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L’universitaire épanoui

La mentalité constructive : un superpouvoir qui attire le succès

De nombreuses pratiques universitaires cristallisent une mentalité fixe chez les professeurs, chez les étudiants et dans le milieu du travail.

par BAILEY SOUSA & ALEXANDER CLARK | 20 JUILLET 22

Vous considérez-vous davantage comme un curriculum vitæ en évolution qu’une personne en évolution? Voilà une question qui permet de comprendre l’essence de votre mentalité, ce système cognitif puissamment cohésif qui influence non seulement vos croyances, vos objectifs, vos gestes et les efforts que vous déployez dans diverses situations, mais aussi votre capacité de réussir ce que vous entreprenez au travail et dans la vie.

Pensez-y un instant. Maintenant. Aujourd’hui. Vous possédez déjà en vous un superpouvoir avéré grâce auquel vous pouvez vous améliorer, vous perfectionner et réussir, quels que soient le domaine et la situation. En plus, votre superpouvoir peut aider vos étudiants et vos collègues à progresser. Trop beau pour être vrai? Pourtant, c’est prouvé scientifiquement!

Mais pourquoi, pourrait-on se demander, le milieu universitaire tarde-t-il autant à s’attarder à la mentalité une approche déjà implantée depuis belle lurette en enseignement préscolaire et primaire? Même si la science démontre aujourd’hui que la mentalité influence nombre de choses qui nous tiennent à cœur, beaucoup ignorent toujours – ou préfèrent ignorer – qu’elle a une profonde influence sur la réalisation du potentiel d’un individu.

Comme le démontrent les travaux de psychologie pédiatrique de Carol Dweck, psychologue à l’Université Stanford, la mentalité, dans une situation donnée, peut couvrir un spectre allant de la mentalité fixe (théorie de l’intelligence de l’entité) à une mentalité constructive (théorie de l’intelligence incrémentielle), selon que l’on croit implicitement que l’intelligence, les aptitudes et les talents sont « fixes » ou qu’ils peuvent se « développer ».

Et si votre mentalité constructive prévaut dans certaines situations (apprendre à utiliser un nouveau téléphone ou de nouvelles méthodes de recherche), dans d’autres, la mentalité fixe prime lorsque vous souhaitez, par exemple, améliorer votre écoute, ou perdre ou maintenir un certain poids physique. La neuroscience montre que chacun possède une mentalité prédominante, qui influencera ses actions et même ses pensées. Celle-ci à la fois reflète et façonne les connexions des centres d’apprentissage du cerveau. D’ailleurs, les circuits neurologiques existants peuvent vraiment compliquer l’adoption d’une nouvelle mentalité.

La mentalité se forge au fil des interactions survenues durant l’enfance, et des commentaires reçus par des figures d’autorité. Une rétroaction qui vise la personne, en attribuant le résultat à la présence ou non d’une habileté ou d’un talent, conditionnera une mentalité fixe : « Tu as un esprit vif », ou encore « Tu n’es pas très bon en math ». À l’inverse, une rétroaction axée sur le processus peut conditionner une mentalité constructive : « On voit que tu as travaillé fort sur ce devoir », ou « Tu n’as pas encore maîtrisé le concept, mais tu es sur la bonne voie ».

La mentalité est au cœur de la réussite ou de l’échec : si vous avez une mentalité fixe, vous percevrez vos succès comme la confirmation de talents et d’habiletés innés, ce qui est très rassurant sur le plan psychologique. Inversement, si vous vivez ou anticipez une situation d’échec, votre confiance pourrait être ébranlée. C’est que votre mentalité n’admet pas que le plus important, c’est d’apprendre pour s’améliorer. Vous aurez alors tendance à vous fixer des objectifs moins ambitieux pour vous donner l’illusion de réussir davantage de projets ou pour chasser le spectre de l’échec.

Si vous avez plutôt une mentalité constructive, vous verrez la réussite et l’échec non pas comme le reflet de vos talents et de vos habiletés, mais comme un moyen d’apprendre, peu importe ce qu’il en résulte. Fait important : dans de vastes méta-analyses, la mentalité constructive a été associée à une amélioration constante des compétences, des résultats et des accomplissements, peu importe le genre ou le degré de confiance en soi. C’est essentiellement le « paradoxe du succès » : pour réussir, il faut accorder la priorité à l’apprentissage, pas au succès.

Voilà qui est encourageant pour le milieu de l’enseignement supérieur. Qui d’autre que nous peut donner à l’apprentissage ses lettres de noblesse? Et pourtant, on observe dans les universités une fausse mentalité constructive. C’est plutôt la mentalité fixe qui domine, et on ne compte plus ses manifestations : rétroaction axée sur la personne et le talent, louanges devant les réussites (nouvelles bourses, articles, prix), ouverture à l’apprentissage uniquement dans un espace sûr (méthode, connaissances techniques). Les occasions d’adopter une véritable mentalité constructive ne sont pourtant pas rares, si l’on pense à la gestion des projets ou à nos relations avec les personnes qui ont des valeurs différentes.

