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Matière à réflexion

Comment faire face à un milieu de travail toxique à l’université

Un guide pour se sortir de groupes de recherche malsains.

par KELLY BURCHELL-REYES | 20 MAR 23

Aux cycles supérieurs, si bon nombre de directeurs ou directrices de recherche accompagnent leurs étudiant.e.s avec bienveillance, certain.e.s, malheureusement, les enferment dans une dynamique de surmenage, de harcèlement psychologique et de rivalité qui nuit à l’apprentissage et à l’esprit d’équipe. Selon une étude de Statistique Canada menée en 2019, 66 % des répondant.e.s inscrit.e.s au doctorat et au postdoctorat ont déclaré avoir subi du harcèlement de la part d’une personne en situation d’autorité directe ou occupant un poste supérieur. Plus particulièrement, l’étude révèle que les personnes en situation de handicap, les personnes autochtones et les personnes appartenant à une minorité sexuelle sont les plus à risque. Même si plusieurs voix s’élèvent contre les abus subis à l’université, le problème demeure méconnu par trop d’étudiant.e.s à leur arrivée aux cycles supérieurs.

Cerner le problème

Parfois, la toxicité d’un milieu de travail peut être sournoise et difficile à détecter. Pour y voir clair, posez-vous ces questions :

  • Ai-je le sentiment d’être soutenu.e? M’encourage-t-on à apprendre et à m’épanouir?
  • Ai-je le sentiment d’être respecté.e par les responsables de mon encadrement?
  • Ai-je la possibilité de prendre des vacances et des congés? Me pousse-t-on à faire des heures supplémentaires, à travailler la fin de semaine et les jours fériés?
  • Suis-je victime de quelque forme de discrimination que ce soit?
  • Ai-je l’impression qu’on me microgère ou surveille en permanence? Ou, à l’inverse, dois-je me débrouiller sans encadrement ni possibilité de rejoindre ma directrice ou mon directeur de recherche?
  • Quelle est la dynamique de groupe? L’entraide est-elle valorisée par ma directrice ou mon directeur de recherche?
  • Les personnes qui se préoccupent de mon bien-être (p. ex. famille, ami.e.s, mentor.e.s) seraient-elles heureuses de me voir évoluer dans ce milieu?
  • Recommanderais-je à un.e proche de travailler dans cet environnement?
  • Suis-je en train de me rapprocher ou de m’éloigner de mes objectifs de carrière et personnels? Ai-je l’impression de m’épanouir ou de me flétrir?
  • Ai-je du plaisir?

Votre relation avec votre directeur ou directrice de recherche présente-t-elle des signaux d’alarme? (En cas de doute, essayez le bingo des mauvais.e.s patron.ne.s.)

Aux cycles supérieurs, on prépare sa carrière. Cet environnement d’apprentissage doit donc être épanouissant et vous permettre de côtoyer des personnes qui font ressortir le meilleur en vous.

Stratégie de sortie

Si vous n’avez plus de doute et considérez que votre milieu de travail est toxique, allez d’abord chercher du renfort en santé mentale. Un.e intervenant.e des services psychologiques de l’université pourra vous aider à établir un plan d’action – qu’il s’agisse d’assainir votre milieu de travail ou de le quitter. Cette personne sera également là pour vous rassurer, au besoin, durant et après la transition.

La médiation n’est pas une piste à négliger. Si vous pensez que l’intervention d’une tierce partie favoriserait la résolution des conflits avec votre directeur ou directrice de recherche ou vos pairs, faites appel à votre association étudiante, à l’ombudsman ou aux services psychologiques de l’université. Ces équipes s’assoiront avec vous et la personne dont le comportement vous nuit afin de trouver une solution qui vous permettra de poursuivre votre collaboration.

