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Prof ou pas?

Prêt pour un marathon doctoral?

Pour plusieurs, il s’agit d’une des périodes les plus intenses et enrichissantes de notre vie, peu importe où cela nous a menés.

par EMILIE-JADE POLIQUIN | 13 MAI 21

Expliquer ce qu’est la vie en tant qu’étudiant aux cycles supérieurs n’est pas toujours facile. Même pour nos amis et les membres de notre famille, la chose ne va pas toujours de soi.

Sans tomber dans la caricature, la fameuse question « Et puis, comment va ta thèse? » peut conduire à deux réactions opposées :

  • tantôt un monologue sans fin sur les tenants et aboutissants d’un enjeu dont notre interlocuteur n’avait jamais entendu parler (Quoi! Tu n’avais jamais réfléchi au rôle de l’Anti-Terre pour expliquer les phénomènes astronomiques dans la théorie héliocentrique de Philolaos de Crotone!);
  • tantôt un silence rempli de malaise et de culpabilité devant une thèse qui n’avance pas assez vite ou assez bien.

Nul ne pourrait leur reprocher d’arrêter de nous poser la question!

Pour mieux vulgariser l’expérience doctorale, j’ai au fil des années développé une analogie avec les sports. Bien que je ne sois pas la première à le faire, la voici, en espérant qu’elle résonne chez vous autant que chez moi!

***

Faire un doctorat, c’est vouloir gagner le marathon aux prochains Jeux olympiques.

Un objectif qui implique non seulement un travail de longue haleine et de haut niveau, mais aussi des années de préparation.

Un défi individuel qui ne serait pas possible sans être entouré d’une équipe exceptionnelle : non seulement un entraîneur chevronné, mais aussi des collègues qui partagent avec nous nos joies et nos peines et qui nous poussent à toujours nous dépasser.

En effet, pour courir avec succès un marathon, ce n’est pas tout d’être en bonne forme physique ou d’avoir une bonne génétique. Il nous faudra nous entraîner, y mettre du temps, faire des sacrifices et être disciplinés. Et pour le faire, il nous faudra surtout quelque chose d’essentiel : la motivation.

Quand vient le temps de se lancer dans des études supérieures ou des marathons, certains le font par esprit de compétition ou parce qu’ils aimer relever des défis. D’autres en profitent pour courir à travers le monde, rencontrer des gens, vivre de nouvelles expériences. Sans cette motivation ou cette raison qui fait que le jeu en vaut la chandelle, nombre d’entre nous n’atteindrions jamais la ligne d’arrivée.

Cette fin ultime ne devrait toutefois jamais justifier tous les moyens. Comme tous les milieux fondés sur la relation mentor-mentoré, la culture de l’excellence et du dépassement de soi est un terreau fertile aux climats toxiques et aux abus de pouvoir. La vigilance est de mise. Car, si exceller demande toujours des sacrifices, certains ne sont tout simplement pas acceptables.

Donc, lancés dans ce cycle olympique de quatre ans, nous nous spécialisons de plus en plus. Pour nos entraîneurs, notre seul et unique objectif devait être de courir toujours davantage et de plus en plus vite. Le sport devient le point focal de notre vie, souvent au détriment des autres sphères (famille, amitié, amour, voire même sommeil et alimentation).

En conséquence, cette expérience peut avoir un effet tunnel. Or, il est important de nous rappeler que compléter un marathon est certes un exploit incroyable, mais n’est pas non plus l’accomplissement ultime du sport. Ceux et celles qui décident de pratiquer une autre discipline peuvent être en aussi bonne forme physique. Le sprinteur, par exemple, ne fait que gérer son énergie différemment que nous. Nous ne sommes pas par nature meilleurs que les autres. Nous sommes seulement particulièrement bons dans ce que nous faisons.

***

Or, que se passe-t-il une fois arrivés au grand jour de l’événement? Idéalement, nous repartirons la tête haute, fiers de notre résultat et, qui sait, la médaille tant convoitée au cou. Mais à peine le temps que se dissipe l’euphorie de la course, se pose maintenant une toute nouvelle question : et quelle sera la suite? Nombreux sont celles et ceux qui ont reporté cette réflexion sous le faux prétexte qu’elle allait nous déconcentrer en cours de route.

