Passer au contenu principal
À mon avis

Les étudiants en sciences ont besoin des arts libéraux

Comment les arts libéraux m’ont aidé en mathématiques.

par DONNA KOTSOPOULOS | 11 JUIN 15

La précarité des programmes d’études en arts libéraux dans plusieurs universités est bien connue. Les inscriptions sont en baisse et leur pertinence est par conséquent remise en question. Les personnes œuvrant dans le domaine ont toutefois tenté de démontrer qu’une formation en arts libéraux vaut encore le coup.

L’essentiel de leur argumentation repose sur le fait qu’une formation en arts libéraux développe la pensée critique, les aptitudes en résolution de problèmes et les compétences en communication, et élargit la vision du monde; des compétences très recherchées par les employeurs. Pourtant, selon certains critiques, ces arguments ne tiennent pas la route. Les étudiants doutent eux aussi de la pertinence d’une telle formation et leur réaction se traduit par une baisse des inscriptions dans bien des établissements.

Ce sont principalement les personnes qui travaillent dans le domaine des arts libéraux qui se sont portées à la défense des arts libéraux. Les étudiants se sont pour la plupart abstenus. Les diplômés ont aussi de la difficulté à exprimer la valeur de leur formation. Si les experts ont eu du mal à présenter des arguments convaincants, il n’est pas étonnant qu’il en soit de même pour les étudiants. Il est donc impératif de souligner la pertinence de suivre des cours ou d’obtenir un grade en arts libéraux aux étudiants, et d’élaborer une stratégie pour le faire.

Comme j’ai un diplôme de premier cycle en mathématiques, la majorité des cours que j’ai suivis étaient en mathématiques, à l’exception de cinq cours au choix en arts libéraux. Entre mes nombreux cours de calcul, j’ai ainsi étudié l’histoire de l’Inde, la représentation des hommes et des femmes en occident, l’histoire des femmes au Canada, les communications et les médias, et pour compléter le tout, j’ai suivi un cours d’introduction au français.

Ces cours furent pour moi l’occasion de me familiariser avec plusieurs concepts : les mathématiques du point de vue de la culture, les mathématiques comme discours sexiste, la manière dont les mathématiques sont interprétées par les médias et le rôle du langage dans notre compréhension des nombres. Alors que mes cours de mathématiques m’ont enseigné les nombres, mes cours en arts libéraux m’ont enseigné à exercer un certain sens critique dans mon rapport avec les nombres et avec les autres.

Mes professeurs en arts libéraux voulaient savoir ce que je pensais, et ce sont eux qui m’ont incité en premier à réfléchir par moi-même et à sortir de ma zone de confort. Ce n’est pas que mes professeurs de mathématiques ne se souciaient pas de mon opinion, mais leur façon de penser était différente concernant ce qui m’importait le plus afin de pouvoir travailler aussi hors de ma discipline. Ce que je n’ai pas compris à l’époque. Et si la pertinence d’une formation en arts libéraux ne pouvait être établie qu’en prenant un peu de recul?

Ce sont mes cours en arts libéraux qui m’ont appris la manière de communiquer et d’écrire. Ils m’ont appris ce que sont les gens et comment aborder les humains dans ce qu’on m’avait enseigné comme étant de la résolution de problèmes « neutre » en mathématiques. Les arts libéraux m’ont appris que le neutre n’existe pas.

Tenter de résoudre des problèmes en me basant uniquement sur mes cours de mathématiques aurait été difficile : les nuances qui rendent la résolution de problèmes efficace et productive m’auraient échappé si ce n’était de ma formation en arts libéraux qui m’appelait à considérer des points de vue divergents. Quoique limitée, cette formation a renforcé mes compétences.

Les cours en arts que j’ai suivis pendant mes études au premier cycle étaient facultatifs dans le cadre de mon programme, ils étaient tout probablement considérés comme une formation de base pour les départements qui les offraient. Je ne suis donc pas la seule étudiante en sciences ou dans une autre discipline qui aura profité de ce type de cours.

Les étudiants en sciences et bien d’autres comptent sur les arts libéraux pour donner un sens et une perspective humaniste à leurs études. Que ce soit intentionnel ou non, de nombreux programmes ne faisant pas partie des arts libéraux reposent sur une base ou une structure semblable à celle des arts libéraux, sans toutefois que cette relation fondamentale ne soit reconnue. Il y a du pouvoir dans le fait de reconnaître le fait qu’une formation en arts libéraux, ne serait-ce que par le biais de cours optionnels ou de base, façonne dans une large mesure la façon de penser des ingénieurs, des mathématiciens ou des biologistes.

S’il est vrai que mes cours de mathématiques étaient la voie directe pour parvenir à la carrière que j’avais choisie, il est aussi vrai que ce sont mes cours en arts libéraux qui m’ont donné les outils pour suivre cette voie. Les sciences et les autres domaines doivent reconnaître la nécessité et la complémentarité que procure à leurs étudiants une formation en arts libéraux et s’en faire les défenseurs. Bien qu’il fût amusant et stimulant d’étudier le calcul, la géométrie et l’algèbre, ces matières n’ont pris de sens qu’à la lumière des arts libéraux. Et je ne pense pas être la seule.

Donna Kotsopoulos est vice-rectrice associée intérimaire à l’enseignement à la Wilfrid Laurier University et professeure agrégée à la faculté d’éducation et au département de mathématiques.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *