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À mon avis

À leur retour de l’étranger, les étudiants peuvent vivre un contre choc culturel

Pour les étudiants qui participent à un échange, le retour est souvent le moment le plus difficile.

par PIERRE-ALEXANDRE BOLDUC | 23 SEP 15

Après 26 heures de vol, j’étais enfin arrivé. Il était 7 h 03, et le soleil se levait sur l’île de Singapour. Il faisait 29 °C avec un taux d’humidité de 85 pour cent. À ce moment-là, je me suis dit que ma veste à capuchon favorite me serait totalement inutile.

Étudiant de l’Université Concordia, j’étais en Asie du Sud-Est pour cinq mois. Dans mon enfance, le travail de mon père m’avait fait vivre plus de dix déménagements. La chance m’était enfin donnée de choisir moi-même ma destination. Je me rendrai à Singapour pour le trimestre d’automne et au Danemark pour le trimestre d’hiver.

Comme la plupart des étudiants ayant participé à un échange, j’ai trouvé mon expérience sensationnelle. Je me suis fait des amis de partout dans le monde. Je suis allé à Bangkok où j’ai vécu une expérience de type Lendemain de veille 2. Je suis tombé amoureux d’une Russe au Danemark. J’ai aussi appris énormément de choses que je n’aurais jamais pu découvrir au Québec. J’ai constaté que j’étais plus aventureux que je ne le croyais. J’ai vu la pauvreté au Vietnam et en Malaisie, par exemple. Tout cela était très nouveau pour moi.

Mon retour au Québec s’est avéré plus pénible que prévu. Il m’a été difficile de revenir à la vie ordinaire et de raconter mes expériences à mes amis. Ils n’étaient simplement pas intéressés. Comment pouvaient-ils préférer me parler de leur aventure de la veille plutôt que de m’entendre parler du gigantesque Bouddha de Tian Tan, d’Hanoï ou de la vie nocturne de Singapour?

Même ma famille ne comprenait pas. Je me souviens d’avoir parlé de la baie d’Ha Long au Vietnam lors d’un souper avec mes grands-parents, tantes et oncles et de leur avoir dit à quel point le paysage était magnifique. Je leur ai raconté notre tour de kayak dans les cavernes et notre baignade autour du bateau de croisière pendant la semaine de relâche. Par la suite, ma famille rapprochée m’a demandé de parler d’autres choses quand nous étions avec « la famille ». On m’a dit que mes histoires « pouvaient donner l’impression que j’étais arrogant ».

Laura François, étudiante en relations humaines et diversité à l’Université Concordia, a aussi étudié un trimestre à Singapour l’année dernière. Elle se rappelle avoir trouvé son retour à Montréal affreusement pénible.

« Je ne pensais qu’à retourner à Singapour. Je ne me sentais plus à ma place à Montréal », explique-t-elle. Plus d’un an après son retour, Laura commence à peine à se réhabituer à sa routine retrouvée.

« Je me suis vraiment réinventée à l’étranger. Les gens me percevaient différemment. À Montréal, les gens qui me connaissaient depuis longtemps ont eu de la difficulté à accepter et à comprendre que j’avais changé. Ça a été un choc. J’étais devenue plus curieuse. Je savais maintenant ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas. » Laura affirme s’être sentie agacée par sa famille pendant environ six mois.

Christine Archer est l’une des coordonnatrices des échanges du programme international de l’Université Concordia. Elle s’occupe des étudiants qui se rendent en Asie, en Amérique et en Océanie. Elle sait que certains étudiants vivent un « contre choc culturel », mais elle n’en entend jamais parler.

« Les étudiants pensent souvent que leur vie personnelle ne nous préoccupe pas vraiment. C’est faux, mais c’est ce qu’ils pensent », déclare-t-elle.

« Le contre choc culturel est une réaction parfaitement normale, ajoute Dorothea Bye, chargée de cours au département de psychologie de l’Université Concordia. Vivre un choc culturel équivaut simplement à s’adapter à la culture d’un endroit. »

Mme Bye explique que ce phénomène touche les gens qui ont vécu dans un pays différent  et qui, à leur retour, doivent réintégrer leur culture. En fait, des chercheurs en psychologie culturelle comme Steven J. Heine ont découvert que le contre choc culturel englobe les mêmes étapes que le choc culturel classique.

Mme Bye explique que la meilleure façon de faciliter le retour à la vie ordinaire est de « parler de ses expériences dans un forum ». Le contact humain avec des personnes qui ont vécu la même expérience est nécessaire. Il permet aux étudiants de trouver du soutien auprès de leurs pairs. « Les étudiants ayant participé à un échange sont intellectuellement actifs, curieux, courageux et capables de s’adapter, donc tout ce dont ils ont besoin, c’est de parler à des gens qui ont vécu la même chose. »

À elle seule, l’Université Concordia envoie chaque année de 350 à 400 étudiants dans une bonne centaine d’établissements partenaires à l’étranger. Avant leur départ, ils suivent un cours de préparation obligatoire dans le cadre du programme international de l’Université. Toutefois, aucune ressource ne permet aux étudiants de raconter leurs expériences à leur retour. Mme Archer dit que son département envisage cette possibilité. La Maison internationale de l’Université de Montréal met des psychologues à la disposition des étudiants qui reviennent de l’étranger. Elle a aussi créé des forums de discussion à leur intention.

Fréquenter une université dont la culture lui est étrangère fait vivre à l’étudiant une foule d’émotions, mais le retour au pays exige aussi une adaptation. Difficile ou pas, je crois que l’échange étudiant nous permet d’apprendre à mieux nous connaître, autant à l’étranger qu’au retour.

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