Certains, souvent rassurés par la routine et la perspective d’un revenu modeste, mais au moins prévisible, voudront rester encore un peu, le temps d’un autre championnat du monde. D’autres voudront passer tout de suite à la prochaine étape.

Bien que la vie après le sport de haut niveau soit elle aussi tout un défi, pour la suite, permettez-moi d’être un peu plus créative dans ma métaphore.

***

Dans le coin droit, beaucoup d’entre nous veulent passer chez les pros. Or, nous lancer dans une carrière professorale, c’est l’équivalent de nous inscrire dans un premier Ironman, un sport sans aucune mesure où 4,8 km de natation, 180,2 km de vélo viennent se joindre au marathon que nous maîtrisons si bien. Si nous pouvons nous imaginer, avec une relative facilité, enfourcher notre nouveau vélo et compléter cette étape de l’épreuve, affronter les eaux tumultueuses du départ sans risquer de nous y noyer est une autre paire de manches! Peu importe que ce soient les eaux du lac tranquille de Lake Placid, de la mer impétueuse d’Hawaï ou de la baie de San Francisco infestée de requins, le défi sera de taille, voire anxiogène.

En face, une carrière à l’extérieur du milieu universitaire. Pas non plus de tout repos. Pour évaluer nos options, plusieurs d’entre nous se laisserons tenter, par exemple, par une compétition provinciale d’athlétisme. Notre milieu nous vante depuis des années l’importance de nos compétences dites transversales (force physique, endurance, discipline, pour ne nommer que celles-là). Qu’en est-il? Pourrions-nous tirer notre épingle du jeu sur cet autre circuit?

En nous avançant dans le stade, nous sommes, pour la plupart, éblouis par la polyvalence des décathlètes, l’agilité des coureurs de haies, la légèreté des sauteurs à la perche. En dépit de notre passé et de nos atouts, nous pouvons alors ressentir un grand sentiment d’impuissance ou d’inadéquation. Comment allons-nous nous faire remarquer alors que nous n’avons, du moins pour l’instant, ni la force du tireur de poids, ni la vitesse du sprinteur, ni l’impulsion du sauteur en longueur?

N’ayez crainte. Tout est possible, mais non sans efforts, résilience et ouverture d’esprit et en comptant sur une plus ou moins longue période de réapprentissage.

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Par ce texte, loin de moi l’idée de vous décourager de courir votre marathon. Pour plusieurs d’entre nous, il s’agit d’une des périodes les plus intenses et les plus enrichissantes de notre vie, peu importe où cela nous a menés. Pour d’autres, s’ensuivit plutôt un cycle de blessures et de sacrifices auxquels nous aurions dû mettre fin bien plus tôt.

Pour être porteuse, toute expérience devrait nous outiller aux défis de demain et non, nous handicaper pour le reste de nos jours. C’est vrai pour le sport tout comme le doctorat. C’est donc à nous et non aux autres de nous fixer nos objectifs et nos limites.

À PROPOS EMILIE-JADE POLIQUIN
Emilie-Jade Poliquin
Emilie-Jade Poliquin est conseillère en relations gouvernementales et affaires publiques à la Direction générale de l'Institut national de la recherche scientifique.
COMMENTAIRES
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  1. Claude Morin / 30 May 2021 at 14:13

    Bravo pour votre métaphore que j’ai pu apprécier ayant été doctorant, marathonien, professeur titulaire (aujourd’hui retraité) directeur de doctorants et responsable des études supérieure dans mon département (histoire, UdeM) dont je fus directeur également pendant 8 ans. Ayant complété mon doctorat en 1974, le problème de l’emploi ne se posait pas: ma carrière était toute définie, j’allais devenir professeur universitaire. Il y a plus de 30 ans que le problème se pose pour les doctorants dont le nombre n’a pas suivi celui des postes offerts.