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À mon avis

Pourquoi il faut embaucher des experts en théorie de la race dans les bureaux du marketing et des communications universitaires

Il importe de faire entendre et d’amplifier le message des professeurs et des étudiants autochtones, noirs et de couleur en arrêtant de les instrumentaliser ou de les représenter faussement.

par LEAH HAMILTON, IRENE SHANKAR & MOHAMMED EL HAZZOURI | 26 MAR 21

Le mouvement Black Lives Matter et les appels au changement qui en ont découlé réclamant davantage d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) dans les établissements postsecondaires ont révélé les façons dont les universités continuent d’ignorer l’activité savante et l’expertise des professeurs, des étudiants et des membres du personnel autochtones, noirs et de couleur.

Dirigés par des membres du personnel, les bureaux du marketing et des communications sont responsables de la valorisation de la marque de l’université, notamment en mettant de l’avant le travail de professeurs et d’étudiants exemplaires. S’empressant de s’appuyer sur des personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC) pour démontrer le supposé caractère inclusif de leur établissement, bon nombre semblent toutefois réticents à présenter leurs travaux d’érudition, particulièrement en matière de promotion d’intérêts. La suppression systématique de l’activité savante des PANDC illustre le besoin pour ces bureaux d’embaucher des experts en théorie critique de la race, préférablement autochtones, noirs et de couleur, et idéalement à des postes de direction.

Dans leurs campagnes de promotion, les établissements se dépeignent de plus en plus comme inclusifs et accessibles, particulièrement lorsqu’il s’agit de recrutement. Malgré la surreprésentation importante des PANDC dans ces campagnes, l’inclusion demeure factice, particulièrement pour les professeurs et les étudiants noirs et autochtones. Bon nombre d’établissements intentionnellement surreprésentent ou représentent faussement les PANDC, et s’en servent comme symboles dans leur matériel promotionnel.

Par exemple, un bureau de marketing et de communications a utilisé la photographie d’un professeur racisé pour promouvoir une conférence sur l’immigration sans la permission du principal concerné, qui n’avait rien à voir avec la conférence. Malheureusement, cet incident n’est pas isolé. D’autres modifient des images. Par exemple, un établissement postsecondaire a inséré le portrait d’un étudiant noir dans la photographie d’un match de football universitaire sur la couverture de son prospectus. L’étudiant n’a jamais assisté au match.

Or, la suppression des activités savantes des professeurs et des étudiants autochtones, noirs et de couleur est tout aussi problématique que leur instrumentalisation et leur fausse représentation. En effet, les travaux de promotion d’intérêts sont souvent délibérément rejetés parce qu’ils ne contribueraient soi-disant pas à valoriser la marque de l’établissement. Par exemple, les professeurs issus des groupes sous-représentés sont plus susceptibles d’être actifs dans la collectivité et de participer au discours public et à des activités de promotion d’intérêts. Toutefois, comme les établissements perçoivent les travaux d’érudition et de promotion d’intérêts dans la collectivité comme de moindre valeur, il n’est pas surprenant que les bureaux de marketing et des communications les ignorent. En supprimant ces activités savantes politiques, ils érigent et perpétuent des obstacles importants qui compliquent l’accès des PANDC à la permanence, aux promotions et aux postes de direction dans le milieu universitaire. L’invisibilité des érudits autochtones, noirs et de couleur et de leurs travaux a des conséquences à long terme, particulièrement parce que les universités et les organismes de financement incitent de plus en plus les universitaires à travailler avec des partenaires communautaires, à participer au discours public et à définir plus largement leurs retombées, en mesurant par exemple la portée de leurs publications sur les médias sociaux comme Twitter.

Des pratiques systémiques contribuent aussi à la suppression des travaux d’érudition des PANDC. Par exemple, le 5 janvier 2021, l’Université de Calgary a publié un texte sur les « faits saillants de la recherche en 2020 ». Le lendemain, son titre a été changé pour « Most-read news stories of 2020 (Les reportages les plus lus en 2020) ». Le vice-recteur à la recherche s’est excusé en expliquant que, parce que les articles avaient été sélectionnés sur la base d’une analyse du lectorat, « ils ne représentaient pas la diversité du campus ni de ses domaines d’érudition ». L’incident met en évidence les limites d’utilisation de l’analyse de données et la nécessité de nommer des experts en théorie critique de la race à des postes de décideurs clés en marketing et en communication.

Les bureaux de marketing et des communications doivent cesser d’ignorer l’activité savante et l’expertise des PANDC, de les instrumentaliser, de les surreprésenter et de les représenter faussement. L’embauche de professionnels du marketing et des communications spécialisés en EDI permettrait d’assurer que les messages des professeurs et des étudiants autochtones, noirs et de couleur soient entendus et amplifiés, ce qui augmenterait les retombées de leurs travaux.

Dans son courriel dressant le bilan de l’année 2020, Vinita Srivastava, rédactrice principale, Culture, société et théorie critique de la race pour The Conversation Canada, dit : « En tant que rédactrice responsable de la théorie critique de la race, je dois régulièrement participer à des discussions corsées dans la salle de presse. Je me bats pour l’équité, la représentation et un journalisme différent. Cette lutte domine bon nombre de mes journées. » Nous espérons qu’un jour, les rédacteurs responsables de cet enjeu n’auront plus à lutter au quotidien pour l’équité et la représentation. En attendant, assurons-nous que les bureaux du marketing et des communications des établissements postsecondaires embauchent des rédacteurs, des directeurs et des membres du personnel experts en théorie critique de la race qui seront en mesure de promouvoir et d’amplifier les messages des PANDC.

Leah Hamilton est professeure au Département de gestion et de ressources humaines de l’École de commerce Bissett de l’Université Mount Royal. Irene Shankar est professeure agrégée en sociologie et anthropologie au même établissement. Mohammed El Hazzouri est professeur agrégé de marketing à l’École de commerce Rowe de l’Université Dalhousie.

COMMENTAIRES
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  1. Sylvie Paquerot / 26 March 2021 at 15:44

    Beaucoup d’affirmations gratuites dans ce texte, dès le premier paragraphe: en quoi le mouvement BLM et les appels au changement ont-ils “révélé” que les universités ignoreraient le travail des chercheurEs des minorités visibles ou autochtones au juste? Qui? Quoi? Comment?… démonstration svp
    Les travaux sur les enjeux autochtones ou de discrimination en général sont, dans mon université, aussi visibles que les autres, aussi annoncés, et leur proportion dépasse largement leur part relative dans les thèmes de recherche très divers au sein de l’institution.
    Le but d’une université n’est surtout pas de favoriser et diffuser une approche à l’exclusion des autres.
    Je pense que la lecture du texte de Lilienfeld sur cette approche vous montrerait que les faiblesses méthodologiques sont une explication beaucoup plus crédible pour comprendre sa faible portée.

    Bien à vous