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À mon avis

L’apprentissage en ligne est-il à un tournant de son histoire?

Peut-être. Mais pour les collèges et les universités, la question centrale n’est pas celle de trouver l’équilibre entre l’enseignement virtuel et en personne, mais la survie.

par CONTACT NORTH | CONTACT NORD | 20 NOV 20

En mars 2020, le cyberapprentissage est soudain devenu une réalité quotidienne pour quelque 1,6 milliard d’apprenants dans le monde. Bon nombre d’entre eux et de professeurs ont alors fait leurs premiers pas sur une plateforme en ligne ou une plateforme hybride. D’autres ont saisi l’occasion de faire usage de démarches d’enseignement et d’apprentissage innovantes qu’ils souhaitaient depuis longtemps éprouver. Mais de plus en plus de professeurs et d’étudiants déjà convertis à ces techniques en ont profité pour accroître leurs activités en ligne, alors que jamais autant de programmes et de cours n’avaient été offerts à distance.

Nul ne sait quand les universités et les collèges pourront recommencer à donner des cours en personne ni reprendre leurs activités « normales ». Pour certaines personnes du milieu de l’enseignement, aucun retour à la normale n’est à prévoir avant l’été ou l’automne 2021, voire 2022, bien que d’autres administrateurs se montrent plus optimistes. Au pays, professeurs et étudiants commencent à réintégrer timidement certains campus. Cependant, aux États-Unis, de nombreux collèges et universités ont déjà rouvert leurs portes, malgré une recrudescence des cas de COVID-19 dans leur enceinte.

Quand les activités « normales » reprendront, on peut s’attendre à :

  • un bond de l’apprentissage mixte marqué par l’intégration d’expériences virtuelles à des cours traditionnels;
  • un recours accru aux ressources éducatives libres, dont de nombreux professeurs ont fait la découverte en raison de la pandémie; et
  • un usage accru des technologies dans la pratique de l’enseignement, incluant l’utilisation de robots conversationnels comme aides à l’enseignement, le recours plus large à l’expertise des concepteurs pédagogiques, et l’émergence des réalités augmentée et virtuelle dans les simulations et les jeux.

Mais cet essor de l’apprentissage en ligne au Canada pourrait ne connaître qu’une modeste expansion, sauf si :

  1. les universités et les collèges sont encouragés à développer un apprentissage virtuel et souple;
  2. le cyberapprentissage devient un impératif financier pour maintenir les programmes et les marchés;
  3. des investissements substantiels sont consentis à la formation des professeurs; et
  4. des sommes importantes sont injectées dans les infrastructures à large bande (en particulier dans les zones rurales canadiennes) et de l’aide est accordée aux étudiants qui ont un accès limité aux technologies appropriées.

Étudiants et professeurs reprendront avec plaisir le chemin des salles de cours, même si l’on sait que l’enseignement en personne n’est généralement pas plus efficace sur le plan éducatif que son pendant virtuel quand il est conçu de façon pédagogique. Mais ce sont le retour des activités sociales, sportives et relationnelles, et l’accès retrouvé aux espaces communs que les étudiants devraient accueillir avec le plus d’enthousiasme.

Ce point de vue s’explique en grande partie parce que l’enseignement en ligne nécessite de repenser en profondeur le modèle d’affaires des établissements, les contrats de travail du personnel enseignant et non enseignant (notamment des concepteurs pédagogiques, des spécialistes en technologie et des bibliothécaires) et le rôle potentiel des étudiants experts. Il exige aussi en amont des investissements conséquents dans le développement professionnel des professeurs et une expansion des centres d’apprentissage dans les collèges et les universités.

Dans ce contexte, il est possible que nous assistions à l’émergence d’une externalisation de l’apprentissage (avec, par exemple, le recours à des prestataires de cours en ligne ouverts à tous) et de nouvelles méthodes d’évaluation pour valider les compétences acquises, comme c’est déjà le cas à l’Université du Wisconsin.

Quoi qu’il en soit, la demande ira dans le sens de la souplesse : possibilité d’agencer les cours selon ses besoins pour se préparer à l’emploi; choix de dates de début des programmes et des cours; cours abrégés accumulables pour obtenir des crédits; ainsi que des options de programmes d’études interfacultés. Cette tendance s’esquissait déjà, particulièrement dans le cas des collèges, et s’accentuera à mesure que l’engouement pour un apprentissage axé sur les réalités professionnelles et pour une formation axée sur les compétences se confirmera.

Le tournant n’est pas là où on le prévoit

Pour les collèges et les universités, la question centrale n’est pas celle de l’équilibre entre l’enseignement virtuel et toute autre forme d’enseignement, mais la survie. Comme l’a conclu une étude de septembre 2020 sur les finances des universités et des collèges au Canada : « Le système survivra sans aucun doute, mais il n’est pas encore certain que chaque établissement subsistera sous sa forme actuelle. » Ce seront la pandémie et ses conséquences – financières, logistiques et individuelles – qui dévoileront les failles et les interdépendances au sein de notre système d’enseignement supérieur.

Au moins une province a déjà chargé une firme d’effectuer un examen de son système d’éducation postsecondaire dans l’intention d’entamer une restructuration massive. Selon les premiers rapports, les coupes budgétaires en cours dans les collèges et les universités de l’Alberta, qui s’élèveront à 20 pour cent d’ici 2022-2023, seront suivies de fusions et d’éventuelles fermetures. Le financement des universités selon le rendement, bientôt instauré en Ontario et en Alberta, sera un autre chantier d’envergure qui pourrait marquer un tournant décisif pour les établissements, tant en matière de programmes que de sélection des étudiants et de souplesse.

Après la pandémie, les établissements ne pourront pas tous retourner à leur ancien mode de fonctionnement. Certains disparaîtront. D’autres survivront et prospéreront, mais de manière différente et nouvelle. Quelques-uns encore reviendront à leurs anciennes méthodes de travail, avec une résilience et une capacité d’adaptation renforcées. L’avenir ne s’écrira pas dans la continuation du passé. Il faut s’attendre à des bouleversements, à des changements et à une évolution de la demande en matière de programmes et de cours. Pour les universités et les collèges, adaptation et souplesse seront les maîtres mots. L’apprentissage en ligne n’est qu’une corde de plus à leur arc pour faire face à un avenir différent.

Un autre enjeu majeur réside dans l’attitude et la réceptivité des étudiants, des professeurs et des établissements, et dans leur capacité à accompagner ce changement. Reste à savoir si la « nouvelle normalité » élargira leurs horizons ou si elle révélera au contraire la non-viabilité des tenants du statu quo en matière d’enseignement supérieur.

Cet article est republié avec le consentement de l’organisme communautaire ontarien Contact North | Contact Nord. Il est initialement paru sur le site teachonline.ca. Pour le lire dans son intégralité (en anglais), veuillez cliquer ici.

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