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À mon avis

La lutte contre le racisme dans le milieu universitaire devrait aller de soi, mais voici mes arguments

Que faites-vous pour tisser des liens avec les personnes de couleur? Connaissez-vous vos collègues et étudiants noirs, autochtones et de couleur? Connaissez-vous leurs rêves et leurs aspirations?

par NANDINI MAHARAJ | 29 SEP 20

Je me souviens d’avoir participé à une séance sur l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) à l’occasion du concours du fonds Nouvelles frontières en recherche, lancé en 2018. Dans le cadre de leur demande en ligne, les chercheurs doivent expliquer les mesures prises pour assurer le respect des normes d’EDI dans la composition de leur équipe et leur environnement de recherche. Ce volet formalise l’engagement des trois organismes subventionnaires de la recherche (les Instituts de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie et le Conseil de recherches en sciences humaines) envers la création d’un environnement d’apprentissage équitable et inclusif pour les stagiaires et les chercheurs.

Le message général est clair : l’EDI joue un rôle indispensable en matière d’innovation, de retombées et d’excellence en recherche. Pourtant, l’un des participants à l’atelier, un professeur blanc d’âge moyen, a posé une question qui m’a laissée bouche bée. Il a levé la main pour demander une « preuve » du lien entre l’EDI et l’excellence et l’innovation en recherche. Il voulait connaître les travaux de recherche disponibles sur ce sujet. D’autres ont renchéri, curieux de lire des publications récentes sur l’EDI et son incidence sur les environnements d’apprentissage.

Dans une certaine mesure, c’est compréhensible. Les scientifiques ont besoin de preuves pour valider les affirmations d’un tiers. Peut-être s’agit-il d’une information nouvelle pour eux. Peut-être est-elle contraire à leur vision du monde, ou mérite-t-elle d’être mise en doute en l’absence de données empiriques? Mais pour moi, cela a une signification plus profonde. Ces questions et ces commentaires désinvoltes me minent progressivement le moral. Il m’est difficile de concevoir qu’une personne ait besoin de preuves pour justifier mon existence et ma valeur.

Mes amis et mes collègues réagissent parfois avec empathie et compassion quand je leur fais part de mes sentiments. Plus souvent, cependant, les gens me répondent par un silence, suivi par des propos visant à discréditer mon expérience ou à normaliser leur propre suprématie blanche assimilée. « N’importe qui ressentirait la même chose, disent-ils. Ce n’est probablement pas ce que la personne voulait dire. » J’ai moi aussi intégré ce discours nuisible, réagissant à leur fragilité blanche en niant mes expériences et mes émotions. Je rejette mon propre vécu pour ne pas avoir l’air difficile ou trop sensible à leurs yeux, et pour les exonérer de toute responsabilité à l’égard de leur participation au racisme systémique.

Peut-être ont-ils simplement besoin de preuves incontestables. Peut-être était-ce aussi le cas pour le policier qui n’a pas cru que j’étais étudiante à l’université en voyant ma carte d’identité; pour le client qui a refusé de travailler avec moi après m’avoir vue dans la salle d’attente du bureau de consultation; pour le professeur offusqué de voir que j’attendais dans le bureau de son collègue, allant jusqu’à m’accuser de plagiat (j’avais la meilleure note de ma classe); pour le camarade de classe qui a laissé entendre que j’avais été acceptée aux études supérieures grâce aux quotas en diversité; ou pour l’administrateur universitaire qui n’a pas hésité à me dire : « Évidemment, ce serait bien d’embaucher des personnes de couleur et des membres de la communauté LGBT, mais nous avons aussi besoin de gens compétents. »

Les actes de racisme manifeste que nous vivons ne devraient pas être l’élément central de notre vie. Si j’étais à votre place, je ne voudrais sans doute pas troubler le statu quo d’un système qui m’accorde des privilèges simplement en raison de la couleur de ma peau. Or, ce n’est pas le cas, et je ne peux pas dissocier mon identité intersectionnelle en tant que femme de couleur de mon expérience du monde. Je ne peux pas non plus vous convaincre d’accepter des gens comme moi dans votre équipe en vertu d’une promesse de contribution à l’innovation plutôt que d’un engagement creux envers la diversité. Lutter contre le racisme ne se limite pas à appuyer le mouvement Black Lives Matter ou à remplir une section sur l’EDI dans votre demande de subvention.

Si je pouvais vous convaincre d’être antiraciste, je vous parlerais des politiques d’admission, des pratiques d’embauche, des relations de mentorat, de parité salariale, de solidarité efficace et de comités sur la diversité. Mais ce n’est pas mon travail de vous informer sur ces sujets. Vous devez vous pencher sur les idées préconçues qui teintent vos relations avec les personnes de couleur. Vous devez dénoncer ouvertement le racisme et être le porte-parole des personnes marginalisées. Je vous suis reconnaissante que vous tendiez l’oreille, mais vous n’aidez pas la cause en ramenant la conversation à vos expériences personnelles et votre soudaine prise de conscience de la brutalité policière ou du racisme au Canada.

Que faites-vous pour tisser des liens avec les personnes de couleur? Attendez-vous qu’ils fassent les premiers pas? Si vous supervisez un laboratoire ou une équipe de recherche, que faites-vous pour créer un espace propice aux discussions saines et franches sur les questions raciales? Interagissez-vous avec ces personnes spontanément ou seulement en réaction aux soulèvements populaires dans le monde? Savez-vous qui sont vos collègues et étudiants autochtones, noirs et de couleur? Connaissez-vous vraiment leurs rêves et leurs aspirations? Seraient-ils à l’aise de vous parler de leurs proches ou de leurs combats personnels?

Je peux vous parler des miens. J’ai des tantes, des oncles, des cousins et des amis noirs qui me sont plus chers que tout. Même si j’ai la peau foncée, je ne peux pas voir le monde à travers leurs yeux. Ma grand-mère a arrêté l’école en deuxième année. Lorsqu’elle a commencé à souffrir de démence et à oublier mon nom, elle m’a demandé si j’étais première de classe. Elle n’a pas vécu assez longtemps pour me voir recevoir la Médaille du Gouverneur général après mon baccalauréat en psychologie. Mon père est décédé quand j’avais sept ans. Un jour, il a dû me parler du racisme anti-noir parce que j’avais fait un commentaire raciste.

Ma mère était monoparentale et travaillait sept jours par semaine, mais trouvait toujours le temps de m’aider à faire mes devoirs. Elle veillait sur moi et m’a appris à aimer ma peau foncée. De toutes les relations dans ma vie, aucune ne m’est plus chère que celle que j’ai avec mes chiens (surtout Dally), qui m’aiment et ne se soucient jamais de la couleur de ma peau.

Nandini Maharaj est responsable des subventions au bureau de la recherche en éducation de la Faculté d’éducation, à l’Université de la Colombie-Britannique.

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