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À mon avis

S’attaquer aux changements climatiques dans toutes les sphères des universités

Toute la communauté universitaire devrait systématiquement intégrer les enjeux des changements climatiques et de l’effondrement de la biodiversité dans les formations initiales.

par PAQUITO BERNARD | 02 JUIN 21

Lorsque je dis à des collègues que j’essaie de travailler sur les liens entre l’activité physique, le sport et les changements climatiques, la réponse la plus commune reste : c’est quoi le rapport? En effet, mon activité de recherche s’articule plus généralement autours de questions de psychologie de la santé. Mais la lecture de plusieurs ouvrages, prises de position et notamment du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ont été comme un réveil brutal. Ainsi, plus de 15 000 chercheurs nous alarment sur le fait que l’avenir de l’humanité est en péril si nous continuons de dépasser les limites biophysiques de la terre.

Les efforts nécessaires pour limiter l’augmentation à moins de 2°C en 2050 sont titanesques. Les Canadiens sont parmi les habitants ayant une empreinte carbone annuelle les plus élevées au monde (environ 17,5 tonnes de carbone), alors que nous devons tabler sur environ deux tonnes par personne dans 30 ans.

Si nos camarades universitaires en climatologie, en géologie et autres font un travail remarquable de communication, il faut être réaliste : les changements attendus ne viennent pas. Les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître au Canada. D’autres universitaires, dans leur discipline respective, avancent sur les questions climatiques, mais restent isolés. La prochaine décennie est décisive pour les générations futures. Nous avons besoin d’un effet de levier puissant, plus important encore que les efforts développés face à la COVID-19. Dans ce cadre, toute la communauté universitaire devrait se mobiliser sur cette question en intégrant systématiquement les enjeux des changements climatiques et de l’effondrement de la biodiversité dans les formations initiales. Les étudiants que nous formons seront en première ligne pour gérer les défis liés aux changements climatiques. La philosophie, le droit, l’économie, les sciences de la santé, la science politique, l’ingénierie, les arts… toutes les disciplines sont touchées par les questions climatiques.

Paradoxalement, les enjeux climatiques ne semblent pas être un sujet central dans les enseignements au sein des établissements postsecondaires au Canada. L’analyse des syllabus de cours suggérait que moins de la moitié des établissements sondés abordaient les changements climatiques en 2014-2015. Or de nombreuses initiatives ont déjà été développées à l’étranger, depuis l’intégration des enjeux climatiques dans les cours existants jusqu’au développement de diplômes ou d’activités de formations interdisciplinaires. Nous pouvons, dès aujourd’hui, insérer la question climatique sur un thème précis d’un cours général, développer un module obligatoire « éducation au changement climatique » pour obtenir un diplôme universitaire, développer de nouveaux diplômes interdisciplinaires en sciences environnementales intégrant systématiquement les enjeux éthiques et de justice sociale, ou encore développer des ateliers d’initiation pour les étudiants sur les enjeux climatiques et énergétiques de base. Plusieurs initiatives « peer-to-peer » existent où les étudiants peuvent devenir formateur pour les promotions suivantes (exemples : La fresque pour le Climat, Carbon Literacy Project) ou encore le cours en ligne ouvert intitulé Changements climatiques et santé développé par l’Institut national de santé publique du Québec.

Nos enseignements sont connectés à nos activités de recherche. Ainsi, les universitaires devraient être soutenus financièrement et encouragés par leurs instances à développer des projets de recherche sur les questions climatiques au sein de leur domaine de connaissance ou à s’engager dans des projets multi/transdisciplinaires. Sans surprise, le faible financement de la recherche sur le changement climatique à l’université reste le frein le plus important pour les chercheurs. En conséquence, les universités et organismes subventionnaires canadiens devraient réorienter en urgence leurs politiques vers les projets de recherche qui visent (in)directement la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et l’adaptation différenciée des communautés du Canada face aux conséquences du changement climatique.

Bien entendu, l’énergie et le temps investis sur cette question risquent de ralentir nos propres projets, mais le jeu en vaut la chandelle. Les changements climatiques vont engendrer des modifications profondes et soudaines de nos modes de vie, de consommation et de production. Au Canada, l’érosion côtière oblige déjà des habitants de la côte Nord à déménager. De plus, le pays où nous vivons est classé 58e sur 61 à l’indice de performance en matière de changements climatiques. Sans oublier que les pays les plus exposés aux catastrophes climatiques sont généralement ceux dont les moyens sont les plus faibles.

Enfin, pensons à l’énergie des jeunes présents dans les marches pour le climat (400 000 participants à Montréal en 2019) qui pourrait se traduire par un investissement marqué dans leurs études sur les enjeux climatiques indépendamment de leur discipline d’étude universitaire.

Paquito Bernard est professeur agrégé au Département de sciences de l’activité physique à l’Université du Québec à Montréal et chercheur régulier au Centre de recherche de l’Institut universitaire de santé mentale à Montréal.

COMMENTAIRES
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  1. Luc Lelievre / 3 June 2021 at 13:54

    La mise en place dans les cours de l'”urgence climatique”, à plus soif, est un “flash totalitaire” ?!