Bien entendu, la médiation n’est pas toujours possible ou efficace. Reste alors à trouver un autre milieu de travail. Pour orienter vos recherches, demandez-vous : dois-je terminer mes études pour entreprendre la carrière souhaitée ou existe-t-il une autre façon d’y parvenir? Pourrais-je opter pour une codirection, un stage ou des études à l’étranger afin de limiter ma collaboration avec ma directrice ou mon directeur de recherche? Ai-je envie de changer d’université pour trouver un meilleur encadrement ou de simplement demander à un.e autre professeur.e du programme de me prendre sous son aile? Si tel est le cas, enclenchez le processus en rencontrant cette personne, de manière confidentielle, afin de discuter de votre candidature. Voici quelques conseils pour vous aider à trouver la bonne personne.

Une fois votre plan établi, vous devez connaître les responsables à aviser avant de passer à l’action. En général, l’administration d’un programme de cycles supérieurs est confiée à un.e professeur.e; en plus de son rôle habituel, cette personne guide les étudiant.e.s dans leur progression. Envoyez-lui un courriel pour solliciter une rencontre confidentielle. S’il se trouve qu’elle est aussi la personne qui dirige vos recherches, adressez-vous à un.e autre membre du personnel ou de la faculté en qui vous avez confiance. Expliquez-lui la situation, votre plan d’action et ce à quoi vous vous attendez de sa part. Cette personne risque de vous demander si vous avez communiqué avec le professeur ou la professeure qui pourrait vous encadrer, il serait donc utile d’avoir déjà entamé votre recherche pour un nouvel environnement de travail.

L’étape du transfert est plus éprouvante sur le plan émotionnel qu’administratif. Si vous quittez l’établissement, il pourrait y avoir d’autres courriels à envoyer et formulaires à remplir, mais une fois l’ensemble des responsables avisé.e.s, la transition se fait assez vite. Veillez à tenir les agences de financement externes au courant de vos intentions, car votre bourse pourrait ne pas être transférable ou nécessiter une réévaluation. En ce qui concerne le milieu de travail proprement dit, libérez votre poste de travail, laissez des copies claires de vos résultats et saluez poliment vos collègues, sans plus.

Sur le pas de la porte, jouez les trouble-fête, si cela est approprié. Vous pouvez informer la direction du département des raisons de votre départ, dans l’espoir qu’on parle avec le directeur ou la directrice de recherche. Vous pouvez aussi en discuter, au besoin, avec l’ombudsman ou le bureau d’intervention en matière de harcèlement psychologique de l’université. Malheureusement, les recours plus officiels tendent à s’enliser dans la paperasse et donner peu de résultats concrets. C’est à vous de décider quel type de justice vous souhaitez obtenir pour le temps perdu.

Appel à l’action

La toxicité universitaire est un vieux cliché. Reste à savoir comment la régler.

Vous pourriez vous rallier à des étudiant.e.s aux prises avec une situation de travail toxique, ou encore à des comités, des associations ou des syndicats au fait des défis affrontés par les étudiant.e.s et qui se portent à leur défense.

Choisir de quitter un milieu toxique est en soi un acte de résistance, surtout si vous informez le département des raisons de votre départ. Pour changer les choses, il faut susciter une prise de conscience et provoquer des discussions – même si cela paraît difficile et intimidant, surtout pour les pacifistes introverti.e.s. Il s’agit de vos droits, mais aussi de ceux des autres étudiant.e.s.

Néanmoins, quitter votre milieu de travail pourrait ne pas vous convenir. Si, par exemple, la fin de vos études approche, vous croyez que la situation peut s’améliorer ou encore que le positif l’emporte sur le négatif, mieux vaut utiliser les ressources à votre disposition (services psychologiques, ombudsman, bureau d’intervention en matière de harcèlement, direction du programme et du département) pour tenter de régler le problème sans vous déraciner.

Vous avez surmonté une situation de travail toxique durant vos études supérieures? Racontez-nous votre expérience en commentaires.

À PROPOS KELLY BURCHELL-REYES
Kelly Burchell-Reyes
Kelly Burchell-Reyes est candidate au doctorat en chimie des composés organofluorés à l’Université Laval.
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