public. Ajoutez une dose de dyslexie et un penchant pour les blagues mal racontées, et vous avez la recette parfaite pour un gazouillis viral :

« Un prof de #génétique raconte la pire blague sur l’ADN JAMAIS RACONTÉE! »

« Incroyable : un biologiste confond Watson et Crick. »

« Un #bizarroïde compare la semaine d’accueil aux comportements d’accouplement des ciliés. »

Hélas, comme les nouvelles circulent maintenant jour et nuit, la viralité sur les médias sociaux n’a rien de drôle.

J’aime, je n’aime pas

Récemment, pendant un congé parental, j’ai passé beaucoup trop de temps à parcourir les sites de nouvelles tout en rebondissant assis sur un ballon d’exercice pour calmer mon fils de six mois. Un jour, je suis tombé sur un article du New Yorker traitant de nationalisme, dont une partie renvoyait à un site Web prônant la suprématie blanche, The Daily Stormer.

Intrigué et troublé par l’article, j’ai décidé de visiter le site Web moi-même, ce qui m’a mené à son salon de clavardage – aussi épouvantable que vous pouvez l’imaginer – et à son fil Twitter.

J’étais là, sur le ballon d’exercice, le bébé d’un côté, l’iPhone de l’autre, faisant défiler ces épouvantables gazouillis qui ne faisaient qu’appuyer les arguments de l’article du New Yorker, lorsque, par mégarde, mon pouce a appuyé sur le bouton « J’aime » de l’une des publications du Daily Stormer.

En quelques secondes, j’ai vu ma carrière sur le point de s’écrouler :

« Un professeur de biologie soutient des idées racistes. »

« Un membre du corps professoral de l’Université Western renvoyé pour une publication néonazie sur Twitter. »

En panique, j’ai cherché sur Google « comment retirer la mention J’aime d’un gazouillis » (ce qui s’est avéré étonnamment facile).

Utiliser les médias sociaux comporte une grande part de risques qu’il faut être prêt à assumer. Il semble que les critiques soient plus virulentes et aient plus de portée qu’auparavant, et que toute personne qui se retrouve sous l’œil scrutateur de la population – athlète, politicien, professeur, etc. – pourrait profiter d’une assurance médias sociaux : une protection contre les gazouillis accidentels et ceux qui relaient votre blague sur la génétique hors contexte ou un moyen de disparaître de Facebook si votre article fait de vous un souffre-douleur.

À voir comment vont les choses, nous allons peut-être tous finir sur le banc des punitions numériques un jour, et peut-être qu’une assurance nous rassurerait lorsque vient le temps de s’exprimer.

David Smith est professeur adjoint au département de biologie de l’Université Western.

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