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L’universitaire épanoui

Bonne année et bon succès dans vos apprentissages!

Tandis que vous réfléchissez à ce qui vous attend en 2022, sortez de votre zone de confort et osez un nouvel apprentissage ardu : l’introspection.

par BAILEY SOUSA & ALEXANDER CLARK | 09 FEV 22

En 2022, quel est votre objectif principal d’apprentissage? Pas un objectif facile, comme ce nouvel outil des ressources humaines qu’on souhaite maîtriser depuis longtemps, ou encore l’amélioration de ses compétences en rédaction. Non, cet objectif doit sortir de votre zone de confort et demander de se plonger en soi, d’être vulnérable, de cohabiter avec l’inconfort et le doute. Réaliser une introspection qui implique de travailler sur soi, de chercher à comprendre ce qu’on cache au plus profond de soi – ce qui vous fait honte, vous met sur la défensive, ou, le plus souvent, ce à quoi vous éviter de vous attaquer.

Saurez-vous faire cet apprentissage et aborder consciemment cette difficile introspection? Aurez-vous le courage d’entrer dans un état de vulnérabilité, et d’y rester? Cet exercice vous demandera d’être perpétuellement curieux lorsque quelque chose vous échappe, sur les parts de vous difficiles à admettre ou à accepter. Apprendre, c’est le soi qui évolue, mais comment évoluer dans notre apprentissage de soi?

Aborder sincèrement et de front cet apprentissage, avec la curiosité nécessaire, est particulièrement ardu de par notre langue et notre culture. Dans la sphère universitaire, la notion d’« apprentissage » est sans fin. Des premiers pas de l’humain aux compétences estimées dans un milieu professionnel; de la maîtrise des outils du quotidien à l’égratignure d’une impénétrable et transcendante connaissance de soi.

Pareil pour la notion de curiosité. Elle évoque de douces images d’exploration qui réchauffent le cœur et nous égaient : pourquoi est-ce que j’aime tant mon restaurant étoile Michelin fétiche?! Et pourtant, une réelle curiosité s’accompagne plutôt d’une peur morbide que d’un petit intérêt. Qu’est-ce qu’on ne vous dit pas? Qu’est-ce qui dérange ceux qui interagissent avec vous, sans que vous en ayez la moindre idée? Si vous vous pensez doué, alors pourquoi est-ce que vous n’arrivez pas à influencer les autres sur les questions qui vous tiennent à cœur? Avoir la curiosité nécessaire pour se regarder en face, c’est l’apprentissage le plus dur et parfois même cruel qu’on puisse faire.

La culture du travail du milieu universitaire empêche cet apprentissage de soi. D’instinct, l’idée d’être confronté à ce qu’on redoute le plus de soi rebute, voire fait fuir. Nombreux sont ceux qui, malgré leur intelligence et leurs compétences, passent toute leur carrière dans une agréable inconscience de soi, habités par un fil sans fin d’excuses : « les problèmes viennent de partout, sauf de moi ».

Cet évitement entraîne des pertes majeures, incalculables, vastes et profondes. En résultent des milieux de travail minés par des décisions repoussées ou regrettables et par d’amers conflits qui auraient pu être évités. En résultent de l’intimidation, du manque de savoir-vivre, et du carriérisme destructeur. En découlent des dépendances personnelles qui engourdissent – les excès, de travail ou d’alcool; la rage à s’en arracher les cheveux; ou l’évocation de son rang pour se tirer d’affaire. Le tout prend racine non pas dans les défauts individuels, mais dans l’ennemi véritable de l’apprentissage de soi : l’ego.

Ensemble, mettons-nous au défi de choisir ce que nous voulons apprendre sur nous-mêmes en 2022. Pensez-y; réfléchissez une fois, puis deux, à ce que vous devez apprendre sur vous. Quand la peur vous gagne, c’est que vous avez presque trouvé.

Notez ce que vous devez apprendre. Puis fixez-vous un objectif et dressez un plan pour l’atteindre. Votre parcours vous demandera de lire et de réfléchir consciemment. Dialoguez avec vous-mêmes et avec les autres. Faites appel au coaching ou au mentorat, aussi. La vulnérabilité n’est pas une conséquence fâcheuse de cet exercice, elle est indispensable.

Pour vous aider à cheminer, nous vous recommandons d’anticiper vos réactions, bien naturelles, à votre vulnérabilité. Vous serez peut-être sur la défensive et reviendrez à vos préjugés, et un ami avec un bon sens critique pourra vous aider à confronter ce que vous ne voulez ou ne pouvez pas voir. Trouvez quelqu’un qui vous aidera à respecter l’engagement que vous avez pris envers vous-même, ou un mentor à l’université qui pourra vous tendre une oreille attentive, qui vous remettra en question et vous rassurera, pour ne pas perdre votre objectif de vue. N’oubliez pas : de par sa nature, l’aventure ne sera ni agréable, ni paisible, ni rationnelle. Être vulnérable, par défaut, oblige à cesser de refouler certaines émotions, de se détacher de nos expériences ou de les intellectualiser. N’oubliez pas que la vulnérabilité, c’est à la fois la poursuite d’émotions incertaines comme la confusion ou la désorientation, ainsi que l’analyse de réactions vives comme la colère ou la frustration.

Et si toute cette introspection vous semble trop exigeante ou futile, c’est peut-être là que se trouve le nœud du problème. Il s’agit de l’apprentissage le plus riche que vous puissiez faire cette année, et du plus beau cadeau que vous puissiez offrir à vos collègues, à vos étudiants, à votre discipline et, surtout, à vous-même. Il n’y a rien qui n’ait autant de valeur, sur le plan professionnel ou personnel. Pour reprendre les paroles célèbres de John F. Kennedy, prononcés lors d’une mission mémorable : ne le faites pas parce que c’est facile, mais bien parce que c’est difficile.

À PROPOS BAILEY SOUSA & ALEXANDER CLARK
Bailey Sousa & Alexander Clark
Alexander Clark est doyen de la Faculté des disciplines en santé de l’Université Athabasca. Bailey Sousa, habituellement à l’emploi de l’Université de l’Alberta, est actuellement en détachement auprès du ministère de l’Enseignement supérieur de l’Alberta. Ils ont cofondé l’entreprise The Effective, Successful, Happy Academic et cosignent le livre How to Be a Happy Academic (Sage: London, 2018). Ils ont une passion commune pour l’efficacité et l’aspiration dans le travail universitaire.
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