Et si votre mentalité influence vos chances de succès, elle peut aussi influencer celles de vos étudiants, de vos collègues et des autres membres du personnel. C’est parce que les personnes qui ont une mentalité fixe tendent à tenir pour acquis que c’est la même chose pour les autres. En d’autres mots, un professeur qui croit avoir connu du succès dans son domaine à cause de son talent en analyse est plus susceptible de voir ses étudiants selon deux catégories : ceux qui peuvent développer ce talent et ceux – et c’est décisif – qui ne peuvent pas. Étonnamment – et malheureusement –, cette vision se reflète ensuite dans l’opinion qu’a l’étudiant de sa propre capacité à s’améliorer. Une mentalité fixe chez l’enseignant entraîne une mentalité fixe chez les étudiants qui, du même coup, connaissent de moins bons résultats et pensent ne pas avoir la capacité de progresser parce qu’ils ont un manque de talent intrinsèque.

Vous croyez que ça ne s’applique pas à vous? À moins de consacrer au moins une heure par semaine à votre croissance personnelle, évitez de rapidement conclure que votre mentalité prédominante est constructive. Inspirez-vous plutôt de l’Institut NeuroLeadership, et appliquez-vous à faire de petites tâches qui aideront votre cerveau à développer son superpouvoir : sa mentalité constructive.

Faire ses preuves ou s’améliorer?

Souvenez-vous que la mentalité fixe vous demande constamment de faire vos preuves, alors que la mentalité constructive mise sur l’amélioration. Trouvez des domaines dans lesquels vous vous sentez moins apte au travail et dans la vie. Ensuite, dressez un plan pour aiguiser vos compétences. Tentez de ne pas surfer sur votre dernière réussite (article accepté, auditoire enthousiaste). Appuyez-vous plutôt sur votre désir constant de faire le point et de cheminer.

Non pas mieux que les autres, mais mieux qu’avant

Une mentalité fixe raffole de la comparaison. La prochaine fois que vous vous surprendrez à vous valoriser à la suite d’une comparaison avec quelqu’un d’autre, prenez un instant pour corriger vos pensées et vous concentrer sur ce que vous pouvez faire mieux qu’avant.

De la démonstration à l’acquisition

Même si c’est vraiment agréable quand quelqu’un nous dit qu’on se débrouille bien, tournez votre regard vers vous-même et ce que vous pouvez faire pour réaliser votre potentiel. Quand on cherche trop à montrer aux autres qu’on réussit (petite vantardise au détour d’une conversation, publication d’articles dans des revues prédatrices), on finit en fait par devenir moins ambitieux et à connaître moins de succès au fil du temps. Cherchez plutôt à ne « jamais vous arrêter », et consacrez votre temps (au moins une heure par semaine) à apprendre, surtout dans un domaine où vous excellez moins.

Manquer son coup… et en tirer des leçons

Le milieu universitaire est un aimant à échecs. La mentalité constructive est un moyen positif de connaître des réussites et de protéger sa santé mentale : il permet de prendre le contrôle des échecs, en dépit de processus universitaires souvent incontrôlables. Vous ne pouvez pas décider si l’on acceptera votre article ou votre demande de bourse, mais vous pouvez toujours choisir d’apprendre d’un échec. L’échec est inévitable en milieu universitaire. Mais on peut quand même en tirer des leçons.

Le monde universitaire a besoin que l’on soit plus nombreux à changer de mentalité. Or, notre éducation, notre cerveau et notre culture du travail sont autant de freins à ce changement. On peut bien se faire croire qu’on valorise l’apprentissage, mais nombreuses sont les pratiques universitaires qui cristallisent une mentalité fixe chez les professeurs, chez les étudiants et dans le milieu du travail. L’obsession culturelle que nous entretenons pour le talent nous empêche d’atteindre le succès tant convoité. À ceux et celles qui ont vraiment une mentalité constructive : devant un tel état des choses, que feriez-vous?

À PROPOS BAILEY SOUSA & ALEXANDER CLARK
Bailey Sousa & Alexander Clark
Alexander Clark est doyen de la Faculté des disciplines en santé de l’Université Athabasca. Bailey Sousa, habituellement à l’emploi de l’Université de l’Alberta, est actuellement en détachement auprès du ministère de l’Enseignement supérieur de l’Alberta. Ils ont cofondé l’entreprise The Effective, Successful, Happy Academic et cosignent le livre How to Be a Happy Academic (Sage: London, 2018). Ils ont une passion commune pour l’efficacité et l’aspiration dans le travail universitaire.
COMMENTAIRES
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  1. Le Fustec Anne / 28 juillet 2022 à 07:12

    Je pense plutôt que la formation universitaire est un tremplin de la réussite, les étudiants évoluent dans une ambiance chaleureuse , sans les affres de la rivalité qui existent dans les écoles.
    Les cadres issus de l’Université ont échappé au stress de la compétition. De ce fait ils sont ouverts sur le monde , ils ont des capacités d’adaptation étonnantes.