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À mon avis

Retour à la maison

Le président-directeur général sortant d’Universités Canada fait le point sur 14 ans de travail dans le milieu de l’enseignement supérieur.

par PAUL DAVIDSON | 22 JUIN 23

La journée avait été longue. Mes vols avaient encore été retardés, et je m’étais endormi dans l’avion. Quand je me suis réveillé, je ne me souvenais plus de ma destination. J’ai mis plusieurs minutes – du moins, c’est ce qu’il m’a semblé – à me rappeler que je rentrais chez moi.

C’est un peu ainsi que je me sens à l’approche de mon départ, après avoir passé 14 ans à la tête d’Universités Canada (qui publie Affaires universitaires). Certaines années, j’étais en déplacement plus de 120 jours. Et j’en ai savouré chaque minute. Comme le dirait le regretté Jim Downey, ancien recteur de l’Université de Waterloo : « La cause et les gens en valaient la peine. »

Durant ces 14 années, j’ai rendu visite à chacune des universités du pays (plus d’une fois dans bien des cas). J’adore me déplacer sur les campus : ça me donne une perspective unique sur un pays que j’aime. C’est une véritable leçon sur le Canada et sa diversité : Est/Ouest, langue française/langue anglaise, établi/émergent, zones urbaines/zones rurales… Ces visites sont l’occasion de suivre de près des avancées toutes plus extraordinaires les unes que les autres.

Explorer un campus et se retrouver au milieu des jeunes provenant du monde entier, c’est rajeunir de plusieurs décennies. C’est entrevoir l’avenir en visitant un laboratoire, ou en s’entretenant avec des chercheurs et chercheuses. C’est voir les universités comme des phares qui guident les esprits dans un monde agité, des pionnières qui ont souvent des kilomètres d’avance sur la population générale. C’est ce qui m’est venu à l’esprit alors que je rendais visite à une université où les toilettes unisexes sont la norme, où les étudiant.e.s autochtones ont des espaces adaptés à leur culture, où leurs connaissances sont reconnues et valorisées, et où leurs manières d’être sont intégrées à la gouvernance. Est-ce parfait? Non. Reste-t-il du chemin à parcourir? Oui, mais nous avançons, et nous ne reviendrons pas en arrière – du moins je l’espère.

Nous ne reculerons pas non plus sur l’excellence inclusive. Depuis des décennies, nous tendons vers une gouvernance universitaire ainsi qu’un corps étudiant, professionnel et professoral représentatifs de la société. Ce n’est pas encore idéal, loin de là, mais les politiques, les pratiques et les comportements changent de façon mesurable; et comparativement aux autres secteurs de la société, les résultats sont impressionnants.

Je suis fier qu’Universités Canada participe à ces discussions nationales et en oriente certaines. Pendant des années, on nous voyait surtout comme l’organisation qui militait pour le financement de la recherche universitaire; mais j’ai travaillé avec des leaders du milieu qui souhaitent en faire davantage pour la population canadienne. Nous avons donc entrepris de promouvoir la vérité et la réconciliation, de redéfinir l’excellence en recherche, de mieux faire connaître les retombées sociales des universités dans leurs collectivités et de relever certains défis comme l’amélioration de la santé mentale sur les campus. Je suis particulièrement ravi de constater qu’au sortir de la pandémie, les universités du Canada sont déterminées à s’unir pour lutter contre les changements climatiques.

Nous avons également fait progresser les objectifs en matière de recherche universitaire et avons réussi à obtenir un important financement. Mais ces engagements doivent être renouvelés et la concurrence internationale se fait de plus en plus féroce. Je crains que le Canada ne se dirige aveuglément vers un exode des cerveaux semblable à celui du début des années 1990. Il faudra que les leaders d’universités, d’entreprises et de la société civile fassent valoir l’importance d’investissements comparables à ceux des États-Unis, du Royaume-Uni et d’ailleurs.

À l’aube de mon départ, j’imagine à quoi ressembleront les deux prochaines décennies pour les universités canadiennes. Chaque jour apporte son lot de défis : stagnation ou diminution du soutien provincial, réduction de l’autonomie accordée aux universités, difficulté de préserver la liberté académique et d’expression, course aux talents sans précédent, changement du paysage géopolitique… Ce ne sont que quelques-uns des dossiers qui m’ont à la fois empêché de dormir et tiré du lit le matin. Et je soupçonne que les attentes iront en augmentant et les ressources, en diminuant.

Mais plus que tout, il sera essentiel de resserrer les liens entre les universités et les autres parties prenantes de la société. Si elles souhaitent obtenir du financement dans un marché saturé et concurrentiel, les universités doivent d’abord inspirer confiance en leur travail et en leurs méthodes.

J’ai commencé à lire Affaires universitaires en 1983, à la bibliothèque Bata de l’Université Trent, alors que j’étais encore un jeune étudiant de premier cycle. Le monde universitaire me fascinait. Je n’avais bien sûr aucune idée que je serais un jour à la tête d’Universités Canada, mais même à l’époque, je comprenais le rôle essentiel du magazine : il renforce le sentiment d’appartenance, met en valeur de nouvelles personnes et idées et alimente la conversation sur le rôle et les objectifs des universités. Un gros merci à l’équipe d’Affaires universitaires pour son travail permettant la publication de contenu primé et indépendant sur le plan éditorial, et félicitations pour votre transition numérique. J’espère continuer à vous lire encore longtemps.

Paul Davidson est le président-directeur général d’Universités Canada. Il quittera son poste le 30 juin 2023.

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