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L’universitaire épanoui

Que faire lorsqu’on se sent au bout du rouleau?

Même si personne ne veut en arriver là, l’épuisement professionnel peut être une source d’introspection et de changement.

par ALEXANDER CLARK & BAILEY SOUSA | 29 MAR 22

L’épuisement vous guette-t-il?

Généralement, le mois de mars annonce la dernière étape de l’année universitaire. À ce stade, l’épuisement se fait sentir, mais on voit la lumière au bout du tunnel.

Ces deux dernières années de pandémie ont cependant tout changé. Nous avons dû apprendre à composer avec des perturbations chroniques des modalités d’enseignement, des capacités de recherche réduites, l’annulation des voyages et des vacances, et une foule de nouvelles responsabilités. Depuis mars 2020, les professeurs ont dû mettre les bouchées doubles pour faire face à une demande insoutenable. Ajoutez à cela l’invasion troublante, tragique et déplorable de l’Ukraine, avec son lot de victimes innocentes, de déplacements massifs et de violences. Nous frôlons peut-être un conflit mondial pour la première fois de notre vie. Dans ces conditions, il est parfaitement compréhensible – et très probable – de souffrir d’un trop-plein généralisé.

Bon nombre de professeurs et de membres du personnel universitaire de partout dans le monde se disent « brûlés ». Savez-vous comment déceler l’épuisement professionnel? Et comment y remédier? Dans son livre, The Burnout Epidemic, Jennifer Moss cite les trois principaux signes de l’épuisement :

  • manque d’énergie ou fatigue;
  • distanciation et négativité accrues par rapport au travail; et
  • baisse du rendement

Comme c’est le cas pour les facteurs qui affectent la santé mentale et le bien-être, l’épuisement professionnel peut être difficile à déceler. Il est ardu de détecter l’épuisement professionnel ou ses signes avant-coureurs étant donné qu’il est parfois impossible de prendre du recul par rapport à soi ou à une situation. Caractérisé par des sentiments de perte, d’apathie et de confusion paralysante, l’épuisement professionnel ressemble souvent à une traversée du brouillard.

Une technique facile pour reconnaître l’épuisement professionnel consiste à surveiller vos émotions à l’approche du début de votre semaine de travail. Souffrez-vous du « blues du dimanche soir », alors qu’avant, vous abordiez la dernière journée de la fin de semaine avec légèreté? Si oui, peut-être devriez-vous vous poser les trois questions que suggère Mme Moss pour évaluer la sévérité de vos symptômes :

« Est-ce que je mérite mieux? » Bien des gens ont besoin de se sentir valorisés au travail et par leurs collègues – un désintérêt et une lassitude émotionnelle, du cynisme ou du pessimisme sont au nombre des signaux annonçant un possible épuisement professionnel.

« Est-ce que c’est ce à quoi je me suis engagé? » Beaucoup d’employés ont l’impression qu’on leur confie des tâches qui ne correspondent pas à leurs goûts ou leurs attentes. L’épuisement professionnel provient du stress causé par le décalage entre nos valeurs et celles de l’entreprise, de nos collègues et de notre profession. Il porte à croire qu’on n’est pas à sa place ou qu’on n’apporte rien à notre milieu de travail.

« Est-ce que je travaille pour rester à flot ou pour échapper à la réalité? » La fatigue, les heures supplémentaires, et même l’obsession du travail ne sont pas forcément des signes annonciateurs ou des symptômes d’épuisement professionnel. Examinez plutôt vos motivations, et tirez la sonnette d’alarme si vous vous plongez dans votre travail pour échapper à vos émotions.

Que faire si vous souffrez d’épuisement professionnel

Nous encourageons toutes les personnes qui pensent souffrir d’épuisement professionnel à prendre les choses en main, même si c’est difficile. Voici quelques pistes à explorer :

Sollicitez l’aide de professionnels. L’épuisement n’est jamais un signe de faiblesse. Les professionnels de la santé, les spécialistes du travail et les ressources basées sur des données probantes comme celles de la Mayo Clinic peuvent vous aider à y faire face.

Commencez petit et persévérez. Il est très difficile de changer un système brisé. Allez-y petit à petit, même si vos efforts vous semblent futiles par rapport à cet ennemi titanesque et systémique qu’est l’épuisement professionnel. L’effet boule de neige peut provoquer de grands changements. Dans son livre Drop the Ball, Tiffany Dufu explique comment elle a compris qu’elle jonglait avec trop de responsabilités, et qu’elle a dû en laisser tomber. Elle ne se cache pas d’avoir délibérément ignoré une invitation à une fête d’anniversaire à laquelle son enfant était convié, pour se décharger. Elle ne regrette pas cette décision difficile, même si beaucoup de personnes la trouvent révoltante.

Rappelez-vous que parfois c’est suffisant de faire ce qui est considéré être « suffisant sans plus ». L’autoflagellation peut aussi nous montrer qu’il est temps de changer de comportement. Je suis faible ou paresseux. Je dois travailler plus fort et faire des heures supplémentaires. Les choses vont s’améliorer, et je me sentirai mieux. Le témoignage de Mme Dufu (voir sa vidéo ici) nous rappelle à tous – même aux champions du rendement – qu’il faut être bienveillant envers soi-même. Si vous avez trop de responsabilités, n’hésitez pas à en laisser tomber quelques-unes.

Rêvez plus grand. Dans son nouveau livre Change, John Kotter explique les difficultés d’adaptation à des situations difficiles par une mentalité axée sur la survie, qui, bien que légitime, encourage la peur, l’hypervigilance, l’anxiété et l’inertie.

Selon Mme Moss, les causes les plus courantes d’épuisement sont les environnements de travail toxiques, les charges de travail trop lourdes, l’impression de perdre le contrôle, le manque de récompenses ou de reconnaissance, les relations tendues, l’injustice et l’incompatibilité des valeurs. Il est tentant de croire, en bons optimistes, que la situation va bientôt s’améliorer d’elle-même. Cependant, les universités où recèlent plusieurs cas d’épuisement professionnel sont par leur nature plus réfractaires au changement, et moins disposées à corriger les facteurs culturels et organisationnels qui contribuent au problème. Dans ce type d’environnement, le changement risque – au mieux – d’être lent.

M. Kotter nous met au défi de voir l’épuisement professionnel comme une invitation à explorer des questions inattendues et à nous recentrer. Il vous aidera peut-être à réorienter vos activités de recherche ou à changer radicalement vos méthodes d’enseignement. Pourquoi ne pas changer de rôle, ou encore de lieu de travail? Parfois, il vaut mieux claquer la porte qu’attendre la semaine des quatre jeudis. Vous avez le droit de rêver plus grand.

Donner la priorité à son bien-être n’a rien de naïf – c’est même plutôt naïf de ne pas le faire.

À PROPOS ALEXANDER CLARK & BAILEY SOUSA
Alexander Clark & Bailey Sousa
Alexander Clark est doyen de la Faculté des disciplines en santé de l’Université Athabasca. Bailey Sousa, habituellement à l’emploi de l’Université de l’Alberta, est actuellement en détachement auprès du ministère de l’Enseignement supérieur de l’Alberta. Ils ont cofondé l’entreprise The Effective, Successful, Happy Academic et cosignent le livre How to Be a Happy Academic (Sage: London, 2018). Ils ont une passion commune pour l’efficacité et l’aspiration dans le travail universitaire.
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