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CONSEILS CARRIÈRE

Repenser l’encadrement des étudiants aux cycles supérieurs

Les universités ont commencé à offrir aux professeurs du perfectionnement axé sur les pratiques efficaces d’encadrement.

par MELANIE J. GREENE, MARIE VANDER KLOET & MICHAL KASPRZAK | 06 MAR 18

Lorsque des étudiants aux cycles supérieurs ne terminent pas leurs études, les établissements et les départements évoquent souvent leur mauvaise adaptation, leur manque de motivation et d’initiative, ainsi qu’une longue liste de lacunes sur le plan personnel (p. ex. le fait qu’ils n’étaient « pas faits pour ça »). Dans bien des cas, les directeurs de thèse ou de mémoire rejettent le blâme, soutenant que les étudiants étaient mal préparés, voire carrément « mauvais ». Selon des études réalistes, ces échecs découleraient plutôt d’un manque de soutien financier, de problèmes de santé mentale, de cultures départementales défavorables et d’autres facteurs systémiques. Peu d’attention est toutefois portée à un facteur qui saute aux yeux : un encadrement inadéquat.

Le déséquilibre des pouvoirs empêche les étudiants de dénoncer l’inadéquation de leur encadrement, et ses effets sur le progrès de leurs études et leur future carrière. Seuls quelques étudiants courageux (ou désespérés) osent formuler des plaintes formelles par les voies officielles. Les méthodes et les modèles de résolution de conflits des établissements visent en partie à faciliter la communication entre l’étudiant et son directeur, mais rarement à remédier aux problèmes systémiques qui nuisent à leur relation.

Partout au Canada, les établissements peinent à trouver comment assurer un encadrement efficace des étudiants aux cycles supérieurs. Diverses et inégales, leurs solutions sont principalement fondées sur les Principes directeurs de l’encadrement des étudiants des cycles supérieurs publiés il y a une décennie par l’Association canadienne pour les études supérieures. La plupart des universités canadiennes s’en sont inspirées pour élaborer leurs propres lignes directrices, ce qui a créé deux problèmes : les professeurs ignorent souvent leur existence et les utilisent peu, mais surtout, les établissements voient dans ces lignes directrices une solution complète aux problèmes, plutôt qu’un premier pas vers un débat sérieux sur l’encadrement.

Certaines universités ont effectué un travail original et approfondi pour améliorer l’encadrement. L’Université McGill, par exemple, a effectué une enquête dont les résultats ont servi à créer un portail Web qui regorge de ressources et de stratégies fondées sur des données probantes. L’Université de Toronto et l’Université de Victoria, pour leur part, ont récemment publié à l’intention des étudiants, des professeurs et du personnel des lignes directrices complètes sur l’encadrement, dont le succès dépend autant de l’étudiant que du directeur. Ces lignes directrices mettent en lumière la dualité de l’encadrement : le suivi et les conseils d’une part, le mentorat de l’autre. Certains établissements décernent aussi un prix pour récompenser l’excellence de l’encadrement aux cycles supérieurs.

Malgré l’utilité de ces stratégies, la question de la formation et du perfectionnement des professeurs en matière d’encadrement n’est pas abordée, car les administrateurs universitaires continuent de mettre l’accent sur les procédures et les plaintes officielles, de même que les initiatives menées par les services d’aide aux étudiants. En réalité, la plupart des nouveaux professeurs et ceux qui n’ont jamais fait d’encadrement participent rarement à des séances de perfectionnement professionnel ou de formation, et ne demandent pas conseil. Les établissements ne le leur imposent d’ailleurs pas.

Comme pour la majeure partie des tâches d’enseignement, on présume que les professeurs sont en mesure d’apprendre à encadrer par des méthodes et des moyens indéfinis. Il n’est donc pas étonnant qu’ils optent pour des pratiques inspirées de leur propre expérience en tant qu’étudiant aux cycles supérieurs ou de celles de leurs collègues plus âgés, tout en tentant d’éviter les erreurs qu’ils observent chez les autres.

Conscientes de la nécessité d’offrir aux professeurs des possibilités de perfectionnement axées sur les pratiques efficaces d’encadrement, les universités ont lentement commencé à mettre en place des programmes de formation. Le programme primé que propose l’Université Memorial en matière d’encadrement des étudiants aux cycles supérieurs est exemplaire pour quatre raisons.

Premièrement, ce programme multidisciplinaire est le fruit d’une collaboration entre le Centre pour l’innovation en matière d’enseignement et d’apprentissage et l’École des études supérieures de l’établissement. Des responsables de l’élaboration de programmes de formation, des professionnels du domaine et des administrateurs ont collaboré à sa création.

Deuxièmement, le programme repose sur des données probantes qui favorisent le perfectionnement professionnel des professeurs, l’efficacité de l’encadrement, des étudiants aux cycles supérieurs, la réduction du temps d’obtention du diplôme et du taux d’abandon, ainsi que la maximisation des résultats des étudiants.

Troisièmement, la souplesse de ce programme de neuf semaines – qui est à la fois offert en ligne et selon une formule hybride – permet d’explorer trois grands thèmes.

Enfin, le programme a contribué à créer une communauté de praticiens en pleine expansion, dont les membres remettent en question la manière dont les professeurs apprennent à encadrer et selon laquelle l’enseignement aux cycles supérieurs doit être repensé. Ce réseau permet aux professeurs d’exprimer leurs préoccupations, de faire part de leurs expériences et d’apprendre de leurs pairs, tout en leur donnant accès aux ressources nécessaires pour assurer l’efficience et l’efficacité des communications et du mentorat avec les étudiants.

Les auteurs sont membres de l’Avancement des asssistants d’enseignement et des étudiants des cycles supérieurs (AAEECS) qui vise à accroître le profil du développement professionnel des assistants d’enseignement et des étudiants des cycles supérieurs au Canada.

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