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À mon avis

Qu’ont appris les étudiants?

L’heure de l’évaluation.

par HARVEY WEINGARTEN | 11 OCT 11

Les étudiants y consacrent des années, les parents des milliers de dollars et les gouvernements des milliards, mais que nous rapporte l’éducation postsecondaire? Des cohortes exceptionnelles d’étudiants fréquentent les collèges et les universités. Qu’auront-ils appris lorsqu’ils obtiendront leur diplôme?

L’heure de l’évaluation a sonné. Le Canada a un des taux de fréquentation universitaire les plus élevés au monde, mais l’enseignement supérieur souffre actuellement d’une crise de confiance auprès de certains. Nous avons entendu des cris du cœur au sujet de la valeur de l’enseignement supérieur, et la plupart provenaient de personnes possédant des diplômes d’études postsecondaires. Au nombre des accusations se trouvent : la formation universitaire est un placement à haut risque sans garantie de rendement; l’université n’offre pas les compétences recherchées sur le marché du travail; les études en arts libéraux ne sont plus pertinentes à l’ère de la technologie. Le mécontentement actuel souligne les réussites en affaires d’une poignée de décrocheurs d’élite qui se vantent de leur esprit d’entreprise, et incite le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, à offrir 100 000 $ à des étudiants pour qu’ils abandonnent leurs études et fondent leur propre entreprise.

En réalité, la grande majorité des emplois de l’avenir s’adresseront à des candidats possédant des titres universitaires. Les étudiants affluent vers les collèges et les universités parce qu’ils savent que les compétences qu’ils y acquerront sont un gage de qualité de vie et d’emploi lucratif. Voilà ce en quoi ils croient, et avec raison.

L’opinion des opposants aux études postsecondaires devrait nous inciter à examiner d’un peu plus près le lien qui existe entre formation postsecondaire et réussite professionnelle et personnelle. Plus exactement, de quel type de formation les étudiants ont-ils besoin, et quelles compétences les diplômés universitaires devraient-ils avoir acquises au cours de leur formation?

Les employeurs à tous les niveaux sont à la recherche d’employés possédant une pensée critique, l’esprit d’équipe, des compétences en communication et en résolution de problèmes, de la réflexion et de l’imagination. Les étudiants possédant ces compétences seront en mesure de faire face à des enjeux qu’il est impossible de prévoir aujourd’hui. De nombreux établissements postsecondaires soutiennent que leurs diplômés ont acquis ces compétences, mais ce ne sont que des suppositions qui restent à prouver. Actuellement, nous ne disposons d’aucun moyen de prouver ou de mesurer avec rigueur que ces compétences personnelles et professionnelles sont bel et bien acquises.

Le Canada se prête au jeu de la mesure, mais tire de l’arrière par rapport aux États-Unis et à l’Europe pour ce qui est de mesurer et de définir les résultats d’apprentissage et les compétences que les étudiants acquièrent – osons-nous croire – au collège et à l’université.

Aux États-Unis, le Council for Aid to Education contribue à l’amélioration de la qualité de la formation et de l’accès à l’enseignement supérieur par l’entremise du Collegiate Learning Assessment, un outil national qui évalue la qualité de la formation au premier cycle en mesurant les capacités de pensée critique des étudiants. L’Union européenne harmonise ses programmes et ses diplômes universitaires en définissant les résultats d’apprentissage, et le projet d’évaluation des résultats de l’enseignement supérieur de l’OCDE recueille des données dans le monde entier sur les résultats d’apprentissage dans une variété de domaines et de disciplines.

Les systèmes postsecondaires canadiens disposent déjà d’une variété de données liées aux intrants et aux extrants, entre autres sur les notes d’admission, les effectifs étudiants et les taux d’obtention du diplôme. Tout récemment, les enquêtes sur la satisfaction et la participation des étudiants ont été ajoutées aux mesures en place, mais il reste beaucoup à faire.

L’évaluation de l’apprentissage n’est pas un phénomène nouveau, on s’y intéresse depuis que l’éducation existe. Ce qui a changé, c’est le besoin croissant de démontrer la valeur que procure l’investissement personnel et public consacré à l’enseignement supérieur et ce, par des méthodes assez rigoureuses pour convaincre les sceptiques. Les pays du monde entier abordent énergiquement de telles initiatives; le Canada ne peut s’y dérober.

L’histoire nous enseigne que nous sommes incapables de prédire quels seront les emplois de l’avenir, mais nous savons quelles sont les compétences fondamentales à acquérir pour réussir. Maintenant nous voulons savoir si les étudiants et les contribuables en ont pour leur argent. Dans le débat actuel sur l’enseignement supérieur, je crois qu’il vaudrait mieux parler de ce que les étudiants apprennent, que de ceux qui se débrouillent sans formation.

Harvey Weingarten est président du Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur. Il a été recteur de l’Université de Calgary et, auparavant, provost et vice-recteur à l’enseignement à l’Université McMaster.

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